Banques israéliennes : quand la Palestine perd accès à ses revenus essentiels

Les banques israéliennes Bank Hapoalim et Discount Bank menacent de couper les services de correspondance bancaire aux banques palestiniennes dès août 2025. Cette rupture priverait l’Autorité palestinienne, déjà en crise depuis plus d’un an, de ses derniers leviers financiers pour payer les fonctionnaires et financer les importations vitales.

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Banques israéliennes : quand la Palestine perd accès à ses revenus essentiels
Banques israéliennes : quand la Palestine perd accès à ses revenus essentiels © journaldeleconomie.fr

L’Autorité palestinienne dépend de deux tiers de ses revenus d’une source unique : les recettes fiscales collectées par Israël. Depuis plus d’un an, ces transferts sont gelés. Maintenant, les banques israéliennes menacent de couper les derniers liens financiers. Bank Hapoalim et Discount Bank ont annoncé leur intention de mettre fin aux services de correspondance bancaire en shekels vers les banques palestiniennes. Un homme d’affaires palestinien résume l’urgence : « Si les banques s’effondrent, c’est l’Autorité qui s’effondre. » Explications sur une crise qui affecte des millions de Palestiniens.

L’Autorité palestinienne au bord du gouffre financier

Deux tiers des revenus : pourquoi cette dépendance envers Israël

L’économie palestinienne repose sur un mécanisme fragile. Les accords d’Oslo, signés dans les années 1990, ont confié à Israël la collecte des taxes douanières et de la TVA sur les marchandises destinées aux territoires palestiniens. Ces recettes représentent environ 65 % du budget de l’Autorité palestinienne. Sans elles, impossible de financer les salaires des 140 000 fonctionnaires, les hôpitaux publics ou les écoles. Cette architecture financière, conçue comme temporaire, s’est transformée en dépendance structurelle. Ramallah ne contrôle ni ses frontières ni ses ressources fiscales. Chaque mois, l’Autorité attend qu’Israël transfère l’argent collecté en son nom.

Une suspension qui dure depuis plus d’un an

Depuis plus d’un an, Israël a suspendu ces transferts. Officiellement, Jérusalem justifie cette décision par les versements de l’Autorité palestinienne aux familles de prisonniers et de « martyrs », accusés d’encourager le terrorisme. Résultat : Ramallah traverse une crise financière sans précédent. Les fonctionnaires palestiniens ne perçoivent plus que des salaires partiels, parfois réduits de moitié. Les hôpitaux manquent de médicaments. Les entreprises locales peinent à se faire payer par l’administration. L’Autorité palestinienne emprunte auprès des banques locales pour survivre, creusant une dette insoutenable.

Les trois piliers de l’économie palestinienne en danger

Les salaires des fonctionnaires : quand l’État ne peut plus payer

Les employés publics palestiniens représentent le principal moteur de consommation en Cisjordanie. Enseignants, médecins, policiers : leurs revenus font vivre des dizaines de milliers de familles. Quand l’Autorité ne peut plus payer, c’est toute l’économie locale qui se grippe. Les commerces voient leurs ventes chuter, les loyers ne sont plus honorés, les crédits bancaires deviennent impayés. La rupture des services de correspondance bancaire aggraverait cette spirale. Sans accès aux shekels, les banques palestiniennes ne pourraient plus retirer les fonds nécessaires pour distribuer les salaires, même partiels.

L’électricité et l’alimentation : des importations vitales depuis Israël

La Cisjordanie importe massivement depuis Israël. L’électricité, d’abord : la compagnie israélienne fournit 90 % de la consommation palestinienne. Les produits alimentaires, ensuite : fruits, légumes, viande, produits laitiers transitent quotidiennement par les points de contrôle. Ces transactions s’effectuent en shekels, via les banques israéliennes. Si Bank Hapoalim et Discount Bank ferment les robinets, les importateurs palestiniens ne pourront plus payer leurs fournisseurs israéliens. Les rayons des supermarchés se videraient en quelques jours. Les coupures d’électricité se multiplieraient, paralysant hôpitaux et entreprises.

Le secteur bancaire palestinien : du système formel à l’économie souterraine

Les banques palestiniennes détiennent des shekels, mais ne peuvent les convertir ou les utiliser sans passer par les banques israéliennes. Une rupture de correspondance bancaire créerait une accumulation de liquidités inutilisables. Les épargnants, pris de panique, retireraient massivement leur argent. Les banques, incapables de répondre à la demande, risqueraient la faillite. Les experts redoutent un basculement vers l’économie informelle : transactions en liquide, circuits parallèles, développement du marché noir. Un scénario catastrophe pour une économie déjà fragilisée par quinze années de blocus à Gaza et de restrictions en Cisjordanie.

Août 2025 : le mur se referme

Calendrier de rupture et premières banques affectées

Le ministère israélien des Finances a annoncé le 22 juillet 2025 l’intention des banques de cesser les services de correspondance. Selon des responsables du secteur bancaire palestinien, certaines banques perdront l’accès dès mi-août. Les autres suivront à partir du 1er septembre. Aucune liste officielle n’a été publiée, mais les établissements les plus exposés sont ceux qui gèrent les comptes des importateurs et des grandes entreprises palestiniennes. Les négociations entre Jérusalem et les banques israéliennes piétinent. Le temps presse.

Scénario catastrophe : vers une crise bancaire en cascade

Si aucune solution n’émerge, les conséquences seront immédiates. Les banques palestiniennes ne pourront plus financer les importations vitales. Les entreprises cesseront leurs activités, faute de liquidités. Les salaires publics, déjà réduits, ne seront plus versés du tout. L’Autorité palestinienne, privée de ses derniers leviers financiers, perdra toute crédibilité. Les banques jordaniennes, qui opèrent également en Cisjordanie, subiront le contrecoup. Adel al-Sharkas, gouverneur de la Banque centrale de Jordanie, a exprimé ses inquiétudes face à cette rupture potentielle. Une crise bancaire palestinienne déstabiliserait toute la région.

Comprendre l’impasse : pourquoi les banques israéliennes se retirent

Les poursuites civiles : une menace croissante pour les institutions

Les banques israéliennes invoquent un risque juridique croissant. Depuis 2014, l’affaire Arab Bank hante le secteur. Un jury fédéral new-yorkais avait condamné cette institution jordanienne en vertu de l’Anti-Terrorism Act, pour des liens financiers présumés avec le Hamas. Depuis, les banques israéliennes redoutent des poursuites similaires. Le gouvernement israélien leur fournit des « lettres de confort », censées les protéger juridiquement. Mais selon un responsable du secteur cité par l’AFP, « les risques ont augmenté au fil des années et cette garantie ne suffit plus, les banques veulent désormais que l’État assume cette responsabilité ». Le ministère des Finances explique : « Compte tenu du niveau global de risque et des inquiétudes croissantes concernant d’éventuelles poursuites civiles, les banques israéliennes ont récemment annoncé leur intention de cesser de fournir des services de correspondance bancaire. » Jérusalem cherche une solution, mais les banques exigent une garantie d’État complète. L’impasse persiste.

Ce qu’il faut retenir : La rupture des services bancaires entre Israël et la Palestine menace trois millions de Palestiniens. Sans accès aux shekels, l’Autorité palestinienne ne peut ni payer ses fonctionnaires, ni financer les importations vitales, ni maintenir son système bancaire. Les institutions internationales, déjà préoccupées par le ralentissement économique mondial, observent avec inquiétude cette nouvelle crise. Reste à savoir si Israël et ses banques trouveront un compromis avant septembre, ou si la Palestine basculera dans le chaos financier.

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