On refait parler d’une possible interdiction de l’argent liquide en France, évoquée récemment par un ministre. L’idée serait de limiter la criminalité – notamment le trafic de stupéfiants – en rendant les transactions traçables. Mais ça soulève aussi plein de questions sur le plan social et économique pour les Français.
La proposition de Gérald Darmanin
Le jeudi 22 mai, lors d’une audition sur la délinquance financière au Sénat, Gérald Darmanin, ministre de la Justice, a suggéré que bannir l’argent liquide pourrait compliquer la tâche des dealers. Selon lui, en rendant les échanges plus transparents, on pourrait freiner la distribution de drogue dans les quartiers. Il lançait d’ailleurs : « Comment stopper la diffusion de la drogue dans nos quartiers ? Il y a une solution simple : interdire l’argent liquide afin d’empêcher l’installation de points de deal. » Même s’il sait bien que l’argent liquide a beaucoup d’importance pour les Français, Darmanin pense que cette mesure aurait des effets notables sur la criminalité.
En 2024, on a saisi 71 millions d’euros provenant du trafic de stupéfiants, ce qui montre bien l’ampleur du problème que cette idée veut combattre. Néanmoins, tout le monde n’est pas d’accord et les réactions fusent.
Gérald Darmanin: "Je l'ai dit (…) à ceux qui m'interrogent pour savoir comment on arrête la drogue dans nos quartiers. Une mesure assez simple : la fin de l'argent liquide empêchera les points de deal" #BFM2 pic.twitter.com/jBjvGMi4KZ
— BFMTV (@BFMTV) May 22, 2025
Les réserves et les soucis pratiques
Gilles Duteil, expert judiciaire spécialisé dans la criminalité financière, reste sceptique sur l’efficacité d’une telle mesure. Pour lui, éliminer l’argent liquide ne changerait rien à long terme, car les groupes criminels trouveraient toujours le moyen de contourner l’interdiction. Lors d’une interview sur RMC, il a affirmé : « Ça les gêne, c’est vrai, mais ils trouvent vite des astuces pour contourner ça. Rapidement, ces organisations vont créer des systèmes de communication avec des pays qui ne sont pas soumis aux mêmes règles. »
D’ailleurs, les opposants à la mesure pointent du doigt la difficulté de passer à un système uniquement électronique ou basé sur les cryptomonnaies. Ce changement demanderait plusieurs années d’adaptation, et contrôler les flux d’argent venant de pays voisins comme la Belgique ou l’Espagne serait un défi pas évident.
Réactions politiques et de la société
Lors d’une interview sur RTL, Gérald Darmanin a admis que rendre l’argent liquide obsolète ne serait pas réaliste pour le moment, à cause du manque de moyens politiques et de la nécessité d’un large consensus avec la population. Il insiste sur le fait qu’une « longue discussion avec le peuple français » serait indispensable avant de passer à l’action.
On voit bien que l’accès à l’argent liquide est un sujet sensible en France. En interdire l’usage demanderait non seulement l’accord des responsables politiques mais aussi un soutien massif de la part des citoyens, malgré les rumeurs circulant sur les réseaux sociaux. Comme le souligne La Tribune, ce sujet est souvent l’objet de rumeurs et de campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux.
L’argent liquide, toujours incontournable en France
Malgré tout ce débat, l’argent liquide reste très présent dans la vie quotidienne des Français. Une enquête publiée par la Banque centrale européenne en décembre 2024 indique qu’il représente encore 43 % des paiements dans le pays. Même si les paiements par carte ont récemment dépassé les espèces, une bonne partie des Français continue d’apprécier ses atouts.
En plus, retirer complètement l’argent liquide poserait un sacré défi sur le plan logistique et mettrait en péril certains emplois liés à sa transformation bancaire.
Alternatives au cash et horizons européens
Face à ces défis, plusieurs alternatives commencent à se développer. Les paiements mobiles, par exemple, ont vu leur part augmenter, passant de 1 % en 2019 à 6 % récemment. Cependant, ces solutions posent la question de la souveraineté française, surtout quand elles sont parfois proposées par des entreprises américaines telles que Visa ou Apple Pay.
La Banque Centrale Européenne mise aussi sur un projet d’euro numérique pour offrir une solution de rechange, même si ce projet soulève déjà des inquiétudes concernant la protection de la vie privée.


