Le groupe Suez tourne la page des années Sabrina Soussan, après le départ de la PDG en janvier dernier. Son mandat controversé fait désormais partie de l’histoire ancienne : en 2025, Suez va redémarrer avec une nouvelle équipe et une stratégie affinée.
2025, l’année du nouveau départ. C’est en tout cas le mot d’ordre à tous les étages du groupe Suez qui attend la nomination de sa nouvelle équipe dirigeante. Depuis le départ effectif de l’ancienne PDG Sabrina Soussan fin janvier, Thierry Déau, PDG et fondateur de Méridiam, assure la présidence du conseil d’administration du « nouveau Suez », dont la version actuelle est le fruit de la scission du groupe Suez et de la vente d’une partie de ses divisions à Veolia en 2022. Trois ans après cette mue, Suez doit décider de son destin, à la fois en se choisissant un nouveau tandem Président-Directeur général, mais aussi en planifiant ses opérations pour la décennie à venir.
2023-2024 : les coulisses d’un échec
L’histoire vaut un petit flashback. Héritier de la Lyonnaise des Eaux, Suez Environnement – né en 2003 et rebaptisé Suez en 2015 – sort d’une période compliquée. Spécialisée dans la gestion de l’eau et le traitement des déchets, l’entreprise tente de se réinventer depuis l’OPA que Veolia – le géant de l’eau – a lancé sur ses activités en 2021. Un « vrai dépeçage » regrettent en interne les plus anciens. Depuis l’OPA, le nouvel actionnariat regroupe trois noms : le fonds français Meridiam à 40%, le fonds américain GIP à 40% et la CDC (Caisse des dépôts et consignations) à 20% environ en 2021. C’est dans ce contexte que la PDG franco-allemande Sabrina Soussan prend les rênes de Suez en 2022. Mais la lune de miel sera de courte durée.
Dans les coulisses, Sabrina Soussan ne fait pas l’unanimité, le climat interne se détériore très rapidement. Sabrina Soussan place ses hommes et impose un mode de management qui fait grincer de nombreuses dents. Beaucoup la considèrent surpayée – son salaire annuel est alors estimé à 3 millions d’euros – et pas vraiment à sa place, passant beaucoup de temps dans le TGV Paris-Genève pour des déplacements d’ordre personnel. En interne, les politiques court-termistes de la PDG font craindre le pire. Le « malaise est palpable, comme le déplore le syndicat CGT. La motivation s’effondre, et les valeurs ainsi que la culture de l’entreprise deviennent floues. Les questions fusent : pourquoi les compétences des métiers ne sont-elles plus reconnues ? Qu’est-ce qui reste des valeurs fondamentales de l’entreprise ? Les réponses semblent évidentes : les projets se concentrent uniquement sur des économies à court terme, négligeant l’essentiel ». L’atmosphère se dégrade au sein de Suez. Et les résultats financiers ne font qu’exacerber la défiance. En 2023, le groupe affiche une perte nette de 146 millions d’euros. La dette totale de l’entreprise s’élève alors à 5,2 milliards d’euros.
L’année 2024, malgré des résultats plus encourageants grâce à des contrats signés à l’international, ne changera pas la donne. Le climat en interne est délétère. En août, quelques mois avant d’être poussée à la démission, Sabrina Soussan est contrainte de se séparer de l’un de ses plus fidèles lieutenants : Frederick Jeske-Schoenhoven, alors vice-président exécutif, directeur de la Stratégie et du Développement durable. Certains de ses détracteurs le surnomment même le « directeur du lobbying » de la CDC (Caisse des dépôts et consignations) qui tente de garder la main sur la destinée de la maison. Le groupe Suez devient un échiquier où s’orchestrent des jeux de pouvoir et de famille. Pour mieux comprendre ce qui se joue, il faut savoir que Frederick Jeske-Schoenhoven n’est autre que le beau-frère d’Antoine Saintoyant, le directeur des participations stratégiques de la CDC ; tous les deux sont membres de la promotion René Cassin de l’ENA, de même que l’épouse d’Antoine Saintoyant. Tout comme Sébastien Daziano (membre du bureau exécutif de Veolia) et Alexis Zajdenweber (commissaire au sein de l’Agence des participations de l’État). Ce sont ces quatre hommes qui ont d’ailleurs veillé sur la bonne marche de l’OPA de Veolia sur Suez… Pour la CDC, l’histoire de Suez est donc un peu une histoire de famille. Et perdre en influence au sein du conseil d’administration de l’entreprise constitue une très mauvaise opération.
La PDG jette finalement l’éponge quelques semaines plus tard. Le 9 décembre 2024, elle envoie un courrier aux collaborateurs de Suez, pour annoncer son départ. « C’est avec le sentiment du devoir accompli que j’ai décidé de me consacrer à de nouveaux projets professionnels », écrit-elle alors. Elle quitte définitivement l’entreprise le 31 janvier 2025. Direction Boeing, l’avionneur américain aujourd’hui dans la tourmente.
Sabrina Soussan débarquée, les actionnaires se mettent immédiatement à la recherche d’une nouvelle équipe dirigeante, alors que Thierry Déau prend la présidence du conseil d’administration pour ramener un peu de sérénité dans les équipes. Les actionnaires décident donc d’engager un chasseur de têtes pour choisir un futur DG, l’idée étant de maintenir cette fois la scission entre les fonctions de président et celle de DG. La fiche de poste est ambitieuse. « Objectif : trouver la perle rare avant le mois de mars 2025, notait le quotidien Les Echos en janvier. Les candidats devront avoir dirigé une grande entreprise du type SBF120 et prouvé leur capacité à animer très collectivement un comité exécutif. Sabrina Soussan s’est aussi vue reprochée d’avoir mis du temps à appréhender le large secteur de Suez qu’elle ne connaissait pas : le remplaçant ou la remplaçante devra venir de l’environnement, ou à tout le moins d’une entreprise familière des marchés publics et du lien avec les politiques. » Sur la table surtout, plusieurs grands projets attendent le ou la successeur de Sabrina Soussan : le développement à l’international, la relance de la branche transversale construction, et l’innovation. Il n’y aura pas une minute à perdre.
2025 : en attendant la fumée blanche
Suez vient de rater le rendez-vous initialement annoncé – mars 2025 – pour la nomination de la nouvelle équipe, sans grande conséquence. Les affaires courantes sont toujours gérées par Thierry Déau, actuel président de Suez et président du fonds Méridiam, et plutôt très bien selon les bons connaisseurs du secteur. En attendant les recommandations du chasseur de têtes en charge de trouver la « perle rare » pour le poste de directeur général exécutif. Mais au-delà des noms qui seront suggérés, c’est bien la stratégie du groupe qui est au cœur de tous les enjeux du nº2 français de la gestion de l’eau et des déchets. Rendez-vous dans quelques semaines à la nomination de la nouvelle équipe.



Philippe Maillard sans aucun doute serait l’homme de la situation