Alors que le débat public s’empare régulièrement du thème de la relocalisation industrielle, un nombre croissant de dirigeants d’entreprises françaises se montrent sceptiques sur la capacité de ce modèle à résoudre les vulnérabilités économiques du pays. Une récente enquête de référence montre un consensus fort : la relocalisation n’est plus perçue comme une stratégie centrale.
La relocalisation largement rejetée comme réponse prioritaire
Selon le Baromètre de la Souveraineté 2026, réalisé par le cabinet de conseil Cubik avec OpinionWay auprès de 500 dirigeants d’entreprises françaises, 87 % des chefs d’entreprise excluent toute relocalisation des activités industrielles en France comme réponse à leurs difficultés de compétitivité et de souveraineté. Ce refus, bien que légèrement en recul par rapport à l’année précédente, reste dominant et significatif de la manière dont les entreprises envisagent leur avenir industriel.
Ce rejet tient avant tout à des considérations économiques concrètes. Les coûts de production et de logistique en France sont perçus comme trop élevés, selon 37,5 % des dirigeants interrogés. À cela s’ajoutent des inquiétudes sur l’instabilité fiscale et réglementaire, mentionnée par 22,5 % des répondants, ainsi que des difficultés persistantes de recrutement de main-d’œuvre qualifiée.
La pression concurrentielle internationale joue aussi un rôle. Une large majorité de dirigeants estiment que la France n’a pas progressé pour rattraper ses concurrents directs, notamment les États-Unis et la Chine, dans la course aux investissements industriels.
Ce que les entreprises ne veulent pas faire
La relocalisation – dans l’idée d’un retour massif d’usines vers la France – n’est pas envisagée de manière significative par les dirigeants. Ceux-ci rejettent l’idée que le simple fait de rapatrier des sites de production résoudrait les enjeux structurels de compétitivité, et craignent que de telles décisions ne fassent qu’augmenter les charges sans créer une véritable valeur ajoutée.
De même, le protectionnisme commercial, souvent évoqué dans le débat politique comme un moyen de préserver les capacités industrielles nationales, ne figure pas dans les stratégies identifiées par les entreprises. Les dirigeants redoutent que des mesures trop strictes en matière de protection des marchés domestiques ne compromettent leurs capacités à exporter et à concourir à l’international.
Enfin, la dépendance exclusive à des politiques étatiques de soutien pour forcer la relocalisation est également jugée inefficace. Seuls 29 % des dirigeants comptent sur l’intervention publique pour financer des projets industriels, ce qui suggère que les entreprises préfèrent souvent des solutions internes ou partenariales plutôt que de s’appuyer sur une aide étatique directe pour revenir en France.
Ce que les entreprises veulent faire à la place
Face au rejet de la relocalisation comme stratégie prioritaire, les dirigeants d’entreprises françaises se tournent vers des leviers jugés plus efficaces, plus réalistes et plus durables pour préserver leur autonomie stratégique et renforcer leurs chaînes de valeur.
Le premier de ces leviers est l’innovation. La même étude indique que 76 % des dirigeants identifient l’innovation comme le principal moteur de souveraineté et de compétitivité. L’investissement dans des technologies de pointe, la modernisation des processus de production, et la transformation numérique des opérations sont désormais considérés comme essentiels pour sécuriser la position des entreprises sur leurs marchés.
La performance opérationnelle arrive en seconde position, citée par 67 % des dirigeants comme une priorité stratégique. Cela inclut l’amélioration continue des processus, l’automatisation, la réduction des coûts et l’optimisation des chaînes d’approvisionnement pour gagner en agilité et en robustesse, même face à des chocs externes.
Même si les dirigeants ne croient pas à une relocalisation complète, ils reconnaissent néanmoins l’importance de sécuriser certaines chaînes d’approvisionnement critiques. Le Baromètre de la Souveraineté 2026 met en évidence que les entreprises deviennent beaucoup plus attentives à leurs dépendances sur des composants stratégiques, des matières premières clés et des intrants technologiques.
La crise ukrainienne, les tensions commerciales mondiales et la pandémie ont montré que certaines chaînes d’approvisionnement sont trop exposées à des régions spécifiques. Plutôt que de rapatrier l’ensemble de leurs lignes de production, les entreprises cherchent désormais à diversifier leurs sources, à établir des partenariats avec des fournisseurs alternatifs ou à renforcer des alliances régionales (notamment au sein de l’Union européenne) pour réduire les risques.


