Olivier Maes, à quel âge avez-vous réalisé que le monde était votre terrain de jeu favori ? Vos études en sont-elles finalement la conséquence plus que la cause ?
Mes études à HEC m’ont offert des solutions de conquêtes. J’ai aussi eu la chance de faire mon service militaire dans la marine, basé à Tahiti. C’est notamment à ce moment qu’avec des amis nous avons fait le tour des pays du Pacifique ; ceci a définitivement scellé ma passion pour le voyage et déterminé mon choix professionnel : j’ai rejoint Danone pour apprendre un métier et aussi en raison des opportunités de carrière et de développement offertes à l’étranger, en Asie.
Quand vous revenez de votre tour du monde après votre service militaire, Danone partait au même moment à la conquête de la planète. Le choix fut facile à faire ! Que retenez-vous de cette longue aventure commune ?
Les modes de consommation varient de la même façon que les habitudes de vie. L’enjeu, c’est de réussir à recruter les personnes, qui vous comprennent, qui comprennent le savoir-faire culinaire français, la passion de la gastronomie et comment l’adapter au plaisir du palais dans des pays fort différents. Ces variations sont liées à la culture, au climat, aux façons de vivre, aux ressources locales : il est utile de les comprendre et d’en tenir compte pour y réussir et faire en sorte que les collaborateurs puissent donner le meilleur d’eux-mêmes
Racontez-nous comment vous êtes devenu le cinquième fils d’une famille chinoise ? Qu’est-ce que cela a changé dans votre personnalité ?
Il y a aujourd’hui une bien plus grande porosité entre les cultures occidentales et orientales, non seulement en raison de l’acculturation d’un nombre croissant de chinois au sein des grandes universités occidentales, mais aussi en raison de l’expatriation de nombre d’Occidentaux en Chine. Je pense, à titre personnel, être devenu un peu l’un d’entre eux après avoir passé beaucoup de temps à travailler en Asie.
Vous mettez aujourd’hui cette vision et cette expérience au service du développement de sociétés dans le domaine agro-alimentaire. Quel(s) rôle(s) jouez-vous aux côtés des dirigeants que vous conseillez ? En quoi la révolution digitale dont vous parlez impacte l’agro-alimentaire ?
De plus nous vivons la grande révolution numérique qui a un impact fort sur le business: j’en suis convaincu et passionné. Je suis allé expérimenter dans la vallée à San Francisco ; j’ai participé à des hackathons. J’ai mis en place des plans de développement numérique pour de grandes entreprises. Aujourd’hui, je suis également coach à l’incubateur HEC Station F. J’ai acquis la conviction que ces révolutions digitales peuvent beaucoup apporter, aider à créer de la valeur, à gagner en justesse, en proximité, en réactivité. La moitié des équipes en 2020 seront de la génération des millénials : si l’on veut attirer ces jeunes talents et les garder, il est indispensable d’imaginer le travail différemment, d’adapter les organisations, la prise de décision.
Aujourd’hui dans le numérique, les questions sont nombreuses : comment parler et toucher mes consommateurs par quels nouveaux canaux ? Que dois-je faire de mes données, mes datas ? Comment transformer mon usine 4.0 ? Comment changer mon organisation pour attirer les millénials ? Pas facile pour un dirigeant de savoir comment avancer, par quel « bout » prendre le sujet : je lui apporte réflexion, savoir-faire et veille.
Pour terminer sur une note plus personnelle, parlez-nous de la forêt de chênes de vos aïeuls ? Vous servent-elles de repère, d’ancrage, pour garder sérénité et lucidité dans ce monde qui accélère sans répit ?
Je viens d’une famille de forestiers près de Chablis. J’ai la chance d’avoir des ancêtres qui ont géré et accompagné de pères en fils cette activité complètement différente animée par le temps long de la nature. Quand vous prenez une décision dans la forêt ce n’est pas vous ni vos enfants qui en verront les bénéfices, mais plutôt vos petits-enfants.
C’est une forêt de feuillus avec surtout des chênes. Le chêne, roi de la forêt, est un bois d’une qualité magnifique, d’une grande valeur, fruit de sa pousse lente. Un grand chêne est transformé en longues grosses poutres faîtières des toits des belles églises romanes bourguignonnes et aussi en merrains pour fabriquer les tonneaux qui accueillent les Grands Crus de Chablis. Cette forêt a inspiré le nom et la mission de ma société, Oak Grove International, « la futaie de chênes » : pour aider les propriétaires et les dirigeants en conquête sur de beaux projets solides en créant de la vraie valeur.

