Les Français achètent leurs cigarettes à l’étranger, et illégalement

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Francais Achetent Cigarettes Etranger
Les Français achètent leurs cigarettes à l’étranger, et illégalement © journaldeleconomie.fr

Selon les données publiées le 11 juin 2025 par le cabinet KPMG, commanditées par Philip Morris International, près de 49 % des cigarettes consommées en France en 2024 proviennent du marché noir. Cette proportion place l’Hexagone en tête des pays européens les plus affectés par la vente illégale de tabac. Ce phénomène génère des effets économiques et sanitaires majeurs : contraction des revenus des buralistes, perte fiscale record pour l’État, et exposition croissante des consommateurs à des produits de qualité dégradée.

Explosion du marché noir : une déstabilisation économique du réseau légal

L’étude KPMG révèle que 24,7 milliards de cigarettes ont été consommées hors réseau officiel en 2024. Cette situation résulte en partie d’un différentiel de prix structurel : le prix moyen d’un paquet en France (10,95 euros pour les Marlboro Red Collection) dépasse parfois de 100 % celui observé dans les pays voisins. Ce différentiel alimente non seulement les importations illégales en provenance de l’étranger, mais aussi un marché de revente interne alimenté par des filières de contrebande.

Pour les buralistes, l’impact est direct. La baisse des ventes légales de cigarettes — environ −11,5 % en 2024 selon l’OFDT — réduit leur marge de manœuvre financière. À ce jour, plus de 10 000 points de vente ont disparu depuis 2004, accentuant la fragilité du réseau de distribution physique. Plusieurs fédérations professionnelles alertent sur le fait que la rentabilité de nombreux établissements devient critique, particulièrement en zone rurale et périurbaine.

Une perte fiscale historique pour l’État français

La montée en puissance du marché noir des cigarettes a engendré une perte de recettes fiscales estimée à 9,47 milliards d’euros en 2024. Ce chiffre est en hausse de 23 % par rapport à l’année précédente, selon les données croisées de KPMG et des services douaniers. Les recettes issues du tabac, principalement via la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) et la TVA, représentent traditionnellement un levier important de financement des politiques publiques de santé et de prévention.

L’érosion de cette base fiscale fragilise la soutenabilité budgétaire de ces programmes, tout en remettant en cause l’efficacité du modèle fiscal dissuasif mis en œuvre depuis deux décennies afin de diminuer la consommation de cigarettes. Plusieurs analystes signalent une inefficacité croissante de cette stratégie dans un contexte d’intégration européenne et de forte mobilité des consommateurs.

Conséquences sanitaires : un enjeu sous-évalué

Au-delà des aspects économiques, l’essor du marché noir entraîne une hausse des risques sanitaires. Contrairement aux produits vendus dans le réseau officiel, les cigarettes issues de la contrebande ou de la contrefaçon échappent à tout contrôle qualité. Leur composition est souvent plus toxique, avec des niveaux de goudrons, de métaux lourds ou d’additifs très supérieurs aux normes réglementaires françaises et européennes.

L’Institut national du cancer (INCa) estime que les cigarettes et autres produits illicites sont susceptibles d’augmenter la prévalence des pathologies graves liées au tabagisme, notamment les cancers du poumon, de la gorge et de la vessie. À long terme, cette tendance pourrait induire une hausse du coût collectif des soins, au détriment du système de santé.

De plus, les produits non tracés échappent aux dispositifs de traçabilité mis en place au niveau européen, réduisant les capacités de surveillance épidémiologique et d’intervention ciblée.

Un cadre réglementaire à redéfinir

Face à ces évolutions, plusieurs experts préconisent un ajustement de la politique de lutte contre le tabagisme, intégrant non seulement les objectifs de santé publique, mais aussi les dynamiques de marché. Un rééquilibrage de la fiscalité, un renforcement des contrôles aux frontières et une harmonisation des prix au sein de l’Union européenne figurent parmi les pistes évoquées.

Selon les acteurs du secteur, seule une approche systémique permettra d’enrayer la progression du commerce illicite. Dans l’attente, les pertes fiscales et les risques sanitaires liés au marché noir du tabac continueront de peser sur les équilibres économiques et sociaux du pays.

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