Petits colis taxés : la mesure censée freiner Shein et Temu montre déjà ses failles

La taxe sur les petits colis peine à freiner les achats chinois, déjà contournée par des plateformes malines.

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Petits colis taxés : la mesure censée freiner Shein et Temu montre déjà ses failles
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Alors que la taxe sur les petits colis, une mesure fiscale lancée pour freiner les achats massifs sur les plateformes chinoises, vient à peine d’entrer en vigueur en France, elle révèle déjà de sérieuses faiblesses. Cette taxe de 2 € par article devait s’appliquer aux colis importés de pays hors de l’Union européenne d’une valeur inférieure à 150 €, mais des stratégies de contournement bien rodées limitent son effet et modifient le marché européen du commerce en ligne.

Détails de la taxe et ses limites

Le principe était simple : chaque catégorie de produit dans un colis importé est taxée 2 €. Un colis contenant deux produits générait donc 4 € de taxe. Cette réforme douanière devait s’appliquer en France dès le 1er mars 2026 et s’étendre à toute l’Union européenne à partir du 1er juillet 2026. Mais une faiblesse clé tient à la condition d’application : la taxe ne s’applique que si la marchandise arrive directement sur le sol national, un point que les géants du e‑commerce chinois exploitent rapidement.

Des plateformes comme Shein et Temu contournent la règle, malgré le contrôle douanier accru. En faisant d’abord transiter leurs produits par un autre pays de l’UE, elles profitent de la libre circulation intra‑européenne pour réintroduire les marchandises en France sans payer la taxe. Les avions cargo chinois, qui atterrissaient auparavant à Paris‑Charles de Gaulle, vont désormais plutôt vers des aéroports des Pays‑Bas et de la Belgique, puis les marchandises continuent leur route par la route vers l’Hexagone.

Ce que ça change pour l’aérien et l’économie locale

Cette reconfiguration logistique a des conséquences immédiates sur le fret aérien en France, en particulier à Paris‑Charles de Gaulle. Groupe ADP, le gestionnaire des aéroports parisiens, déplore déjà la perte d’un tiers de son trafic total de fret, et « une cinquantaine de vols hebdomadaires ont déjà déserté les pistes de Roissy‑Charles de Gaulle », selon des employés de la zone cargo contactés par RTL. Cette baisse s’accompagne de licenciements, touchant des emplois dans la zone de fret parisienne.

Dans la Marne, le petit aéroport de Vatry anticipe une possible fermeture, alors même que l’année avait bien commencé, un signe de l’ampleur des répercussions économiques sur les infrastructures régionales.

Les stratégies logistiques des plateformes chinoises

Préparées à ces barrières fiscales, les plateformes chinoises ont redessiné leurs itinéraires de fret et investi massivement en Europe. Shein a notamment ouvert un entrepôt géant de 740 000 m² en Pologne, qui joue un rôle important dans la distribution sur le continent tout en réduisant l’exposition directe à la taxe française.

En alimentant ces entrepôts via des conteneurs transportés par bateau depuis la Chine, les acteurs du e‑commerce diminuent encore davantage leur dépendance aux liaisons aériennes. Cette transition logistique est un exemple frappant de leur capacité d’adaptation rapide aux nouvelles règles fiscales.

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