Le 4 mars 2026, le Sénat brésilien a ratifié l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur, après un vote favorable de la Chambre des députés. Cette décision rapproche l’entrée en vigueur d’un traité de libre-échange discuté depuis 1999 et considéré comme l’un des plus vastes accords commerciaux jamais négociés par l’Union européenne.
Cette ratification intervient alors que la Commission européenne a annoncé fin février l’application provisoire de la partie commerciale de l’accord. Une décision destinée à accélérer sa mise en œuvre malgré les résistances politiques dans plusieurs États membres, dont la France.
Mercosur : un marché de plus de 700 millions de consommateurs
L’accord Mercosur vise à créer une vaste zone de libre-échange reliant l’Union européenne aux quatre économies du Mercosur : le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay.
Cet ensemble représenterait environ 720 millions d’habitants et l’une des plus grandes zones commerciales au monde. L’objectif principal consiste à réduire progressivement les droits de douane afin de fluidifier les échanges bilatéraux.
Pour les entreprises européennes, les gains potentiels sont significatifs. L’accord pourrait supprimer environ 4 milliards d’euros de droits de douane sur les exportations européennes vers l’Amérique du Sud. Les secteurs industriels européens — automobile, machines-outils, produits chimiques ou pharmaceutiques — figurent parmi les principaux bénéficiaires.
Une coalition d’organisations industrielles européennes estime que l’accord pourrait générer près de 48,7 milliards d’euros d’exportations supplémentaires par an pour l’Union européenne d’ici 2040. Dans le même temps, les études citées par ces organisations évoquent un gain potentiel de 77,6 milliards d’euros de produit intérieur brut pour l’économie européenne à cet horizon.
Mercosur : l’ouverture agricole qui inquiète la France
Si l’industrie européenne pourrait tirer profit du traité, le volet agricole suscite de fortes inquiétudes dans plusieurs pays, notamment en France.
L’accord prévoit en effet l’ouverture partielle du marché européen à plusieurs produits agricoles sud-américains. Parmi les dispositions les plus sensibles figure un quota d’importation de 99 000 tonnes de viande bovine par an à droits de douane réduits.
Pour les éleveurs européens, cette mesure représente un risque de pression accrue sur les prix. Les producteurs sud-américains bénéficient souvent de coûts de production nettement inférieurs, notamment en raison de réglementations environnementales et sanitaires moins strictes.
Les organisations agricoles françaises dénoncent ainsi une concurrence déséquilibrée. Dominique Chargé, président de La Coopération Agricole, a estimé que « ce passage en force est extrêmement préoccupant pour la santé et la crédibilité démocratique de nos institutions européennes ».
La filière bovine met également en avant la question des normes sanitaires. L’organisation Interbev évoque notamment des cas de viande sud-américaine traitée avec des hormones interdites dans l’Union européenne, ce qui pourrait accentuer la distorsion de concurrence. Cette ouverture commerciale pourrait également peser sur les équilibres du marché européen de la viande, où les marges des éleveurs sont déjà sous pression en raison de la hausse des coûts de production, notamment l’alimentation animale, l’énergie et les normes environnementales.
Mercosur : un équilibre économique délicat pour l’Europe
Au-delà des débats politiques, l’accord Mercosur illustre les arbitrages économiques auxquels l’Union européenne est confrontée dans sa politique commerciale.
D’un côté, l’ouverture des marchés sud-américains représente une opportunité importante pour l’industrie européenne. Le Mercosur constitue en effet un débouché prometteur pour les exportateurs européens dans des secteurs à forte valeur ajoutée.
De l’autre, l’accord expose davantage certains secteurs agricoles européens à la concurrence internationale. La France, dont l’économie agricole repose largement sur l’élevage bovin et les productions sous normes élevées, se trouve particulièrement concernée.
Cette tension reflète un dilemme classique des accords de libre-échange. Les bénéfices macroéconomiques peuvent être significatifs pour l’ensemble de l’économie, tandis que certains secteurs spécifiques subissent une pression accrue.
Dans ce contexte, le débat autour du Mercosur dépasse désormais la seule dimension commerciale. Il pose plus largement la question de la compétitivité des filières agricoles européennes face à des partenaires commerciaux aux coûts de production plus faibles.


