Maladie de Lyme : les chercheurs français trouvent une faille chez les tiques

Des chercheurs coordonnés par l’INRAe ont identifié un mécanisme qui pilote la salivation des tiques, une fonction essentielle pour qu’elles restent accrochées, se nourrissent et transmettent des agents infectieux. Cette avancée ne débouche pas encore sur un produit en pharmacie, mais elle dessine déjà une piste très concrète : de futurs répulsifs, gels ou patchs capables d’agir directement sur la tique. 

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27% des tiques analysées étaient porteuses d’au moins un agent pathogène pour l’humain. | journaldeleconomie.fr

La protection contre les tiques repose aujourd’hui sur des gestes simples : vêtements couvrants, inspection du corps, retrait rapide en cas de piqûre. Mais une équipe de recherche impliquant l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAe), l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), l’École nationale vétérinaire d’Alfort et l’université d’Orléans vient d’ouvrir une autre voie : bloquer le système qui permet à la tique de produire sa salive.  

Tiques : une piste nouvelle pour limiter le risque d’infection

La salive de la tique n’est pas un détail biologique. C’est elle qui lui permet de rester fixée à la peau, de prendre son repas sanguin et, dans certains cas, de transmettre des bactéries, virus ou parasites. Santé publique France rappelle que ces maladies se transmettent précisément au moment où la tique se nourrit sur un animal ou un humain.  

Les scientifiques n’ont pas seulement cherché à mieux décrire le contenu de cette salive. Ils ont voulu comprendre comment la tique déclenche et règle ce mécanisme au moment où elle pique. L’étude de l’INRAe, publiée le 30 mars 2026, montre que cette fonction dépend de deux voies nerveuses complémentaires. En clair, la tique ne « salive » pas au hasard : son organisme pilote ce processus avec précision.  

L’équipe a travaillé sur l’Ixodes ricinus, l’espèce la plus souvent impliquée en Europe dans la transmission de la borréliose de Lyme et de l’encéphalite à tiques. Les chercheurs ont aussi testé 37 substances pour repérer celles capables d’activer ou de bloquer les récepteurs impliqués dans ce système. L’un des résultats mis en avant par l’INRAe est qu’un de ces récepteurs est propre aux invertébrés et absent chez l’être humain, ce qui ouvre la voie à des approches plus ciblées.

Pourquoi cette piste peut changer les outils de prévention

Cette découverte ne vise pas à mieux soigner une infection déjà installée, mais à agir plus tôt, au moment même où la tique commence à se nourrir. « L’inhibition de la salivation constitue une étape clé pour bloquer à la fois le repas sanguin et la transmission des pathogènes. » précise l’INRAe.

« Si on cible le système de salivation avec de nouveaux types de répulsifs, de gels ou de patches, on bloque la production de salive sans affecter l’hôte », explique Ladislav Simo sur franceinfo« Sans salive, pas de piqûre et donc pas de transmission de maladie. » D’un point de vue pratique, cela signifie qu’à moyen terme la prévention pourrait ne plus reposer uniquement sur l’évitement des zones à risque ou sur le retrait rapide de la tique, mais aussi sur des produits capables de perturber directement son fonctionnement. Il faut toutefois rester prudent. On parle ici de recherche fondamentale, pas d’un produit prêt à être commercialisé.

Des piqûres loin d’être marginales en France

Cette piste intéresse d’autant plus que l’exposition aux tiques reste élevée. Dans le Baromètre 2024 de Santé publique France, publié le 11 décembre 2025, 5% des adultes de 18 à 79 ans en France déclarent avoir été piqués dans les douze mois précédents. L’agence précise aussi que 92% des adultes exposés disent utiliser au moins une mesure de prévention, signe que les messages de prudence circulent, sans pour autant faire disparaître le problème.  

Le document montre également de fortes différences selon les territoires. Certaines régions affichent des niveaux de piqûres déclarées plus élevés que d’autres, notamment dans l’Est et dans plusieurs zones du centre-est. Cela rejoint les messages de vigilance relayés chaque année au printemps et en été : le risque n’est pas uniforme sur le territoire, et il ne se limite pas aux grandes randonnées en forêt. Jardinage, promenade en lisière, passage dans les herbes hautes ou dans des zones broussailleuses peuvent suffire à exposer.  

Autre chiffre utile pour mesurer l’enjeu : l’INRAe a indiqué en mars 2026, dans le cadre du programme CiTIQUE, que 27% des tiques analysées étaient porteuses d’au moins un agent pathogène pour l’humain. Là encore, cela ne veut pas dire qu’une piqûre conduit automatiquement à une maladie, mais cela rappelle que la tique n’est pas un simple désagrément saisonnier.  

Ce qui ne change pas pour l’instant

En attendant d’éventuels produits issus de cette piste, les recommandations officielles restent les mêmes. Santé publique France conseille de porter des vêtements longs, de rester autant que possible sur les chemins, d’éviter le contact avec les herbes hautes et les broussailles, puis d’inspecter soigneusement sa peau après l’exposition. En cas de tique accrochée, le retrait doit être rapide avec un tire-tique, avant surveillance de la zone dans les jours suivants.  

C’est sans doute là le principal intérêt public de cette découverte : elle ne remplace pas les gestes de prévention, mais elle laisse entrevoir un futur où ceux-ci pourraient être complétés par des solutions plus efficaces et plus ciblées. Pour les ménages vivant dans des zones très exposées, ou pour les personnes qui passent beaucoup de temps dehors, c’est une perspective qui compte déjà.  

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