À l’occasion du Jour de la Terre le 22 avril 2025, l’étude internationale Earth Day menée par Ipsos et CESI école d’ingénieurs dans 32 pays met en lumière une réalité contrastée : les Français sont massivement inquiets du réchauffement climatique, mais doutent de la capacité des acteurs économiques et de l’État à porter une transition énergétique crédible, bénéfique et socialement équilibrée.
Une transition énergétique jugée économiquement risquée
Dans un contexte où la transition énergétique s’impose comme une orientation stratégique majeure pour les économies développées, les Français apparaissent particulièrement sceptiques quant à ses effets économiques concrets. Selon l’étude Ipsos-CESI, 36 % d’entre eux estiment que cette transition aura un impact négatif sur l’emploi, contre seulement 27 % qui anticipent un effet positif. Sur la sécurité alimentaire, la défiance se maintient : 30 % des personnes interrogées craignent une dégradation, alors que 25 % estiment que la transition pourrait l’améliorer.
Ce regard critique dépasse les seules perspectives d’emploi ou d’alimentation. Interrogés sur la pauvreté mondiale, 38 % des Français pensent que la transition énergétique en accentuera les effets, alors que seulement 20 % lui prêtent un rôle de réduction des inégalités. Ces perceptions illustrent une fracture croissante entre les objectifs macroéconomiques portés par les gouvernements et la manière dont les citoyens perçoivent les retombées à l’échelle individuelle et nationale.
Cette méfiance s’exprime aussi face à la promesse d’une croissance écologique, incarnée en France par des instruments comme la Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) et la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3). Deux feuilles de route censées structurer l’investissement public et privé dans la transition, mais largement méconnues ou contestées. La PPE3, portée par le Premier ministre François Bayrou, est même critiquée pour avoir été préparée en dehors du vote parlementaire, ce qui alimente l’idée d’un pilotage technocratique déconnecté du débat démocratique.
Peu de confiance envers l’exécutif, les entreprises et les solutions proposées
Les données du sondage Ipso-CESI montrent également une faible confiance dans les acteurs économiques. Seuls 15 % des Français déclarent faire confiance aux entreprises pour respecter leurs engagements environnementaux – un score inférieur à la moyenne mondiale de 22 %. Cette défiance vis-à-vis de la transition écologique s’accompagne d’un rejet croissant des dispositifs perçus comme imposés. 38 % des Français jugent que l’on demande trop de sacrifices à leur pays, un chiffre en hausse de cinq points par rapport à 2023. Le cas des zones à faibles émissions (ZFE) est emblématique : leur rejet atteint 86 %, selon une consultation nationale, notamment en raison de leur impact sur les ménages modestes et de leur logique d’exclusion fondée sur l’âge des véhicules plus que sur leurs émissions réelles.
L’exécutif apparaît dès lors comme le premier responsable de cette méfiance – voire de ce rejet : garant des orientations stratégiques, il peine à convaincre, seuls 27 % des Français estimant qu’il dispose d’un plan clair pour faire face au changement climatique – contre 32 % à l’échelle mondiale.
La perception d’une écologie « hors-sol » s’illustre aussi dans les instruments – solutions de transition énergétique – portés par le gouvernement. 58 % des Français jugent que les voitures électriques sont « aussi mauvaises pour la planète que les voitures thermiques », un chiffre qui place la France en tête des pays interrogés. 37 % estiment également que les éoliennes offshore nuisent aux écosystèmes.
Autant d’indicateurs d’un décrochage entre la dynamique politique, technologique, et l’acceptabilité économique et sociale liée à la transition écologique. Comme le souligne le sondage en effet, les Français ne sont pas climatosceptiques, loin s’en faut : 76 % d’entre eux se déclarent préoccupés par les effets déjà visibles du dérèglement climatique sur leur territoire. Mais cette inquiétude ne s’accompagne pas d’une confiance équivalente envers les instruments de la transition, ni envers ceux qui les pilotent. La rupture ne porte pas sur le diagnostic, mais sur les réponses.


