Sommet de l’OTAN : Trump annonce la fin des échanges commerciaux avec l’Espagne, Pedro Sánchez réagit

Trump a ordonné un embargo total contre l’Espagne, alliée de l’OTAN, depuis le sommet d’Ankara. Huile d’olive, vin, acier… les exportations espagnoles sont dans le viseur.

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Sommet de l'OTAN : Trump annonce la fin des échanges commerciaux avec l'Espagne, Pedro Sánchez réagit
Sommet de l’OTAN : Trump annonce la fin des échanges commerciaux avec l’Espagne, Pedro Sánchez réagit © journaldeleconomie.fr

Devant le secrétaire général de l’Alliance atlantique, Mark Rutte, Donald Trump a ordonné mercredi 8 juillet l’arrêt immédiat de tout commerce avec l’Espagne, alliée de l’OTAN. « Je ne veux rien avoir à faire avec l’Espagne. Coupez tout commerce avec l’Espagne, s’il vous plaît, y compris les visites, d’accord ? », a lancé le président américain lors du sommet d’Ankara. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent, à qui l’injonction était adressée, a répondu par un simple : « Oui, monsieur. »

Ce n’est pas la première fois que Trump formule cet ordre. Il avait déjà donné une instruction identique en mars, en réaction au refus de Madrid d’ouvrir des bases militaires situées en Andalousie à l’aviation américaine. Le commerce entre les deux pays avait alors continué normalement, sans que l’injonction ne soit traduite en actes.

Cette fois, un responsable américain a indiqué à Reuters que le département du Trésor travaillera avec le département du Commerce et le Bureau du représentant américain au commerce pour présenter à Trump « un menu de produits espagnols susceptibles d’être soumis à embargo dans les prochains jours ».

Une colère nourrie par les dépenses de défense

Les griefs de Trump sont doubles. Il reproche d’abord à l’Espagne de ne pas s’engager à atteindre le nouvel objectif de dépenses militaires de l’OTAN fixé à 5 % du PIB, contre les 2 % qui constituaient jusqu’ici la norme de l’alliance. Il lui reproche ensuite le refus du Premier ministre Pedro Sánchez d’autoriser les États-Unis à utiliser l’espace aérien ou les bases espagnoles dans le cadre des opérations contre l’Iran. « L’Espagne n’accepte rien, et vous ne devriez pas les porter », a-t-il déclaré à Rutte.

Sánchez dirige un gouvernement minoritaire de gauche et a effectivement refusé ces deux demandes américaines. Les chiffres lui donnent pourtant quelques arguments : l’Espagne consacrait 1,28 % de son PIB à la défense, l’un des niveaux les plus bas de l’Union européenne, mais a porté ce ratio à 2 % l’an dernier, atteignant ainsi l’objectif historique de l’OTAN. C’est précisément ce que Rutte a voulu souligner : l’Espagne « a fait un énorme pas l’année dernière », a-t-il dit, « et il y a encore des problèmes que nous devons résoudre. »

Madrid joue la carte du calme

Du côté espagnol, la réaction est délibérément apaisante. Pedro Sánchez, lors d’une conférence de presse, a dit avoir eu avec Trump une conversation « très cordiale » à l’issue du sommet. Les deux hommes auraient parlé de la Coupe du monde de football (organisée aux États-Unis) et du golf. Pas des dépenses militaires.

« Les faits sont les faits », a-t-il déclaré, soulignant que l’Espagne figurait parmi les pays dont les dépenses militaires avaient le plus rapidement augmenté au sein de l’OTAN ces deux dernières années. Il a aussi annoncé un nouveau déploiement de troupes espagnoles en Finlande dans le cadre de la mission Arctic Sentry de l’OTAN, et mis en avant la forte croissance économique du pays comme gage de sa capacité à tenir ses engagements de défense. L’Espagne entretient avec les États-Unis, a-t-il ajouté, « des liens très, très forts qui ont perduré indépendamment des orientations idéologiques des gouvernements au pouvoir ».

Une source au sein de l’exécutif espagnol, citée par l’AFP, a adopté le même registre : Madrid accueille les déclarations de Trump « avec calme », en rappelant que l’Espagne fait partie d’un bloc commercial et qu’il n’est « pas possible de [la] traiter isolément » du reste des États membres de l’UE.

La Commission européenne, de son côté, a haussé le ton d’un cran. « Nous attendons des États-Unis qu’ils respectent les engagements qu’ils ont pris » dans l’accord commercial conclu avec l’UE, a déclaré un porte-parole devant la presse, ajoutant que la Commission veillerait « toujours » à ce que les intérêts de l’Union et de tous ses États membres soient « pleinement protégés ».

Un embargo difficile à mettre en œuvre

Les règles de l’UE compliquent sérieusement la mise en pratique des menaces de Trump : les négociations commerciales relèvent du bloc dans son ensemble, et non des États membres pris individuellement. Des avocats spécialisés estiment que Trump pourrait invoquer l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) pour imposer un embargo sur les importations espagnoles. Jennifer Hillman, experte en droit économique et ancienne membre de l’Organe d’appel de l’OMC, avait jugé en mars qu’une telle démarche restait « possible mais difficile » : Trump devrait déclarer une urgence nationale et apporter la preuve que l’Espagne représente une menace pour la sécurité nationale ou la politique étrangère américaine.

Les produits concernés ne sont pas anodins : l’Espagne exporte vers les États-Unis de l’huile d’olive, des pièces automobiles, de l’acier, des produits chimiques et du vin. Les ventes de vin espagnol aux États-Unis affichaient déjà une baisse de 4,3 % en valeur sur 2025, selon le groupement de l’industrie viticole OIVE, avant même cette nouvelle menace.

Malgré le contexte, le gestionnaire d’actifs BlackRock a désigné le pays comme son « pays préféré pour l’exposition aux actions » dans son rapport de mi-année, invoquant une croissance économique supérieure à celle de la plupart des pays développés.

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