Longtemps resté à l’écart des grandes transformations du business travel, le marché du MICE (Meetings, Incentives, Conferences & Exhibitions) amorce à son tour sa mutation. Portées par l’IA, les exigences de conformité et la volonté des directions achats de mieux piloter leurs dépenses, les entreprises cherchent désormais à centraliser et industrialiser la gestion de leurs événements professionnels. Entretien avec Maxime Eduardo, CEO cofondateur de Naboo.
Pendant longtemps, le voyage d’affaires a été structuré par des politiques achats et des plateformes de réservation. Pourquoi le MICE est-il resté à l’écart de cette transformation pendant si longtemps ?
Le MICE est resté en retrait pour deux raisons principales. D’une part, organiser un événement est beaucoup plus complexe que réserver un voyage d’affaires, avec de nombreux prestataires, contraintes et décisions à coordonner. Cette complexité était difficile à industrialiser avant l’arrivée de l’IA. D’autre part, les dépenses MICE étaient très fragmentées et donc peu visibles pour les directions achats.
Aujourd’hui, les entreprises prennent conscience du poids réel de cette catégorie, qui peut représenter jusqu’à 30 à 40 % des dépenses liées au business travel. C’est précisément cette combinaison entre visibilité accrue et maturité technologique qui accélère la structuration du marché.
Vous défendez l’idée que le MICE suit aujourd’hui la même trajectoire que le business travel avec près de vingt ans de décalage. Quels sont les signaux qui vous font penser que nous sommes à un véritable point de bascule ?
Nous assistons à un véritable point de bascule. Les grands groupes lancent de plus en plus d’appels d’offres pour centraliser leurs dépenses MICE et les intégrer dans une politique achats structurée. Ils recherchent désormais un fournisseur unique afin d’améliorer leur visibilité, de simplifier les paiements et de mieux piloter leurs dépenses.
L’essor rapide de nouveaux acteurs digitaux et IA-natifs confirme cette évolution. Le marché est clairement en train de rattraper le retard accumulé sur le business travel. Cette dynamique est portée à la fois par les attentes des entreprises et par l’arrivée d’outils capables de répondre à ces nouveaux enjeux à grande échelle.
Dans beaucoup de groupes, l’événementiel relève encore du marketing, des RH ou des équipes opérationnelles. Voyez-vous émerger une reprise en main progressive du sujet par les directions achats ?
Les utilisateurs finaux restent les équipes communication, marketing, RH ou office management qui organisent les événements au quotidien. En revanche, les directions achats jouent un rôle croissant dans la structuration de la catégorie. Leur objectif n’est pas de remplacer ces équipes, mais de leur fournir un cadre plus simple, plus conforme et plus efficace.
Après des années de gestion décentralisée, les entreprises cherchent désormais à mieux comprendre, piloter et contrôler leurs dépenses événementielles. Cette évolution répond autant à un besoin d’efficacité opérationnelle qu’à un impératif de gouvernance et de transparence.
Vous expliquez que les entreprises cherchent désormais autant à maîtriser les risques et la conformité qu’à réduire leurs coûts. Est-ce devenu le principal moteur de transformation du marché ?
La réduction des coûts n’est plus le seul moteur de transformation. Les entreprises veulent avant tout reprendre le contrôle de leurs engagements, sécuriser leurs processus et renforcer leur conformité. Elles cherchent à centraliser les fournisseurs, les contrats et les dépenses pour limiter les risques et améliorer la traçabilité. Pour autant, les économies restent un enjeu majeur.
Une gestion centralisée permet à la fois de mieux maîtriser les risques et de négocier de meilleures conditions auprès des prestataires. Les organisations les plus avancées considèrent désormais le MICE comme une catégorie stratégique qui doit être pilotée avec le même niveau d’exigence que les autres dépenses clés.
Naboo évolue progressivement d’une plateforme d’organisation d’événements vers un outil de pilotage et de procurement. À terme, considérez-vous que votre principal interlocuteur sera davantage le directeur achats que l’organisateur d’événements ?
Je pense que c’est une erreur d’opposer directions achats et organisateurs d’événements : leurs besoins sont complémentaires. Les organisateurs recherchent simplicité, rapidité et qualité d’exécution, tandis que les achats attendent visibilité, conformité et maîtrise des dépenses. L’enjeu est de répondre simultanément à ces deux attentes.
Les directions achats deviendront probablement les principaux sponsors des projets de transformation, mais les solutions qui s’imposeront seront celles qui simplifieront réellement le quotidien des équipes opérationnelles. La valeur se crée précisément lorsqu’une plateforme améliore à la fois l’expérience utilisateur et la capacité de pilotage de l’entreprise.



