Municipales à Paris : l’union facteur décisif de la réussite de la droite

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Pendant que la droite se déchire en interne, la gauche consolide son bloc derrière Emmanuel Grégoire. Le paradoxe d’une campagne où les alliés naturels s’attaquent plus qu’ils ne s’allient. C’est devenu le leitmotiv du camp Dati : « votez utile ». Autrement dit ne votez pas Sarah Knafo. À longueur d’interviews et de tracts, l’entourage de la candidate LR martèle que tout suffrage ne se portant pas sur sa liste serait une voix offerte à la gauche. Mais à regarder les chiffres de plus près, la question mérite qu’on s’y intéresse. 

Sarah Knafo une météorite dans le ciel parisien qui dérange les baronnies

Depuis novembre 2025, la dynamique des sondages raconte une histoire assez claire. Rachida Dati plafonne autour de 27 %, quand Sarah Knafo, candidate de Reconquête, progresse régulièrement : 6,5 % en novembre, 7 % en décembre, 9 % en janvier, 12 % en février. Autrement dit, Sarah Knafo ne prend pas des voix à Rachida Dati. Elle en crée de nouvelles en mobilisant des abstentionnistes et des électeurs qui ne se reconnaissaient ni dans une droite perçue comme trop gestionnaire, ni dans une liste jugée trop proche du macronisme. Dans le dernier sondage OpinionWay pour Hexagone en hypothèse quadrangulaire, Knafo recueille 14 % des intentions de vote, contre 33 % pour Dati et 41 % pour la liste de gauche conduite par Emmanuel Grégoire. La gauche reste en tête. Seule, la droite perd. 

L’union difficile des droites 

Le débat de l’alliance des droites renvoie en réalité à une question plus large et presque structurelle de la vie politique française. Depuis des décennies, de nombreux observateurs soulignent que la droite, lorsqu’elle est unie, dispose souvent d’un potentiel électoral majoritaire. Mais elle peine régulièrement à transformer cet avantage en victoire faute d’accords entre ses différentes composantes. À l’inverse, la gauche, pourtant parfois minoritaire dans l’opinion, parvient plus facilement à construire des coalitions électorales efficaces y compris avec LFI. Ce paradoxe nourrit régulièrement les analyses politiques : un espace électoral souvent majoritairement orienté à droite, mais des scrutins qui peuvent être remportés par la gauche grâce à sa capacité à s’organiser collectivement. La question de l’union reste donc, pour la droite, un enjeu récurrent et souvent décisif. Sarah Knafo y semble favorable alors que Rachida semble l’exclure. Certains, dans l’entourage de Dati, semblent compter sur un report mécanique des voix Knafo au second tour. Un calcul risqué car les électeurs de cette dernière veulent une rupture avec le système. Sans accord politique explicite, une partie d’entre eux préférera s’abstenir. Et une abstention à droite au second tour, c’est un cadeau offert à la gauche avec une victoire quasi assurée. 

La gauche unie 

Paradoxalement, ce sont les adversaires de la droite qui semblent le mieux mesurer la menace. Ian Brossat, co-président du groupe communiste au Conseil de Paris, a prévenu ses troupes que « le seul et unique vote qui permet d’éviter la catastrophe Dati-Knafo à la Mairie, c’est la gauche unie derrière Grégoire ». David Belliard a lui aussi sonné l’alarme : « Les digues sautent. Dati prépare déjà l’union avec Knafo. » Quand vos adversaires vous indiquent eux-mêmes ce qui pourrait vous faire perdre, c’est peut-être un signal à ne pas ignorer. La gauche avance unie. La droite, elle, se livre à une guerre fratricide pendant que le scrutin approche. En concentrant ses coups sur Knafo plutôt que sur Grégoire, le camp Dati prend le risque d’affaiblir le seul camp capable de contester à la gauche la mairie de Paris. 

L’équation est simple : plus Knafo est haute au premier tour, plus une fusion au second tour serait puissante. Plus elle est affaiblie par des attaques venues de ses alliés naturels, plus le scénario d’une victoire de la gauche devient probable. À vouloir gagner seule, Dati pourrait bien offrir Paris à Emmanuel Grégoire. 

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