Le 30 avril 2025, l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) a diffusé son estimation provisoire de l’inflation pour le mois d’avril. Avec un taux annuel stable de +0,8 %, identique à celui de mars, les prix à la consommation paraissent relativement contenus. Pourtant, cette stabilité ne semble pas refléter fidèlement le ressenti des consommateurs, en particulier lorsqu’ils passent à la caisse. Que révèlent vraiment les chiffres de l’INSEE ? Et pourquoi tant de foyers ont-ils l’impression que tout continue d’augmenter ?
Une inflation globale stable à 0,8 % : ce que dit l’INSEE
Selon le communiqué Informations rapides n°111 publié par l’INSEE, l’indice des prix à la consommation (IPC) affiche une hausse de 0,8 % sur un an au mois d’avril 2025, un chiffre identique à celui de mars. En glissement mensuel, les prix progressent de +0,5 %, après une hausse plus modérée de +0,2 % en mars.
Le même document précise que cette stabilité globale résulte d’évolutions contraires selon les grands postes de consommation. Ainsi, la baisse des prix de l’énergie est un facteur déterminant de modération, tandis que d’autres postes de dépenses connaissent des hausses.
Énergie en recul, alimentation en hausse : effets compensatoires
La plus forte baisse annuelle enregistrée concerne l’énergie, dont les prix ont chuté de 7,9 % en avril par rapport à l’année précédente (après -6,6 % en mars). Ce repli s’inscrit dans un contexte de normalisation des prix des carburants et de l’électricité.
En revanche, l’alimentation repart à la hausse, avec un glissement annuel de +1,2 % en avril (contre +0,6 % en mars). Les produits frais enregistrent même une hausse de 4,0 %, après +3,8 % en mars. Ce rebond est partiellement lié aux tensions persistantes sur certains marchés agricoles et aux variations saisonnières.
D’autres catégories, comme les services, évoluent de manière plus stable. L’INSEE observe une augmentation de +2,3 % sur un an, identique à celle du mois précédent. Les produits manufacturés, quant à eux, sont quasi stables, avec une variation annuelle de -0,2 %.
Une perception biaisée par la nature des dépenses
Si l’inflation globale reste contenue, c’est notamment parce que la baisse de l’énergie – un poste important dans l’indice – pèse fortement sur le calcul. Mais cette baisse n’est pas nécessairement visible pour tous les consommateurs, notamment ceux dont la consommation énergétique a déjà été réduite en raison de comportements contraints (chauffage abaissé, déplacements limités).
En revanche, les dépenses alimentaires, fréquentes et non compressibles, augmentent. Ainsi, bien que leur pondération dans l’IPC soit moins élevée que celle des services, leur fréquence d’achat et leur visibilité leur donnent un poids psychologique plus fort dans la perception des prix.
De plus, certains produits essentiels ou de consommation courante – fruits, légumes, produits laitiers – ont connu des hausses marquées que le consommateur ressent immédiatement. Ces hausses sont d’autant plus sensibles qu’elles succèdent à deux années de fortes augmentations, qui ont durablement modifié les repères de prix.
L’INSEE utilise une structure de pondération pour construire l’IPC, afin de refléter la consommation moyenne des ménages. En 2025, les principales pondérations sont :
- Services : 52,8 %
- Produits manufacturés : 22,8 %
- Alimentation : 14,6 %
- Énergie : 8,1 %
- Tabac : 1,6 %
Ces proportions montrent que certains postes très visibles au quotidien, comme l’alimentation, représentent une part relativement faible dans l’indice global. Ainsi, une forte hausse sur des produits alimentaires peut avoir un impact limité sur l’IPC, même si elle affecte fortement le budget des ménages. À l’inverse, la baisse des prix de l’énergie – bien qu’essentielle pour les comptes nationaux – peut passer inaperçue dans le ressenti individuel si les usages ont déjà été modifiés en réponse aux hausses passées.
Un ralentissement confirmé mais provisoire
L’évolution récente de l’IPC montre une tendance claire à la désinflation depuis un an. En avril 2024, l’inflation était encore de +2,2 %, et atteignait même +5,9 % en avril 2023. La stabilisation actuelle à +0,8 % marque donc un net infléchissement.


