Le ministre de l’Économie Roland Lescure a officiellement reconnu que l’objectif de plein emploi fixé par Emmanuel Macron n’est plus atteignable à court terme. Avec un taux de chômage atteignant 8,1% au premier trimestre 2026, soit son plus haut niveau depuis cinq ans, cette déclaration marque l’abandon d’une promesse emblématique du quinquennat.
Le plein emploi, une promesse présidentielle définitivement abandonnée
L’aveu sonne comme un coup de tonnerre dans le paysage économique français. Dimanche 17 mai 2026, Roland Lescure, ministre de l’Économie, a officiellement reconnu que l’objectif de plein emploi fixé par Emmanuel Macron n’était plus « atteignable » d’ici l’année prochaine. Cette déclaration, d’une franchise inhabituellement brutale pour un membre de l’exécutif, intervient alors que le taux de chômage français vient d’atteindre 8,1 % au premier trimestre 2026 — son niveau le plus élevé depuis cinq ans, selon les données publiées par l’Insee et relayées par Le Monde.
Invité de l’émission Dimanche en politique sur France 3, le ministre n’a cherché ni détour ni euphémisme : « Non, ce n’est pas atteignable d’ici l’année prochaine », a-t-il tranché. Ces quelques mots suffisent à sceller l’abandon de facto de l’une des promesses les plus emblématiques du second quinquennat d’Emmanuel Macron — un engagement qui avait structuré, pendant près d’une décennie, toute la rhétorique économique du chef de l’État.
Une promesse présidentielle au cœur de la stratégie économique
Pour mesurer l’ampleur de ce renoncement, il convient de revenir à l’ambition initiale. Depuis son élection en 2017, Emmanuel Macron avait érigé la lutte contre le chômage en priorité absolue de sa politique économique, déclinant cet objectif en un chiffre aussi symbolique que précis : faire descendre le taux de chômage à 5 %, seuil traditionnellement reconnu en France comme celui du plein emploi.
Cette promesse puisait sa légitimité dans une dynamique bien réelle observée au cours du premier quinquennat. Entre 2017 et le début des années 2020, la courbe du chômage avait effectivement reculé de façon significative, nourrissant l’espoir d’une transformation structurelle du marché du travail français. L’exécutif pouvait alors envisager, non sans quelque raison, d’inscrire son nom dans l’histoire économique du pays en atteignant cet objectif historique.
Les chiffres implacables d’une dégradation continue
Les dernières statistiques de l’Insee dressent pourtant un tableau qui contredit radicalement ces ambitions. Au premier trimestre 2026, le nombre de chômeurs a progressé de 68 000 personnes par rapport au trimestre précédent, portant le total à 2,6 millions de personnes sur l’ensemble du territoire — soit le cinquième trimestre consécutif de hausse.
Cette progression de 0,2 point trimestriel porte le taux de chômage à 8,1 %, franchissant pour la première fois depuis début 2021 la barre symbolique des 8 %. Sur un an, la dégradation atteint 0,7 point, témoignant d’un mouvement de fond qui ne saurait être réduit à un simple soubresaut conjoncturel. L’Institut souligne par ailleurs que cette évolution se déroule dans un contexte particulier, celui de la généralisation de la loi pour le plein-emploi : entrée en vigueur en janvier 2025, elle a imposé l’inscription de tous les allocataires du RSA auprès de France Travail. Paradoxe statistique de taille — cette mesure contribue mécaniquement à gonfler le taux de chômage, en intégrant dans les comptages des personnes jusque-là absentes des registres officiels.
Les explications gouvernementales face à cet échec
Confronté à cette réalité, Roland Lescure a choisi de contextualiser plutôt que de s’excuser, pointant résolument vers les facteurs exogènes. « On fait face à un choc mondial très important », a-t-il insisté, évoquant notamment les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Dans un entretien accordé à La Tribune Dimanche le même jour, le ministre précisait : « Nous sommes mis à l’épreuve par un choc exogène, puisque le conflit en Iran bloque 20 % du pétrole mondial. » Une argumentation qui, si elle n’est pas dénuée de fondement, peine néanmoins à expliquer à elle seule cinq trimestres consécutifs de dégradation. Selon les déclarations rapportées par Actu Orange, le ministre a toutefois tenu à sauvegarder le bilan de l’action gouvernementale : « Grâce à ce que l’on a fait depuis 2017, je pense que l’on a réussi à changer l’état d’esprit vis-à-vis de ça », revendiquant les progrès accomplis pour des Françaises et des Français « qui n’avaient plus accès au marché du travail, notamment des jeunes et des seniors ».






