Les médicaments génériques pourraient faire encore plus baisser les dépenses de santé

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Un médicament retiré en urgence : des milliers de Français exposés à un risque cancérigène
Les médicaments génériques pourraient faire encore plus baisser les dépenses de santé © journaldeleconomie.fr

Avec seulement 44% de médicaments génériques prescrits contre 84% en Allemagne, la France passe à côté d’économies majeures. L’Alliance des médicaments abordables estime que rattraper ce retard permettrait d’économiser 800 millions d’euros annuels pour l’Assurance maladie.

La France cultive un paradoxe singulier en matière de politique pharmaceutique. Tandis que le médicament générique constitue un remède avéré contre l’inflation des coûts de santé, l’Hexagone accuse un retard préoccupant face à ses homologues européens. Cette frilosité pèse lourdement sur les finances publiques : notre système de soins pourrait épargner jusqu’à 800 millions d’euros chaque année en s’inspirant simplement des pratiques germaniques.

Générique versus princeps : une différence économique majeure

Saisir l’ampleur de ces enjeux financiers exige d’abord de distinguer le médicament générique de sa spécialité de référence, communément appelée princeps. Le générique reproduit fidèlement le médicament original dont le brevet s’est éteint, renfermant exactement les mêmes principes actifs dans des dosages identiques, pour une efficacité thérapeutique rigoureusement équivalente.

C’est dans l’économie de développement que réside l’écart déterminant. Là où le princeps exige des investissements pharaoniques en recherche et développement – souvent plusieurs centaines de millions d’euros –, le générique emprunte un parcours réglementaire allégé. Cette économie substantielle se traduit immédiatement dans les tarifs : les médicaments génériques affichent des prix inférieurs de 40% en moyenne par rapport aux spécialités de référence.

« Les génériques français demeurent 41% moins onéreux que la moyenne européenne », souligne l’Alliance des médicaments abordables (Alma), nouveau syndicat professionnel qui a succédé au Gemme en avril 2024. Cette organisation fédère 26 adhérents sous la houlette de Sébastien Michel, directeur des affaires publiques de Viatris France.

Un retard français préoccupant face à l’Europe

Les chiffres trahissent l’ampleur de notre décrochage continental. Dans l’Hexagone, seuls 44% des médicaments prescrits relèvent du générique. Cette proportion paraît dérisoire au regard des performances de nos voisins : 84% en Allemagne, 80% au Royaume-Uni, 79% au Canada. « Voilà un paradoxe qui défie l’entendement », déplore Sébastien Michel dans ses déclarations à l’AFP.

Le même phénomène s’observe avec les biosimilaires, ces versions approchantes des médicaments biologiques dont les brevets ont expiré. La France plafonne à 52% de part de marché, quand l’Italie culmine à 79%, le Canada à 85%, et le Royaume-Uni à 66%. Ces disparités révèlent des résistances culturelles et structurelles profondément ancrées dans l’écosystème sanitaire français.

L’efficacité économique des génériques a pourtant fait ses preuves. Aujourd’hui, 28 millions de Français se soignent annuellement grâce à ces médicaments, générant déjà 2,5 milliards d’euros d’économies pour l’Assurance maladie selon les estimations d’Alma.

800 millions d’euros d’économies potentielles

L’analyse prospective menée par les professionnels dessine un horizon d’économies considérables. « Chaque point de part de marché conquis équivaudrait à 20 millions d’euros d’économies pour le système de santé », calcule Sébastien Michel. En extrapolant ces données, l’alignement sur les standards allemands libérerait mécaniquement 800 millions d’euros de dépenses annuelles.

Cette marge de progression revêt un caractère crucial pour l’équilibre des comptes sociaux. Les génériques représentent déjà 70% des volumes de médicaments pour seulement 10% de la dépense totale. À l’inverse, 0,5% des médicaments les plus onéreux concentrent près d’un tiers des remboursements de l’Assurance maladie.

Les industriels du générique dénoncent néanmoins un environnement économique délétère. Ils essuient « des baisses de prix répétées, une fiscalité confiscatoire, une répartition déséquilibrée des efforts et de nouvelles contraintes réglementaires », énumère l’organisation professionnelle. Cette année, leur secteur affronte une nouvelle diminution tarifaire de 200 millions d’euros.

Les freins structurels à lever

Plusieurs obstacles entravent l’essor des médicaments génériques en France. Persistent d’abord les réticences de certains prescripteurs et patients, malgré les campagnes d’information orchestrées par les pouvoirs publics. S’ajoute la complexité administrative qui encadre la substitution générique dans certaines spécialités thérapeutiques.

S’agissant des biosimilaires, le périmètre des médicaments substituables demeure trop restreint aux yeux des industriels. Alma plaide pour un élargissement significatif de cette liste, afin de reproduire les succès observés dans d’autres pays européens. La pression tarifaire exercée par les pouvoirs publics constitue paradoxalement un frein supplémentaire. « Les prix français figurent parmi les plus bas d’Europe, les marges s’amenuisent et les contraintes se multiplient », observe Sébastien Michel. Cette situation décourage les investissements et accentue les tensions d’approvisionnement.

Face à ces défis, l’Alliance des médicaments abordables a soumis au gouvernement une feuille de route ambitieuse. Celle-ci vise d’abord à rétablir une fiscalité cohérente pour préserver l’attractivité du secteur. Elle entend également accélérer le développement des médicaments moins onéreux à efficacité égale, tout en stoppant la spirale de dépréciation des prix qui fragilise l’industrie. Enfin, elle ambitionne de reconnaître le rôle stratégique de l’hôpital dans la prescription de génériques.

L’enjeu transcende la simple optimisation budgétaire. Dans un contexte de vieillissement démographique et d’explosion des coûts de santé, les médicaments génériques représentent un levier essentiel pour préserver l’accessibilité et la soutenabilité du système de soins français.

La trajectoire adoptée par nos voisins européens démontre qu’un rattrapage rapide demeure à portée de main. À condition que l’ensemble des acteurs – prescripteurs, patients, industriels et pouvoirs publics – convergent vers une stratégie commune privilégiant l’efficience économique sans compromettre la qualité thérapeutique. L’enjeu financier de 800 millions d’euros d’économies potentielles mérite assurément cet effort de coordination.

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