Dans un contexte de tension salariale et de prix toujours élevés, le rejet par l’Assemblée nationale de la taxe sur les titres-restaurant apparaît comme un soulagement pour de nombreux salariés. Prévue dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS 2026), cette contribution patronale devait s’appliquer aux avantages en nature tels que les titres-restaurant ou les chèques-vacances. Une mesure fiscale qui, si elle avait été adoptée, aurait amputé le budget quotidien de millions de ménages.
Une taxe présentée comme juste, mais lourde de conséquences pour les salariés
Le gouvernement souhaitait instaurer une contribution patronale de 8 % sur les « compléments de salaire », une catégorie comprenant notamment les titres-restaurant, les chèques-vacances ou encore les bons d’achat des comités sociaux et économiques (CSE). Selon TF1 Info, cette mesure aurait rapporté environ 950 millions d’euros à la Sécurité sociale dès 2026.
L’objectif affiché par Bercy était clair : compenser une partie du coût croissant des exonérations sociales liées à ces avantages, évalué à 1,9 milliard d’euros en 2024, selon Public Sénat. Pour le gouvernement, ces dispositifs s’étaient transformés en « niches sociales » bénéficiant davantage aux entreprises qu’à la collectivité. Mais dans les faits, le mécanisme envisagé revenait à taxer un complément de revenu essentiel pour des millions de salariés. En 2025, selon le ministère de l’Économie, plus de 5,4 millions d’actifs bénéficient de titres-restaurant d’un montant moyen de 9,40 € par jour, dont 7,26 € exonérés de cotisations sociales. L’employeur en finance entre 50 % et 60 %, le reste étant payé par le salarié.
Appliquer une taxe de 8 % à ces montants aurait pu sembler anodin sur le papier, mais, en pratique, cela aurait modifié l’équilibre économique du dispositif : soit les entreprises auraient réduit leur participation, soit elles auraient répercuté la hausse de charges sur d’autres avantages, voire sur les salaires bruts. Dans tous les cas, le pouvoir d’achat net des salariés aurait été affecté.
Quand la fiscalité menace le quotidien : un impact direct sur le budget des ménages
Les titres-restaurant représentent aujourd’hui un véritable complément de revenu. En moyenne, ils apportent près de 200 € par mois de pouvoir d’achat supplémentaire aux salariés concernés. Pour de nombreux actifs du privé, c’est la garantie d’un repas équilibré sans entamer un salaire déjà entamé par l’inflation. Et depuis la Covid-19, la possibilité de faire les courses avec les titres-restaurant a conduit à faire de ce dispositif un point central de la gestion du budget mensuel des ménages.
En taxant ces avantages, le gouvernement prenait le risque d’alourdir le coût du travail et de fragiliser l’un des rares leviers de pouvoir d’achat restants. L’exécutif s’appuyait toutefois sur un constat économique réel : selon la Cour des comptes, les compléments de salaire (dont les titres-restaurant) ont progressé de 7,8 % par an sur la période 2018-2023, contre 4,1 % pour les rémunérations de base. Ce différentiel traduirait une « substitution » croissante entre salaire brut et avantages exonérés. Pour le ministère du Budget, la taxe devait rétablir une certaine équité entre ces deux formes de rémunération.
Mais du côté des salariés, la perception est toute autre. Dans une période où les salaires réels stagnent, leur progression moyenne s’est limitée à 3,2 % en 2024, selon l’Insee, tandis que les prix alimentaires augmentaient de 4,5 %, toucher aux titres-restaurant équivalait à une réduction de salaire déguisée. Les employeurs, eux, redoutaient un effet de double peine : hausse des coûts et complexification administrative. Une partie du patronat, notamment dans la restauration et la distribution, a estimé que cette taxe risquait d’entraîner une baisse du nombre de bénéficiaires, donc une réduction de la consommation dans les commerces partenaires.
Le vote du 6 novembre 2025 a mis un terme à cette incertitude, mais le débat révèle la fragilité du modèle. La politique salariale française repose encore largement sur des avantages défiscalisés : chèques-cadeaux, mutuelles d’entreprise, épargne salariale. Toucher à l’un de ces piliers revient toujours à rouvrir la question du pouvoir d’achat.


