Droits de douane : Bruxelles sort l’artillerie lourde contre Trump

D’après un haut responsable européen, « toutes les options restent sur la table », y compris des restrictions sur les exportations européennes de produits stratégiques vers les États-Unis

Publié le
Lecture : 3 min
L'état de la dette publique en Europe : un équilibre subtil
Droits de douane : Bruxelles sort l’artillerie lourde contre Trump © journaldeleconomie.fr

Le 8 mai 2025, la Commission européenne a annoncé qu’elle allait saisir l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour contester les nouvelles taxes imposées par le président américain Donald Trump sur les produits européens. Face à une politique jugée « hostile et illégale », Bruxelles prépare également une riposte d’une ampleur inédite.

Droits de douane : Bruxelles dégaine son arsenal face aux États-Unis et l’OMC

La tension n’a cessé de monter depuis que Donald Trump a annoncé, le 2 avril 2025, un nouveau tarif douanier dit « réciproque » de 20 % sur la majorité des biens en provenance de l’Union européenne. Si ce coup de force a provoqué une onde de choc sur les marchés mondiaux, le président américain a, pour l’instant, gelé la mesure jusqu’à la mi-juillet. Mais Bruxelles ne se fait guère d’illusions.

« L’UE lancera également un différend à l’OMC contre les États-Unis concernant les tarifs dits ‘réciproques’ et les taxes sur les voitures et les pièces détachées, en déposant officiellement une demande de consultations », a déclaré la Commission européenne dans un communiqué.

Droits de douane : 95 milliards d’euros de représailles ciblées

L’Union européenne ne se contente pas de menacer. Elle agit. Dans un document de 218 pages, la Commission a publié une liste de produits américains susceptibles d’être surtaxés si les négociations échouent. Les chiffres donnent le vertige : 10,5 milliards d’euros d’avions, plus de 12 milliards d’euros de voitures, 12,9 milliards d’euros de plastiques et produits chimiques. Même le bourbon, un symbole du sud américain, fait son retour dans la ligne de mire européenne.

Certains articles confinent à l’absurde – cheveux humains, montagnes russes, sapins de Noël – mais l’objectif est clair : toucher toutes les sensibilités économiques et politiques américaines, des géants industriels aux terroirs républicains.

D’après un haut responsable européen, « toutes les options restent sur la table », y compris des restrictions sur les exportations européennes de produits stratégiques vers les États-Unis, comme les métaux recyclés ou les additifs alimentaires.

L’OMC, ultime rempart contre la loi du plus fort

Dans une déclaration formelle, la Commission affirme que « ces droits de douane violent de manière flagrante les règles fondamentales de l’OMC ».

Et Maroš Šefčovič, commissaire européen au commerce, a rappelé devant le Parlement : « Les droits de douane sont des taxes, mauvaises pour les entreprises, pires pour les consommateurs ».

L’Union européenne entend défendre non seulement ses intérêts économiques mais aussi un ordre commercial multilatéral miné par l’unilatéralisme américain. Pour Bruxelles, la stratégie de Trump constitue un test grandeur nature : si l’OMC ne parvient pas à faire respecter ses propres règles, sa crédibilité pourrait s’effondrer.

Le Parlement européen a exprimé son soutien à la ligne dure : « Lorsqu’il s’agit de droits de douane, notre première ligne de défense est la dissuasion. L’Europe est capable de riposter et de protéger ses secteurs clés », a affirmé Sophie Wilmès, vice-présidente de la délégation pour les relations avec les États-Unis.

Trump, le commerce et la dissuasion : les limites d’un bras de fer

Pendant que Trump affiche un accord commercial « historique » avec le Royaume-Uni, l’UE tente de convaincre Washington qu’une guerre commerciale serait une impasse. Ursula von der Leyen garde un ton mesuré, mais ferme : « Nous pensons qu’il est possible de conclure de bons accords pour les consommateurs et les entreprises des deux côtés de l’Atlantique ».

Mais face à un président dont la doctrine repose sur le rapport de force, la persuasion suffira-t-elle ? Rien n’est moins sûr. Les tentatives précédentes de conciliation ont échoué. Et dans ce jeu de poker tarifaire, chaque joueur garde ses cartes bien serrées.

Laisser un commentaire

Share to...