Le 20 février 2025, la Banque centrale européenne a publié ses résultats financiers pour l’année 2024. Sans surprise, ils sont catastrophiques. Après une perte de 7,89 milliards d’euros en 2023, l’institution enregistre cette fois un déficit de 7,94 milliards d’euros. Une nouvelle année dans le rouge, confirmant les conséquences d’une politique monétaire restrictive menée depuis 2022 pour lutter contre l’inflation.
Une perte abyssale liée à la hausse des taux d’intérêt
Les origines de cette débâcle financière sont bien connues. Pour combattre une inflation galopante, la BCE a, depuis juillet 2022, relevé ses taux d’intérêt de manière spectaculaire. Objectif : freiner la consommation et calmer la flambée des prix en renchérissant le coût du crédit.
Résultat ? Une explosion des charges d’intérêts versées par la BCE aux banques commerciales. Ces dernières doivent déposer auprès de la Banque centrale un pourcentage de leurs réserves sous forme de dépôts obligatoires. Or, plus les taux montent, plus la BCE doit rémunérer ces dépôts.
Évolution des charges d’intérêts de la BCE
| Année | Charges d’intérêts (en milliards d’euros) |
|---|---|
| 2022 | 3,8 |
| 2023 | 14,2 |
| 2024 | 15,7 |
Comme le montre ce tableau, la BCE a dû verser 15,7 milliards d’euros d’intérêts en 2024, contre seulement 3,8 milliards en 2022. Une explosion des coûts qui pèse lourdement sur son bilan.
Des actifs qui ne rapportent plus assez
Si les charges ont bondi, les revenus, eux, n’ont pas suivi la même trajectoire. La BCE détient un portefeuille d’actifs constitué en grande partie de titres à taux fixe achetés durant ses programmes de rachats d’actifs entre 2015 et 2021. Ces obligations, acquises à des taux très bas, génèrent aujourd’hui des rendements insuffisants.
Autre facteur aggravant : la dépréciation des actifs en devises étrangères. Selon les chiffres publiés par la BCE, la valeur des actifs en dollars et en yens a chuté en 2024, entraînant une perte comptable de 269 millions d’euros sur un an. Résultat : la BCE n’a plus de réserves pour absorber ces pertes. En 2023, elle avait puisé 6,62 milliards d’euros dans un fonds de provision pour atténuer son déficit.
Quelles conséquences pour la zone euro ?
- Aucun bénéfice redistribué : Traditionnellement, la BCE verse une partie de ses profits aux banques centrales nationales des pays de la zone euro. Avec ces pertes records, elles devront faire sans cette manne financière.
- Pas d’impact direct sur la stabilité de la BCE : Contrairement à une entreprise privée, la BCE ne peut pas faire faillite. Ses pertes sont enregistrées au bilan et seront compensées par de futurs bénéfices… s’ils reviennent un jour.
- Un avenir incertain : La BCE pourrait continuer à afficher des pertes en 2025 et 2026, même si elles devraient être moindres. L’institution elle-même anticipe un redressement progressif de ses comptes à mesure qu’elle réduit son bilan.
Les chiffres de 2024 confirment une réalité douloureuse : la lutte contre l’inflation a un prix, et ce prix est aujourd’hui supporté par la BCE elle-même. Entre charges d’intérêts insoutenables et actifs peu rémunérateurs, l’institution continue de se retrouver dans une période de turbulences. Mais si la BCE est fragilisée, elle n’est pas en péril. Comme elle l’affirme elle-même, ces pertes n’entravent pas sa capacité à remplir sa mission.


