Chèque énergie : un rapport propose de le supprimer au nom de la sobriété énergétique

Le 3 septembre 2025, le rapport conjoint de l’Inspection générale des finances (IGF) et de l’Inspection générale de l’environnement (IGEDD) a proposé de mettre fin au chèque énergie.

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Chèque énergie : un rapport propose de le supprimer au nom de la sobriété énergétique | journaldeleconomie.fr

Derrière le dispositif du chèque énergie de 795 millions d’euros par an, destiné à soutenir plus de 5,5 millions de ménages, se cache une mécanique budgétaire lourde : l’État taxe fortement l’énergie, puis redistribue une partie des recettes sous forme d’aide sociale. Sa remise en cause interroge les priorités fiscales et la soutenabilité de la dépense publique.

Une dépense remise en question

Le chèque énergie, instauré pour compenser la hausse structurelle des prix de l’électricité et du gaz, représente aujourd’hui un budget équivalent à près de 24 euros par contribuable et par an. Mais il ne bénéficie qu’à une minorité des foyers, créant de fait une redistribution sélective financée par l’ensemble de la population. Pour les inspections, cette logique est contestable : elles estiment que le dispositif constitue une « dépense fiscale dommageable à la biodiversité », car il soutient indistinctement la consommation d’énergies carbonées et décarbonées.

Au-delà de l’argument environnemental, la question est budgétaire. Le rapport s’inscrit dans une réflexion plus large sur les 92 milliards d’euros d’aides publiques recensées : 37 milliards devraient être réexaminés, dont 20 milliards en priorité. Dans ce cadre, les 795 millions d’euros consacrés au chèque énergie apparaissent comme une ligne budgétaire non négligeable, mais perfectible selon l’administration.

Fiscalité et redistribution : un cercle coûteux

Le cœur du problème réside dans la structure même de la fiscalité énergétique. En France, près d’un tiers de la facture d’électricité correspond à des taxes (TICFE, CSPE, TVA), tandis que la TICPE représente environ 60 % du prix d’un litre d’essence. Le coût de production d’un MWh nucléaire, autour de 50 euros, contraste fortement avec le prix final payé par les consommateurs, qui dépasse régulièrement 150 euros le MWh.

Dans ce contexte, le chèque énergie joue le rôle de correctif : l’État prélève massivement via les taxes, puis redistribue une fraction de ces recettes pour compenser les effets sociaux de cette fiscalité. Mais cette redistribution n’est pas neutre. Entre le prélèvement initial, les frais de gestion et la redistribution ciblée, chaque euro collecté ne revient pas intégralement sous forme d’aide. Ce système circulaire entretient une dépendance permanente aux subventions, tout en pesant sur la compétitivité économique.

Les associations de consommateurs défendent le chèque énergie

Les associations de consommateurs dénoncent une approche déconnectée des réalités sociales. « Le chèque énergie ne va aucunement à l’encontre de la sobriété énergétique. Il vient simplement permettre à des personnes aux faibles ressources de vivre décemment », défend Marie-Amandine Stévenin, présidente de l’UFC-Que Choisir. L’ADEIC critique de son côté un rapport qui ignore l’impact des certificats d’économie d’énergie, déjà financés par les fournisseurs et répercutés sur les factures.

Du côté de l’exécutif, la prudence domine. Le rapport reste consultatif, mais il pourrait nourrir des arbitrages budgétaires dans un contexte de contraintes fortes sur les finances publiques. La suppression du chèque énergie poserait une question centrale : maintenir une fiscalité élevée corrigée par des aides ciblées, ou alléger le poids des prélèvements pour rendre l’énergie plus accessible sans passer par un mécanisme de compensation.

Quel impact d’une suppression sur l’équilibre budgétaire ?

La disparition du chèque énergie permettrait à l’État d’économiser 795 millions d’euros par an, soit l’équivalent de près de 0,1 % du budget total. Une somme modeste à l’échelle des finances nationales. Cependant, cette économie budgétaire pourrait être contrebalancée par d’autres coûts indirects. Une partie des ménages bénéficiaires, privés de cette aide, verrait ses impayés augmenter, entraînant davantage de recours aux dispositifs sociaux existants, voire une hausse des contentieux pour factures impayées. Autrement dit, les 795 millions d’euros économisés pourraient être en partie annulés par une augmentation d’autres dépenses sociales.

En outre, la suppression d’un dispositif visible et ciblé risquerait de fragiliser l’acceptabilité sociale de la fiscalité énergétique. L’État justifie depuis des années ces taxes par leur rôle redistributif : prélever sur tous pour compenser les plus fragiles. Supprimer le chèque sans alléger parallèlement la fiscalité reviendrait à renforcer le sentiment d’injustice fiscale, alors même que la transition énergétique nécessite une adhésion durable de la population.

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