Augmentation du coût de la vie : les étudiants tirent la langue

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Augmentation du coût de la vie : les étudiants tirent la langue
Augmentation du coût de la vie : les étudiants tirent la langue © journaldeleconomie.fr

Le coût de la vie étudiante atteint 1 300 euros par mois en 2026, franchissant pour la première fois le seuil de pauvreté. Loyers, transports, suppressions d’aides : décryptage des mécanismes politiques et budgétaires qui expliquent cette hausse de 35 % depuis 2017.

Un étudiant français doit débourser en moyenne 1 300 euros par mois pour vivre et étudier à la rentrée 2026. Ce montant, révélé par l’enquête annuelle de l’Unef publiée ce 17 août, franchit pour la première fois le seuil de pauvreté national. Derrière ce chiffre se cache une réalité complexe : l’accumulation de décisions politiques et budgétaires qui rendent l’accès à l’enseignement supérieur de plus en plus sélectif par l’argent.

Le constat : 1 300 euros par mois, c’est trop pour étudier en France

Qu’est-ce que le « reste à charge » ? Définition et calcul

Le reste à charge désigne la somme que l’étudiant ou sa famille doit réellement payer après déduction de toutes les aides publiques (bourses, APL, réductions). Il comprend le loyer, les transports, l’alimentation, les frais d’inscription universitaires, la santé et les dépenses courantes. L’Unef calcule ce montant en additionnant les dépenses moyennes constatées dans chaque poste budgétaire, puis en soustrayant les aides moyennes perçues. Pour 2026, le syndicat étudiant chiffre ce reste à charge à 1 300 euros, soit 74 euros de plus qu’en 2025.

Pourquoi ce chiffre est alarmant : comparaison avec le seuil de pauvreté

En France métropolitaine, le seuil de pauvreté monétaire s’établit à 60 % du revenu médian, soit environ 1 200 euros mensuels pour une personne seule. Le reste à charge étudiant dépasse désormais cette barre symbolique. Concrètement, vivre en tant qu’étudiant coûte plus cher que le minimum vital défini par l’Insee. L’augmentation atteint 35 % depuis 2017, année de l’élection d’Emmanuel Macron. Sur un an, la hausse de 1,66 % représente 888 euros de dépenses supplémentaires annuelles par étudiant, selon les calculs de l’Unef.

Les trois piliers du coût étudiant : loyer, transports, alimentation

Le logement : 627 euros, la part du lion du budget étudiant

Le loyer moyen dans le parc privé atteint 627,11 euros par mois, en hausse de 2,87 % sur un an. Ce montant absorbe près de la moitié du budget mensuel. Les résidences universitaires du Crous, moins chères, restent largement insuffisantes : les places disponibles couvrent moins de 10 % des besoins. Résultat, la majorité des étudiants se tournent vers le marché privé, où les propriétaires exigent souvent des garanties financières que les familles modestes ne peuvent fournir. La tension sur le logement étudiant s’aggrave d’année en année, notamment dans les métropoles universitaires comme Paris, Lyon ou Bordeaux.

Les transports : 278 euros, une dépense incompressible

Se déplacer coûte en moyenne 278,59 euros par mois à un étudiant non boursier, soit une progression de 2,29 % en un an. Cette somme couvre les abonnements aux transports en commun, les trajets entre le domicile familial et la ville universitaire, et les déplacements quotidiens. Les étudiants boursiers bénéficient parfois de tarifs réduits, mais ces aides ne compensent pas l’inflation des prix des cartes de transport. Pour ceux qui étudient loin de chez eux, notamment les ultramarins, les billets d’avion ou de train ajoutent plusieurs centaines d’euros annuels au budget.

L’alimentation et le reste : comment boucler avec si peu ?

Une fois le loyer et les transports payés, il reste environ 400 euros pour l’alimentation, les fournitures, les vêtements, les loisirs et les imprévus. Les restaurants universitaires du Crous proposent des repas à tarif social (1 euro pour les boursiers, 3,30 euros pour les autres), mais leur capacité d’accueil limitée contraint de nombreux étudiants à se nourrir autrement. « Ces chiffres catastrophiques cachent des vies d’étudiants qui doivent travailler en parallèle ou abandonner leurs études parce qu’ils n’ont pas les moyens de subvenir à leurs besoins », alerte Manon Moret, secrétaire générale de l’Unef.

D’où vient cette augmentation ? Les décisions politiques derrière les chiffres

La CVEC : comment une contribution de 90 euros est devenue 105 euros

Créée en 2018, la Contribution de Vie Étudiante et de Campus (CVEC) devait financer les services de santé, de culture et de sport dans les universités. Fixée initialement à 90 euros, elle atteint 105 euros à la rentrée 2026. Au total, les frais d’inscription universitaires ont bondi de 37 % depuis 2017. Parallèlement, les budgets alloués aux universités et aux Crous stagnent ou diminuent, creusant l’écart entre les besoins réels et les moyens disponibles.

Les APL supprimées pour les étudiants étrangers : une politique de restriction

Depuis l’été 2026, les étudiants étrangers extracommunautaires ne peuvent plus bénéficier des aides personnalisées au logement (APL). Cette mesure, justifiée par des considérations budgétaires, prive plusieurs dizaines de milliers d’étudiants d’une aide mensuelle pouvant atteindre 200 euros. L’Unef y voit « une logique plus large de désengagement de l’État de ses missions de service public dans l’enseignement supérieur : universités chroniquement sous-financées, Crous étouffés sous les coupures budgétaires, réforme des bourses enterrée, promesses de logements étudiants jamais tenues ».

Le sous-financement des universités et des Crous : les conséquences

Les Crous, chargés de gérer les résidences universitaires et les restaurants, subissent des coupes budgétaires répétées. Résultat : moins de places en résidence, moins de repas servis, moins de personnel pour accompagner les étudiants en difficulté. Les universités, de leur côté, peinent à maintenir leurs infrastructures et à recruter suffisamment d’enseignants. L’Unef dénonce un désengagement assumé : « La précarité n’est pas un accident de la politique gouvernementale, elle en est devenue le résultat assumé ».

Les populations les plus touchées : au-delà de la moyenne

Les étudiants étrangers : 2 160 euros de reste à charge, une double peine

Les étudiants extracommunautaires font face à un reste à charge moyen de 2 160,14 euros par mois, soit près du double de la moyenne nationale. Outre la suppression des APL, ils paient des frais d’inscription différenciés (jusqu’à 3 770 euros par an en licence, 10 fois plus que les étudiants français). Ils doivent aussi prouver des ressources minimales pour obtenir leur visa, soit 615 euros mensuels, montant déconnecté du coût réel de la vie étudiante. Les débats sur l’augmentation des frais universitaires aggravent encore leur situation.

Les ultramarins : des surcoûts invisibles mais réels

Les étudiants originaires des départements et territoires d’Outre-mer déboursent entre 314 et 408 euros de plus par an que leurs homologues de métropole. Ces surcoûts proviennent principalement des trajets aériens ou maritimes obligatoires pour rejoindre leur université, souvent située à des milliers de kilomètres. Les aides à la mobilité existent, mais ne couvrent qu’une fraction des dépenses réelles. Les inégalités territoriales dans l’accès aux services renforcent cet isolement géographique et financier.

Face à ces constats, l’Unef réclame une revalorisation immédiate des bourses, la construction massive de logements universitaires et l’annulation des réformes qui pénalisent les étudiants les plus fragiles. Sans réponse politique rapide, le risque de voir des milliers de jeunes renoncer à leurs études par manque de moyens devient chaque jour plus concret.

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