Carburant : la suppression des certificats d’économies d’énergie ferait-elle vraiment baisser le prix de 18 centimes ?

70 centimes de moins par litre : c’est ce que promet une réforme fiscale globale, loin des 18 centimes annoncés. Entre CEE, TVA et accise, qui dit vrai sur le vrai prix de votre plein ?

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Carburant : la suppression des certificats d'économies d'énergie ferait-elle vraiment baisser le prix de 18 centimes ?
Carburant : la suppression des certificats d’économies d’énergie ferait-elle vraiment baisser le prix de 18 centimes ? © journaldeleconomie.fr

Supprimer les certificats d’économies d’énergie (CEE) permettrait-il de faire baisser le prix du litre de carburant de 18 centimes à la pompe ? Selon Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes et auteur de l’essai #Balancetonplein paru en juin 2026 chez Fayard, la réponse est non : seule une réforme fiscale plus large, incluant aussi la TVA et l’accise, ferait réellement baisser la facture, d’environ 70 centimes, ramenant le litre autour de 1,50 euro aux cours actuels.

Le gazole s’affichait autour de 2,30 euros le litre en moyenne durant la semaine du 18 septembre 2026. Le conflit au Moyen-Orient et les tensions sur le détroit d’Ormuz pèsent sur les cours du pétrole, un facteur que Pierre Chasseray reconnaît sans vouloir qu’il serve de paravent à la question fiscale, rapporte Capital.

Dans son essai, il chiffre à 50 milliards d’euros les taxes qui seront prélevées sur le carburant en 2026, un seuil qu’il juge historique. Pour illustrer la part de l’État dans un plein, il file l’image d’un repas où un convive s’adjuge 60 % du gâteau : « Aucun produit ne justifie une fiscalité à hauteur de 60 % ».

Un dispositif créé en 2005, dont la facture grimpe depuis un décret d’octobre 2025

Les CEE obligent depuis 2005 les fournisseurs d’énergie à financer des travaux de rénovation, des pompes à chaleur ou des aides à la mobilité. La facture est répercutée sur le client à la pompe. Un décret d’octobre 2025 a porté l’enveloppe de 6 à plus de 8 milliards d’euros par an pour la période 2026-2030, toutes énergies confondues.

Résultat, selon Pierre Chasseray : la part des CEE dans le prix du litre est passée d’environ 11 centimes à 15 à 18 centimes au 1er janvier, soit près de 9 euros sur un plein de 50 litres. La Cour des comptes relève que ce mécanisme extrabudgétaire échappe au contrôle du Parlement.

Chasseray dénonce un circuit illisible, propice selon lui à un effet d’aubaine pour certains artisans, via des démarchages téléphoniques promettant un dispositif gouvernemental pour la transition environnementale. Il illustre la surfacturation qu’il dénonce d’une formule crue : « Un équipement qui valait 1 000 euros, comme vous avez une indemnité de 1 000 euros, on vous le vend 2 000 ».

C’est pour cela que sa proposition ne se limite pas aux CEE. Il défend un calage de la fiscalité française sur les minimums autorisés par Bruxelles : TVA ramenée de 20 % à 15 %, suppression des CEE et accise réduite au plancher communautaire. Sans cette réforme, il estime que le prix ne pourra plus jamais redescendre sous le palier de 1,70 à 1,75 euro, même en cas d’apaisement au détroit d’Ormuz.

Il écarte au passage les aides ciblées, qui selon lui laissent le prix affiché intact, et la proposition de Jean-Luc Mélenchon de bloquer les marges des raffineurs, dont la plupart opèrent hors de France : même supprimées entièrement, elles ne feraient pas descendre le litre à 1,70 euro tant que la fiscalité reste inchangée.

Il juge aussi que la TVA à 5,5 % défendue par Marine Le Pen se heurterait au droit européen, tout en reconnaissant qu’un passage à 15 % ferait déjà gagner une dizaine de centimes.

Cette lecture tranche avec celle d’un autre spécialiste des finances personnelles, Jean-Jacques Manceau, interrogé par Capital. Ce dernier rappelle que le prix du litre se compose du pétrole acheté sur les marchés, du raffinage, du transport et de la distribution, « tout le reste, ce sont des taxes ».

À ses yeux, une baisse générale de la fiscalité impliquerait de réduire les recettes de l’État ou de diminuer les dépenses publiques financées par elles, tandis qu’un chèque carburant coûterait moins cher aux finances publiques mais ne toucherait que les ménages les plus modestes.

En attendant un éventuel arbitrage, 40 millions d’automobilistes a lancé le 12 septembre la plateforme balancetonplein.fr, présentée comme une manifestation numérique. La participation se limite à indiquer nom, prénom et code postal pour apparaître, sans que l’identité soit affichée, sur une carte de la mobilisation.

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