Retraites : le rapport du COR met en lumière le coût stratégique des droits familiaux et conjugaux

Commandé par l’exécutif, le nouveau rapport du Conseil d’orientation des retraites analyse en profondeur les droits familiaux et conjugaux, qui représentent près de 16 % des pensions versées et plus de 63 milliards d’euros par an. Ce diagnostic ouvre une séquence politique et budgétaire où la soutenabilité de la répartition, les arbitrages redistributifs et l’efficacité économique du système sont à nouveau interrogés.

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Retraites Le Rapport Du Cor Met En Lumiere Le Cout Strategique Des Droits Familiaux Et Conjugaux
Retraites : le rapport du COR met en lumière le coût stratégique des droits familiaux et conjugaux | journaldeleconomie.fr

Remis le 20 novembre 2025, le rapport du Conseil d’orientation des retraites se penche sur les droits familiaux et conjugaux, un pan essentiel mais souvent invisibilisé des dépenses de retraite. Ils regroupent les dispositifs avantageant les parents, les conjoints survivants, ou ceux dont la carrière est impactée par la vie familiale. Le COR les chiffre à 63,6 milliards d’euros en 2024, soit environ 16 % des pensions versées. Derrière ces montants, l’enjeu dépasse la protection sociale : il touche à la soutenabilité budgétaire du système de répartition et à la cohérence d’un modèle façonné dans une société qui a profondément changé depuis cinquante ans.

Un poste de dépense majeur et sous-piloté dans la répartition

Le rapport sur les retraites rappelle que ces droits ne relèvent pas d’un dispositif unique mais d’un ensemble d’avantages épars : majorations pour enfants, trimestres supplémentaires, pensions de réversion, bonifications spécifiques aux régimes publics. Cette architecture éclatée rend la dépense difficile à anticiper et à gouverner. Les pensions de droit dérivé atteignent déjà 37,7 milliards d’euros en 2022 selon IFRAP, tandis que l’ensemble des droits familiaux et conjugaux représente près de deux points de PIB. Pour le COR, ces dispositifs « occupent une place centrale », mais leur pilotage budgétaire reste insuffisant. Ils constituent un amortisseur social majeur, mais aussi un facteur de rigidité accrue dans les dépenses publiques.

Politiquement, l’enjeu est de taille : ces dispositifs de retraites bénéficient majoritairement aux femmes et forment une compensation implicite des inégalités professionnelles. C’est ce rôle correcteur qui rend leur réforme délicate. Cependant, certains mécanismes des retraites profitent davantage à des catégories socioprofessionnelles spécifiques, plutôt qu’aux foyers les plus vulnérables. Les pensions de réversion, par exemple, jouent un rôle essentiel pour les veuves à faibles revenus, mais elles peuvent aussi majorer significativement la pension de conjoints aisés non actifs. Le rapport souligne la nécessité d’une rationalisation, sans pour autant arbitrer entre logique redistributive et logique contributive.

Harmonisation et condition de ressources : effets budgétaires mais redistribution contrastée

Parmi les pistes étudiées, la généralisation d’une condition de ressources pour les pensions de réversion constitue l’un des leviers les plus significatifs en matière de finances publiques. Cette mesure pourrait réduire de 17 % les dépenses des retraites d’ici 2070. Une telle évolution transformerait l’architecture du dispositif : il s’agirait moins de garantir automatiquement un niveau de vie lié au mariage que d’ajuster les prestations à la situation économique réelle des foyers. En creux, ce scénario modère la logique d’assurance matrimoniale au profit d’une approche ciblée sur les ménages vulnérables.

Autre piste structurante : la bascule partielle des droits conjugaux vers des droits familiaux. Une redistribution des retraites fondée sur le nombre d’enfants plutôt que sur le statut marital rapprocherait logiquement les prestations du coût réel de la parentalité. Toutefois, les simulations montrent des effets asymétriques : environ 34 % des femmes seraient gagnantes, contre seulement 2 % des hommes. Certaines catégories de foyers, notamment ceux où les femmes interrompent fortement leur activité, risquent au contraire de perdre des protections essentielles. D’où une possible demande de mesures compensatoires, renvoyant le sujet au cœur des négociations sociales.

Un rapport technique aux implications macroéconomiques et stratégiques

Au-delà des débats sociaux, le rapport sur les retraites intervient dans un contexte marqué par la nécessité de maîtriser les dépenses publiques. Après la réforme de 2023, l’exécutif cherche à stabiliser la trajectoire financière du système, mais les droits familiaux et conjugaux constituent un moteur de dépense structurel. Le COR met en avant l’importance d’un cadrage pluriannuel plus rigoureux, alors que la démographie pèse sur l’équilibre des régimes par répartition : faible natalité, allongement de la durée de vie, recul de l’âge moyen de première maternité et diversification des modèles familiaux. Ces tendances fragilisent l’assiette de financement sans réduire automatiquement les droits liés à la famille.

Dans ce contexte, la question d’alternatives ou de compléments à la répartition refait surface. Sans prendre position, le rapport sur les retraites éclaire indirectement les limites d’un financement reposant quasi exclusivement sur les cotisations, alors que les carrières deviennent moins linéaires. La capitalisation apparaît pour certains comme un levier d’individualisation, permettant de constituer une épargne transmissible et indépendante des choix familiaux. Si elle n’est pas au cœur du rapport, elle en constitue un prolongement politique naturel : à mesure que l’État cherche à contenir la dépense, la diversification des instruments de retraite pourrait devenir une stratégie assumée plutôt qu’un débat idéologique.

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