L’économie s’est imposée comme un marqueur central de l’actualité française. Publiée le 17 décembre 2025 à l’occasion de la 27e Journée du Livre d’Économie, une étude Ipsos BVA dresse un constat nuancé : si l’intérêt pour l’économie progresse, la capacité des Français à en maîtriser les mécanismes fondamentaux demeure inégale, révélant un clivage social et générationnel durable.
Une curiosité économique en hausse, portée par les catégories supérieures
L’étude Ipsos BVA, menée début décembre 2025 auprès de 1 027 Français, montre que 60 % des répondants déclarent s’intéresser « un peu » ou « beaucoup » à l’économie, selon l’enquête publiée par Ouest-France le 17 décembre 2025. Ce niveau d’intérêt confirme une tendance de fond, nourrie par les chocs inflationnistes récents, la volatilité des marchés et la place croissante des enjeux budgétaires dans le débat politique. Toutefois, cette curiosité économique n’est pas homogène. Elle se concentre plus fortement chez les seniors et les catégories socioprofessionnelles supérieures, qui disposent à la fois d’un capital culturel et d’un patrimoine financier les exposant davantage aux décisions macroéconomiques.
Cette polarisation se retrouve dans le sentiment de maîtrise. Seuls 54 % des Français se disent « très » ou « assez » à l’aise avec les grands indicateurs économiques, comme le PIB, la dette publique ou le chômage, selon l’étude Ipsos BVA. Ce chiffre progresse par rapport à 2017, où ils étaient 46 %, mais il signifie aussi que près d’un Français sur deux reste en difficulté face à des notions structurantes. Pour les publics les plus qualifiés, cette aisance relative constitue un avantage comparatif dans l’accès à l’information économique et à la prise de décision patrimoniale.
Inflation, épargne et revenus : des données mal appropriées
Lorsque l’analyse se resserre sur des repères chiffrés précis, les lacunes en économie apparaissent plus nettement. Moins d’un quart des Français est capable d’estimer correctement le salaire médian net dans le secteur privé, situé autour de 2 200 euros nets, selon l’étude Ipsos BVA publiée par Ouest-France le 17 décembre 2025. De même, seule une minorité parvient à donner un ordre de grandeur crédible du taux d’inflation, pourtant déterminant pour le pouvoir d’achat, la négociation salariale et les choix d’investissement, toujours selon Ouest-France.
Le Livret A constitue un autre révélateur. Bien que ce produit d’épargne réglementée soit massivement détenu, son fonctionnement reste imparfaitement compris. Le taux du Livret A est pourtant officiellement fixé à 1,7 % pour la période allant du 1er août 2025 au 31 janvier 2026, selon Service-Public.fr et le ministère de l’Économie en juillet 2025. L’écart entre la diffusion de l’information et son appropriation souligne une difficulté persistante à transformer l’actualité économique en connaissance opérationnelle, y compris sur des produits d’épargne de base, pourtant déterminants dans l’allocation de l’épargne des ménages.
Finances publiques : confiance institutionnelle, déficit de culture économique
Les finances publiques cristallisent ce paradoxe. Selon l’étude Ipsos BVA relayée par Ouest-France le 17 décembre 2025, seuls 28 % des Français connaissent la part des dépenses de protection sociale rapportée au PIB, estimée à environ 30 %. Cette méconnaissance limite la compréhension des débats budgétaires, notamment sur la soutenabilité du modèle social. Dans le même temps, 54 % des répondants estiment que les données économiques publiées par les institutions publiques reflètent correctement la réalité, traduisant une confiance institutionnelle relativement peu élevée.
Face à ce décalage, les attentes se structurent autour de la formation à l’économie. L’étude Ipsos BVA indique que 41 % des Français jugent prioritaire de renforcer l’enseignement des enjeux économiques dans les parcours scolaires, et 53 % le jugent important. Les priorités identifiées portent sur la compréhension des concepts économiques fondamentaux, citée par 55 % des répondants, ainsi que sur le fonctionnement du budget de l’État, de la fiscalité et de la protection sociale, mentionné par 49 %. Pour les catégories supérieures, cette demande renvoie à un enjeu stratégique : réduire l’asymétrie d’information économique qui conditionne l’adhésion aux réformes et la qualité du débat public.


