Paradoxe de la transition écologique : des retraités aux revenus modestes, propriétaires de petits logements acquis grâce à des crédits longs en vue d’améliorer leurs retraites, sont sommés de financer des travaux souvent hors de portée. Privés pour certains de la majorité de leurs revenus, ils risquent de basculer dans la précarité. Un effet pervers de la loi sur les diagnostics de performance énergétique (DPE) que dénoncent de plus en plus de voix. Il est urgent d’agir.
Depuis janvier, les logements classés G sur l’échelle du diagnostic de performance énergétique ne peuvent plus être loués. Suivront bientôt les logements classés F. Objectif : lutter contre les « passoires thermiques ». Mais pour de nombreux petits propriétaires, cette obligation de travaux se transforme en impasse financière. Parmi eux, des retraités pour qui ces biens représentent un complément indispensable à une pension déjà maigre.
Un placement retraite devenu piège
Prenons l’exemple de cette retraitée de 80 ans ancienne commerçante avec une retraite de 700 € par mois. Elle a préparé ses vieux jours avec son mari en épargnant péniblement pour acheter deux chambres de service dans le centre de Paris avec des crédits payés sur 20 ans. Louées chacune environ 600 euros par mois, ces modestes loyers constituent la base de ses revenus. Mais pour continuer à louer légalement, elle devra engager quelque 15 000 euros de travaux par logement, soit 30 000 €. Une somme tout simplement inaccessible pour elle. Résultat : soit elle ne loue plus les logements en espérant pouvoir effectuer des travaux ou elle les vend à un prix bradé. Résultat immédiat : elle ne peut plus vivre décemment et sombre dans une précarité préoccupante avec 800 euros par mois et un loyer personnel à payer de … 800 euros. Une situation qui se répète dans toute la France mais que ne veulent pas voir les thuriféraires de l’écologie pour qui la cause du climat passe avant tout, quitte à faire de la casse sociale.
Au-delà de la question sociale, certains pointent l’inefficacité écologique de la mesure. De nombreux logements, pourtant bien isolés, se retrouvent mal classés à cause d’un système de notation jugé incohérent. Un Parisien explique que son studio rénové est tout de même classé G, car situé en rez-de-chaussée avec des murs humides, sur lesquels l’ajout d’une isolation est techniquement quasi impossible. Paradoxalement, les travaux imposés peuvent même générer plus d’émissions carbone que les économies d’énergie attendues.
Une bombe sociale en puissance
Derrière cette loi se dessine une profonde fracture sociale. La classe moyenne, souvent oubliée des aides et déjà fragilisée par la crise inflationniste, est aujourd’hui frappée de plein fouet. Les retraités modestes, les étudiants en quête de logement, les jeunes sans capital pour devenir propriétaires : tous sont pris en étau. Dans les villes moyennes, où le prix du mètre carré est faible, les travaux peuvent représenter un quart du prix d’achat du bien. Autant dire une absurdité économique. Imaginons par exemple une petite surface de 20 m2 qui vaut péniblement 40 000 € sur laquelle il faut faire 15 000 € de travaux.
Sur un marché locatif déjà sous tension, notamment dans les grandes villes étudiantes comme Paris, la situation pourrait empirer. Beaucoup de petits logements vont sortir du marché, soit parce que les propriétaires n’ont pas les moyens de les rénover, soit parce qu’après travaux, leur surface ne répond plus aux critères légaux. Des chambres de service vont être requalifiées en greniers car passant en dessous des 9 m2 avec une isolation par l’intérieur. Le risque : voir des centaines de milliers de logements disparaître du marché locatif. Déjà que c’était quasiment mission impossible pour des milliers d’étudiants de trouver un logement peu cher, la situation va considérablement s’empirer.
Dans les zones rurales comme dans les villes, une colère sourde gronde. Pour beaucoup, cette loi incarne une écologie technocratique et punitive, déconnectée du réel. Certains redoutent même que cette pression accrue sur les classes moyennes ne nourrisse un vote de rejet, voire une radicalisation politique. « Taper sur les gens au nom de la planète produit l’effet inverse« , alerte un habitant de la France périphérique. Des mouvements populistes radicaux risque de se trouver renforcés. Il ne faut pas oublier que Trump a été élu en grande partie par une population exaspérée par le wokisme. Les écologistes les plus radicaux risquent de se retrouver face à des gouvernement élus qui détricoteront les mesures prises. A trop en vouloir on finit par obtenir l’inverse de ce que l’on recherche.
Faut-il revenir sur la loi ? Son abrogation semble politiquement difficile, mais des ajustements deviennent urgents et indispensables. Pour éviter de pénaliser les plus fragiles, plusieurs pistes sont évoquées : étalement des échéances, exemptions pour les retraités modestes, prise en compte du contexte technique local dans les diagnostics, prise en compte de la surface, intégration dans l’analyse du DPE de l’Age du bâtiment, limiter l’obligation à des fenêtres double vitrage, etc.
Si la transition énergétique est indispensable, elle ne peut se faire au prix de la dignité des plus modestes.



je savais pas que les écologistes étaient au pouvoir, c’est un scoop !
quant à louer des chambres de bonne insalubres 600€/mois, on est en droit de se demander qui est la vraie victime… Au moins, le propriétaire qui possède un tel bien a une solution de repli s’il ne peut plus s’offrir un loyer à 800€/mois… ce n’est pas le cas de tout le monde. Peut-être qu’un certain nombre de ces malheureux locataires pourront enfin accéder à la propriété à des prix raisonnables… Car s’il est interdit de louer un logement classé G il n’est pas interdit d’en acheter un pour y vivre soi-même.