Le 6 avril 2025, plusieurs sources ont confirmé que le groupe Altice, contrôlé par Patrick Drahi, envisage une sortie de ses activités télécoms en France, notamment à travers une cession totale ou partielle de SFR. Cette hypothèse s’inscrit dans un contexte de restructuration de dette et de recentrage stratégique, à la suite d’un accord conclu en février avec les créanciers du groupe. L’opération, si elle aboutit, pourrait redessiner durablement l’architecture concurrentielle du secteur.
Une restructuration d’envergure chez Altice
Le 26 février 2025, Altice France a officialisé une restructuration de sa dette de 24 milliards d’euros, aboutissant à une réduction de 8,6 milliards d’euros. En contrepartie, les principaux créanciers du groupe – notamment BlackRock, Pimco et Fidelity – ont obtenu 45 % du capital de SFR, réduisant la part de Patrick Drahi à 55 %, via Altice Group Lux.
Cet accord permet à Altice de stabiliser ses engagements à court terme et de restaurer partiellement sa capacité à négocier avec de potentiels acquéreurs. Il s’inscrit dans une série de cessions d’actifs non stratégiques amorcée dès 2023 : Altice Media, les datacenters, puis la participation dans La Poste Mobile ont été cédés successivement. La cession d’XP Fibre serait également envisagée.
Un actif sous tension : performance opérationnelle de SFR
SFR, troisième opérateur du marché français, présente des résultats en repli. En 2023, l’entreprise a perdu plus d’un million de clients dans le mobile, selon Univers Freebox, et a vu sa part de marché s’éroder dans un environnement concurrentiel figé depuis plus d’une décennie.
Malgré un réseau 5G techniquement opérationnel, les indicateurs de satisfaction client restent inférieurs à ceux de ses concurrents. La marque souffre également d’une perception négative, héritée des conflits passés avec l’ARCEP et des plans sociaux engagés entre 2020 et 2022.
En conséquence, la valorisation potentielle de SFR reste sujette à débat. Si Patrick Drahi viserait un prix compris entre 20 et 25 milliards d’euros pour un rachat total, plusieurs analystes du secteur considèrent ce niveau comme excessif, compte tenu de l’endettement résiduel et du besoin d’investissements futurs.
Scénarios industriels à l’étude : consolidation ou répartition d’actifs
Plusieurs acteurs ont exprimé un intérêt préliminaire pour une acquisition partielle ou segmentée. Free (groupe Iliad), Bouygues Telecom et Orange ont tous indiqué suivre le dossier. Ces groupes travaillent sur des hypothèses de répartition des actifs, permettant de contourner d’éventuels blocages de l’Autorité de la concurrence.
Une cession directe à un unique acteur du marché national reste improbable en l’état. La consolidation à trois opérateurs, déjà envisagée en 2016 avec la tentative avortée d’Orange-Bouygues, pourrait être de nouveau freinée par la Commission européenne.
Par ailleurs, des investisseurs extérieurs à l’Union européenne – notamment STC (Arabie Saoudite) et Etisalat (Émirats Arabes Unis) – seraient en phase d’exploration sur ce dossier. Leur participation pourrait prendre la forme d’une prise de participation minoritaire, voire d’un rachat de filiales spécifiques (infrastructure réseau, data centers, etc.).
Evolution du marché télécoms français
La structure actuelle à quatre opérateurs, issue de l’entrée de Free Mobile en 2012, a profondément modifié le paysage concurrentiel en France. Elle a favorisé une baisse durable des prix, tout en comprimant les marges des acteurs historiques.
Le retour à une configuration à trois opérateurs – déjà expérimentée au Royaume-Uni (fusion Vodafone/Three validée en 2024) – pourrait générer des économies d’échelle, au prix d’une réduction de la concurrence directe. Toutefois, plusieurs scénarios restent ouverts : cession d’actifs à l’unité, création d’un consortium d’acquéreurs, scission géographique ou technologique. Altice, dans ce contexte, semble chercher avant tout une maximisation de valeur, plus qu’un scénario industriel intégré.

