Alors que France Travail poursuit sa transformation du service public de l’emploi, une nouvelle étude de l’Unédic, publiée fin octobre 2025, vient bousculer les représentations habituelles du chômeur. Loin d’un profil unique, le rapport met en évidence une pluralité de trajectoires, de situations et de niveaux de qualification. Ces résultats, fondés sur l’analyse détaillée des allocataires de l’assurance-chômage, dessinent un panorama social nuancé et complexe. En révélant cette diversité, l’Unédic invite à repenser la façon dont France Travail accompagne les demandeurs d’emploi et conçoit ses politiques d’insertion.
Une mosaïque de profils d’allocataires à France Travail
L’étude de l’Unédic révèle que le paysage des inscrits à France Travail est bien plus hétérogène qu’on ne l’imaginait. Ainsi, en 2024, seulement environ 40 % des demandeurs d’emploi inscrits à France Travail sont indemnisés par l’assurance-chômage.
Par ailleurs, selon les « Indicateurs de l’assurance-chômage – novembre 2024 », au deuxième trimestre 2024, 6 millions de demandeurs d’emploi étaient inscrits à France Travail (soit +1 % sur un an), dont 2,9 millions en catégorie A (+2 %).
L’étude met en évidence diverses dimensions : âge, sexe, niveau de formation, type de contrat avant chômage. Par exemple :
- Une part importante des allocataires a moins de 35 ans.
- Le niveau de formation varie fortement entre les profils.
- Le parcours professionnel précédent (CDD, intérim, CDI) joue un rôle déterminant dans les trajectoires.
Toutes ces données montrent que France Travail accueille des individus aux profils très variés : jeunes, seniors, temps partiel, intérimaires, etc. Cela casse l’idée qu’il existerait un « type unique » de chômeur.
Ce que cette diversité révèle pour le pilotage de France Travail et de l’assurance-chômage
L’existence de profils aussi variés impose une prise en compte différenciée par les acteurs de l’emploi. La diversification constatée par l’Unédic oblige France Travail à adapter ses dispositifs, tant en matière d’accompagnement que d’indemnisation.
D’abord, pour l’assurance-chômage, le fait que seuls 40 % des inscrits bénéficient d’une allocation signifie que France Travail gère une large part de demandeurs non indemnisés.
Cela souligne :
- la nécessité d’une intervention plus large que le seul versement d’indemnités,
- l’importance de l’accompagnement, de la formation, du « matching » entre offre et demande.
Ensuite, pour France Travail elle-même, la pluralité des profils (âge, qualification, parcours) implique des réponses sur-mesure. L’étude de l’Unédic note :
« Cette étude décrit les profils des allocataires de l’Assurance chômage en termes d’âge, de sexe, de niveau de formation, d’indemnisation et de …»
Cela rend indispensable la personnalisation des parcours de retour à l’emploi.
Enfin, la diversité des profils interroge l’efficacité des dispositifs classiques de retour à l’emploi. Si le « chômeur type » n’existe pas, les politiques qui restent standardisées risquent de moins bien fonctionner pour certains segments.
Impacts chiffrés et tensions pour l’emploi
L’étude propose plusieurs chiffres qui témoignent des tensions et des défis. Par exemple, plus de 4 allocataires sur 10 ont moins de 35 ans. De même, la proportion d’inscrits non indemnisés est importante, ce qui pose des questions de financement et d’accompagnement.
La diversité des parcours a un coût : l’accompagnement individuel, la formation, le suivi des dossiers heterogènes. Pour France Travail, cela signifie des ressources humaines, logistiques et budgétaires accrues. L’assurance-chômage, quant à elle, doit mieux calibrer les mécanismes d’indemnisation et d’insertion pour cette mosaïque de profils.
Par ailleurs, l’étude montre que la durée d’indemnisation, le type de contrat précédant le chômage et le niveau de qualification influencent fortement la trajectoire de retour à l’emploi.
Cette cartographie des parcours brossée par l’Unédic révèle, en creux, la complexité croissante du marché du travail français. Entre jeunes diplômés précaires, salariés en reconversion et seniors confrontés à un retour difficile à l’emploi, France Travail doit désormais gérer des réalités multiples, souvent éloignées des modèles statistiques traditionnels. Or, cette diversité impose une adaptation continue des outils d’accompagnement : diagnostic personnalisé, formation ciblée, suivi renforcé.
À l’heure où la politique de l’emploi cherche à conjuguer efficacité et équité, ces données constituent un signal clair. Elles rappellent que derrière chaque chômeur, il existe une histoire singulière, un parcours professionnel et des contraintes sociales spécifiques. Pour France Travail, cette pluralité n’est plus une variable marginale, mais bien le cœur même de sa mission : comprendre pour agir, au plus près des besoins réels du terrain.


