Gallois, Proglio : la politique énergétique française dénoncée

Les signataires critiquent également l’influence de ce qu’ils appellent une idéologie « antinucléaire et pro-éolien », portée par certains décideurs et institutions.

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Les énergies renouvelables ont produit plus d'électricité que le gaz en 2022
Gallois, Proglio : la politique énergétique française dénoncée © journaldeleconomie.fr

Une tribune publiée récemment dans Le Point par d’éminents experts, anciens responsables politiques et industriels du secteur énergétique alerte sur les conséquences de la politique énergétique actuelle en France. Intitulée comme une lettre ouverte à Michel Barnier, elle est signée par des figures notables telles qu’Henri Proglio, ancien président d’EDF, Louis Gallois, ancien Commissaire général à l’investissement, et Bernard Accoyer, ancien président de l’Assemblée nationale.

La politique énergétique dénoncée pour sa marche forcée

Les auteurs dénoncent une orientation qu’ils considèrent comme un « développement à marche forcée » des énergies renouvelables intermittentes, telles que l’éolien et le solaire. Selon eux, cette politique est non seulement inefficace pour décarboner un secteur énergétique déjà largement neutre en carbone (95 % grâce au nucléaire et à l’hydraulique), mais elle génère également des coûts exorbitants pour la collectivité. Ils pointent notamment :

  • Un déséquilibre économique : Les garanties de prix et subventions accordées aux énergies renouvelables sont qualifiées de « ruineuses ». Ces aides, financées par l’État, profiteraient surtout à des entreprises étrangères et aggraveraient le déficit commercial du pays.
  • Un impact inflationniste : Les coûts de raccordement et d’adaptation des réseaux électriques, nécessaires à ces productions intermittentes, sont répercutés sur les consommateurs. Cela aurait conduit à une hausse des prix de l’électricité de 120 % en 12 ans.
  • Une dépendance accrue aux importations : La quasi-totalité des équipements éoliens et photovoltaïques est importée, renforçant la dépendance industrielle de la France vis-à-vis de l’étranger.

« Nous dénonçons les arbitrages budgétaires nuisibles à la neutralité carbone et au climat, illustrés par le projet de Budget pour 2025 dans lequel sont portés à 4 milliards d’Euros les crédits pour les garanties de prix données aux producteurs d’énergies intermittentes, sans effet sur le climat, tandis que sont réduites les aides à la décarbonation des secteurs les plus responsables des émissions de CO2, dans l’habitat ou l’électrification des transports », écrivent les auteurs.

Opposition idéologique et stratégique

Les signataires critiquent également l’influence de ce qu’ils appellent une idéologie « antinucléaire et pro-éolien », portée par certains décideurs et institutions. Ils mentionnent explicitement l’ingérence d’intérêts étrangers visant à promouvoir le modèle énergétique allemand, connu sous le nom d’Energiewende. Ce dernier est décrit comme un échec économique et climatique, reposant sur un recours accru aux énergies fossiles pour compenser l’intermittence des renouvelables.

Ils soulignent que contrairement à l’Allemagne, la France est bien positionnée en matière de décarbonation grâce à son parc nucléaire. « Nous dénonçons les opérations d’ingérences étrangères en France visant également à promouvoir le modèle énergétique allemand, telles que dévoilées par les rapports de l’École de Guerre Économique. »

Un modèle jugé désavantageux pour la souveraineté et le climat

La tribune met en lumière des contradictions dans les arbitrages budgétaires. Alors que des centaines de milliards d’euros sont investis dans les énergies intermittentes, les aides à la décarbonation des secteurs les plus émetteurs, comme le bâtiment ou les transports, sont réduites. Cela engendre des effets « antisociaux » en rendant inaccessible aux ménages modestes l’électrification de leur chauffage ou de leurs véhicules.

Les auteurs préviennent que persister dans cette voie pourrait affaiblir la souveraineté énergétique de la France, déstabiliser son économie et diminuer sa compétitivité industrielle. Ils alertent sur les risques de coupures d’électricité à grande échelle et appellent à un réexamen des priorités énergétiques. « L’adoption par votre gouvernement d’une Programmation Pluriannuelle de l’Énergie qui persisterait dans cette politique de développement accéléré des énergies intermittentes, constituerait une véritable catastrophe économique et écologique pour notre pays et irait à l’encontre de l’annonce très opportune dans votre Déclaration de Politique Générale, qu’allait être réévalué l’impact de ces énergies, avant de persister dans le soutien public qui leur est donné. »

La tribune se conclut par un appel au Premier ministre pour qu’il abandonne cette politique, jugée désastreuse. « Cette politique ruineuse, dont l’échec est patent en Allemagne, ne sert que quelques intérêts particuliers, majoritairement étrangers, aux dépens de l’économie française », écrivent-ils. Ils demandent une réévaluation rigoureuse de l’impact des énergies intermittentes, en accord avec les récentes enquêtes parlementaires et les promesses du gouvernement.

Les signataires de la tribune :
Henri Proglio, ancien Président d’EDF
Hervé Machenaud, ancien Directeur exécutif d’EDF
André Merlin, ancien Président fondateur de RTE
Michel Rousseau, Président de la Fondation Concorde
Xavier Moréno, Président du Cercle d’Étude Réalités Écologiques et Mix Énergétique
Louis Gallois, ancien chef d’entreprise, ancien Commissaire Général à l’investissement
Bernard Accoyer, ancien Président de l’Assemblée Nationale, Président de Patrimoine Nucléaire et Climat
François Goulard, ancien ministre de l’Enseignement supérieur et à la Recherche
Christian Gérondeau, haut fonctionnaire français. Ancien délégué interministériel à la sécurité routière
Fabien Bouglé, essayiste, expert en politique énergétique

2 réflexions au sujet de “Gallois, Proglio : la politique énergétique française dénoncée”

  1. Nous habitons en Charente et un agriculteur près de chez nous pense développer un projet de 14 hectares d’agrivoltaique. Tous les articles que je lis comme celui ci au dessus ont de très bon arguments, mais je n’ai jamais vu une ligne sur l’impact du foncier du particulier. Si ce projet prend effet, notre maison perdra un minimum de 30/40% de sa valeur, mais d’après l’agent immobilier, ces biens deviennent invendable. Donc d’un cote vous avez une personne qui va s’enrichir et de l’autre vous avez un nombre de personnes qui vont perdre beaucoup. Ou est la légalité de ces projets?

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