Prix à la pompe : quelles perspectives pour le budget des ménages après l’annonce de l’OPEP+ ?

Le prix du carburant en France est composé en grande partie de taxes, principalement la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) et la TVA

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Les prix du pétrole pourraient fortement augmenter
Prix à la pompe : quelles perspectives pour le budget des ménages après l’annonce de l’OPEP+ ? | journaldeleconomie.fr

Le 3 mai 2025, l’OPEP+, alliance regroupant les pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et plusieurs producteurs partenaires, a décidé d’augmenter sa production de brut de 411 000 barils par jour à compter du mois de juin 2025. En France, où les prix des carburants restent une composante sensible du pouvoir d’achat, cette décision soulève des attentes quant à une éventuelle baisse à la pompe. Mais qu’en est-il réellement ?

Pétrole : Une décision qui renforce l’offre dans un marché déjà sous pression

La hausse annoncée par huit pays membres de l’OPEP+ — dont l’Arabie saoudite, la Russie, le Koweït et l’Algérie — représente un changement de cap stratégique. L’accord antérieur prévoyait une remontée plus modérée de la production (137 000 barils/jour). L’ajustement décidé début mai 2025 vient accentuer la pression sur un marché où la demande reste inférieure aux prévisions.

Depuis janvier, le prix du baril a reculé d’environ 25 %, affecté par le ralentissement de l’économie mondiale et la poursuite des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine. Selon les relevés du 5 mai, le Brent s’établissait à 59,10 dollars, tandis que le West Texas Intermediate (WTI) américain atteignait 55,68 dollars. Ces niveaux correspondent aux plus bas observés depuis début 2021.

L’augmentation coordonnée de l’offre, dans ce contexte de prix déjà déprimés, a été interprétée par plusieurs analystes comme une volonté du cartel de reconquérir des parts de marché. Jorge Leon, de Rystad Energy, évoque dans une déclaration reprise par Le Figaro une stratégie de volume assumée, qui s’écarte des efforts de réduction mis en œuvre depuis 2022.

En France, des prix des carburants relativement stables malgré la baisse du brut

Malgré la chute des cours du brut, les prix à la pompe en France restent, à ce jour, relativement stables. D’après les données mises à jour quotidiennement par le site Carburants.org, le prix moyen du gazole est situé entre 1,52 et 1,61 euros le litre selon les départements. Le sans-plomb 95-E10 se situe autour de 1,70 euros, et le sans-plomb 98 dépasse dans certaines régions les 1,80 euros.

À Paris, les prix dépassent fréquemment les seuils nationaux, avec du gazole affiché jusqu’à 1,70 euros et du SP95 à plus de 1,98 euros dans certaines stations. Ces niveaux restent inchangés depuis plusieurs semaines, bien que le baril ait perdu plus de dix dollars depuis la mi-avril.

Cette relative inertie s’explique par plusieurs facteurs structurels. Le prix du carburant en France est composé en grande partie de taxes, principalement la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) et la TVA, qui représentent ensemble environ 60 % du prix final. Le pétrole brut, quant à lui, ne pèse qu’environ 30 à 35 % du prix affiché en station-service. Les marges de raffinage, de distribution et les fluctuations du taux de change euro/dollar viennent compléter la structure de prix.

Les conditions d’un éventuel ajustement à la baisse

Pour que les consommateurs français constatent une baisse significative des prix des carburants, plusieurs conditions doivent être réunies. Il faut d’abord que la baisse du prix du brut se confirme et se maintienne sur plusieurs semaines. Ensuite, les distributeurs doivent écouler les stocks achetés à des prix antérieurs plus élevés, ce qui retarde mécaniquement toute répercussion à la pompe.

À cela s’ajoute la stabilité du taux de change. Le pétrole étant libellé en dollars, une dépréciation de l’euro par rapport au billet vert pourrait neutraliser en partie les effets bénéfiques d’un baril moins cher. Enfin, les décisions fiscales — inchangées à ce jour — jouent un rôle clé dans le niveau des prix. Selon une estimation communiquée par les analystes de Global Risk Management, une stabilisation du baril autour de 55 dollars pendant plusieurs semaines pourrait se traduire, dans un scénario favorable, par une baisse de 4 à 6 centimes par litre de gazole.

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