Entre intérêts industriels et réalignements diplomatiques, le Royaume-Uni ajuste son cap. En réponse à l’instauration de nouvelles barrières douanières par les États-Unis — entrées en vigueur en ce début du mois d’avril 2025 — Londres assouplit son calendrier d’électrification automobile ainsi que son mandat ZEV (Zero Emission Vehicle Mandate). L’objectif : ménager ses constructeurs tout en préservant ses chances de conclure un accord bilatéral avec Washington.
Un mandat ZEV aménagé pour les constructeurs automobiles britanniques
Comme le rapporte The Telegraph et ESG News, le gouvernement britannique a annoncé une série d’ajustements à son Zero Emission Vehicle Mandate (ZEV Mandate), le mécanisme imposant aux constructeurs un quota croissant de ventes de véhicules zéro émission. Cette décision intervient alors que les États-Unis appliquent depuis le 5 avril 2025 un droit de douane de +10 % sur les véhicules importés du Royaume-Uni, contre 25 % pour ceux en provenance de l’Union européenne.
Londres a ainsi décidé de réduire temporairement les amendes prévues pour les constructeurs ne respectant pas les quotas annuels du ZEV Mandate, initialement fixées à 15 000 livres sterling par véhicule non conforme. Par ailleurs, le gouvernement britannique prévoit que la vente de véhicules hybrides — qu’ils soient rechargeables (PHEV) ou non (HEV) — restera autorisée jusqu’en 2035, sous réserve du respect de critères techniques précis. Les constructeurs spécialisés dans les véhicules de luxe produisant moins de 2 500 unités par an seront quant à eux exemptés du dispositif.
L’ensemble du plan est soutenu par un investissement public de 2,3 milliards de livres sterling, auquel s’ajoutent plus de 6 milliards de livres d’investissements privés, principalement orientés vers le développement des infrastructures de recharge. « Nous devons faire tout ce qu’il est possible de faire pour protéger les entreprises britanniques et l’emploi », a déclaré la ministre des Transports Heidi Alexander devant les députés du Parlement britannique.
Obtenir un accord privilégié avec les États-Unis
L’assouplissement du ZEV Mandate ne relève pas uniquement d’un calcul économique. Il traduit également une stratégie diplomatique destinée à préserver un dialogue ouvert avec Washington. Le Premier ministre britannique Keir Starmer l’a résumé en ces termes : « Le monde a fondamentalement changé », ajoutant que la conclusion d’un accord commercial avec les États-Unis demeure l’une des priorités majeures de son gouvernement, rapporte ESG News.
Ce choix de modération réglementaire s’inscrit en écho à la posture offensive de l’administration Trump. Le président américain a déclaré que « l’Amérique dicte ses conditions » et que « quiconque refuse de s’aligner, paiera le prix fort », affirmant sa volonté de redéfinir les rapports commerciaux internationaux. Une stratégie des plus offensive qui a quelque peu porté ses fruits, puisque, comme l’a indiqué le secrétaire au Trésor Scott Bessent, moins de deux jours après l’entrée en vigueur des nouveaux tarifs douaniers américains, « plus de 50 pays ont approché le gouvernement au sujet d’une réduction de leurs barrières douanières ». Se félicitant de ces premiers résultats, il a toutefois tenu à préciser que « ce n’est pas le genre de chose que vous pouvez négocier en quelques jours ou quelques semaines ».
Bénéficiant d’une hausse des tarifs douaniers plus modérée — 10 % contre 25 % pour la plupart des véhicules importés aux États-Unis —, et alors que l’Union européenne le Royaume-Uni espère ainsi se positionner comme un partenaire commercial constructif, en vue d’obtenir un accord bilatéral préférentiel avec son homologue américain. Reste à savoir si l’Union européenne, au vu des signaux économiques et géopolitiques émis depuis Londres et Washington, décidera, elle aussi, d’assouplir sa trajectoire réglementaire sur les émissions de CO₂ pour soutenir ses constructeurs automobiles. Pour l’heure, rien n’est acté.



