Cet insecticide interdit continue de faire des victimes dans les foyers

Malgré son interdiction depuis 2013, cet insecticide continue d’être utilisé dans des logements français contre les punaises de lit et les cafards. L’Anses alerte sur une hausse des intoxications, avec des accidents domestiques, des enfants exposés et plusieurs cas graves recensés ces dernières années.

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Punaises de lit : attention aux arnaques
Interdit depuis 2013, le SNIPER 1000 EC DDVP continue d’être acheté dans des circuits parallèles puis utilisé dans des logements contre les punaises de lit et les cafards. | journaldeleconomie.fr

Le SNIPER 1000 EC DDVP, insecticide à base de dichlorvos, ne devrait plus se trouver ni dans les foyers ni dans les circuits de vente en France. Pourtant, ce produit prohibé continue de circuler sur des marchés, à la sauvette, dans certains petits commerces et sur Internet. Dans son bulletin Vigil’Anses  publié en avril 2026, l’agence sanitaire décrit une aggravation du phénomène, avec des centaines d’événements recensés par les Centres antipoison entre 2023 et 2025.

Un insecticide interdit toujours à l’origine de nombreuses intoxications

Le nouveau bilan de l’Anses marque un changement d’échelle. Sur la période allant du 1er janvier 2023 au 31 décembre 2025, les Centres antipoison ont enregistré 363 événements liés au SNIPER 1000 EC DDVP. Dans 97% des cas, il s’agissait d’une exposition effective à l’insecticide, soit 351 expositions. Au total, 434 personnes ont été concernées.

L’âge des personnes exposées va de deux mois à 87 ans, avec un âge médian de 29 ans. L’Anses relève aussi que 320 personnes, soit 74% des exposés, ont présenté des symptômes. Le bulletin précise qu’il y a eu 43 cas de gravité moyenne et 18 cas de gravité forte, dont quatre décès.

L’agence écrit qu’une « forte augmentation du nombre d’événements et de cas » est observée depuis le précédent bilan. Ce point est important, car il montre que les alertes diffusées depuis plusieurs années n’ont pas suffi à faire disparaître l’usage de ce produit. Le rapport de 2023 faisait déjà état de plus de 206 cas d’intoxication entre 2018 et juin 2023. Trois ans plus tard, l’actualisation confirme que le produit reste bien présent dans les logements et continue d’entraîner des accidents.

Les accidents se produisent d’abord dans les logements

Le document de l’Anses est particulièrement éclairant sur les circonstances d’exposition. Sur les 351 événements enregistrés, 255, soit 72,5%, concernent l’utilisation du produit au domicile pour lutter contre des nuisibles. Le problème se situe donc d’abord dans l’espace privé, au moment où des particuliers cherchent à éliminer punaises de lit ou cafards.

Autre donnée marquante : 39 événements correspondent à l’ingestion du produit par un enfant après qu’il a été laissé à sa portée. L’Anses recense aussi 32 cas d’ingestion volontaire dans un but suicidaire. D’autres situations apparaissent dans le bilan : ingestion d’un produit transvasé, contamination d’un aliment ou exposition après application dans une pièce habitée.

Le bulletin rappelle que les intoxications aiguës peuvent entraîner des symptômes « respiratoires, digestifs, neurologiques ou neuro-musculaires pouvant aller jusqu’au décès ». Ce rappel sanitaire donne une idée très concrète du danger. Il ne s’agit pas d’un simple insecticide trop puissant ou mal étiqueté, mais d’un produit dont l’usage dans un appartement ou une maison peut provoquer des conséquences graves.

L’Anses décrit aussi plusieurs cas sévères qui illustrent les risques du quotidien : deux jeunes enfants et deux adultes après ingestion accidentelle, deux personnes intoxiquées après application du produit par une femme de ménage, ou encore une personne ayant dormi dans une pièce où le produit venait d’être utilisé. Ces situations montrent à quel point le danger naît souvent d’un usage ordinaire dans un cadre familier.

Le produit reste surtout acheté en Île-de-France, mais il circule désormais ailleurs

La géographie des cas ressort très nettement du document 2026. 67% des événements concernent l’Île-de-France. À elle seule, la Seine-Saint-Denis représente 22% des événements recensés. Le tableau détaillé montre ensuite une forte présence à Paris, dans le Val-d’Oise, l’Essonne, le Val-de-Marne et les Hauts-de-Seine.

Mais l’Anses souligne aussi une évolution notable : le produit n’est plus seulement un sujet francilien. Des expositions ont été signalées dans d’autres grandes villes françaises, notamment MarseilleLimoges et Lyon, ainsi qu’en Outre-mer. Plusieurs personnes avaient d’ailleurs acheté le produit en région parisienne avant de l’utiliser ailleurs en France.

Quand le mode d’obtention est connu, le constat est lui aussi très clair. Le produit est acquis principalement sur des marchés ou à la sauvette, mais aussi dans des petits commerces, parfois reçu d’une connaissance ou rapporté de l’étranger. L’Anses rappelle qu’il est importé « principalement d’Afrique subsaharienne ». Le phénomène repose donc sur un réseau de diffusion parallèle, hors des circuits classiques de distribution.

L’interdiction n’empêche pas l’achat quand la promesse d’efficacité l’emporte

Si ce produit interdit continue de trouver des acheteurs, c’est aussi parce qu’il s’insère dans une situation d’urgence domestique. Face à des punaises de lit ou à une infestation de cafards, beaucoup de ménages cherchent une solution immédiate, surtout après plusieurs tentatives infructueuses. Le SNIPER 1000 EC DDVP est alors présenté comme un produit plus radical, plus rapide, plus « fort » que ceux disponibles dans le commerce classique.

Le bulletin de l’Anses rappelle pourtant un point essentiel : les punaises de lit ont développé des résistances à la quasi-totalité des insecticides en vente libre. L’agence recommande donc de privilégier d’abord la lutte physique, mécanique et thermique. Elle conseille ensuite, si l’infestation persiste, de faire appel à un professionnel de la lutte antiparasitaire disposant d’un certificat Certibiocide.

L’Anses met également en garde contre les achats sur les marchés ou à la sauvette, en raison du risque d’acquérir des produits interdits ou adultérés. Elle recommande de se tourner vers les circuits conventionnels, où les produits vendus sont encadrés et où les consignes d’utilisation et de stockage sont clairement indiquées.

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