Étudiants : ce rapport veut multiplier par 5 les frais d’université

L’université française pourrait connaître une rupture majeure dans son mode de financement. Un rapport issu des Assises du financement des universités propose de porter les frais d’inscription à 900 euros en licence et à 1.300 euros en master, tout en maintenant des exonérations et des aides pour les étudiants les plus modestes.

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La proposition ferait passer les frais annuels d’université à 900 euros en licence et à 1.300 euros en master. | journaldeleconomie.fr

L’université doit-elle demander davantage aux étudiants pour compenser l’érosion de ses ressources ? La piste d’un quasi-quintuplement des frais d’inscription est désormais avancée dans un rapport commandé par le gouvernement. Une proposition explosive, présentée comme l’un des moyens d’éviter l’impasse financière annoncée des établissements publics.

Étudiants : des frais portés à 900 euros en licence

L’université française pourrait voir ses droits d’inscription profondément révisés. Le rapport élaboré dans le cadre des Assises du financement des universités préconise de fixer les frais annuels à 900 euros pour une licence et à 1.300 euros pour un master. La mesure représenterait une hausse spectaculaire par rapport aux montants actuellement acquittés par les étudiants français et européens : 178 euros en licence et 254 euros en master précise Le Monde

Les frais seraient ainsi multipliés par un peu plus de cinq en licence et par plus de cinq en master. Pour un cursus complet de cinq années, composé de trois années de licence et de deux années de master, la facture théorique atteindrait 5.300 euros, contre 1.042 euros aux tarifs actuels, hors contribution de vie étudiante et de campus.

Cette proposition ne constitue toutefois pas encore une décision gouvernementale. Elle figure parmi les pistes destinées à réformer le financement d’établissements dont les dépenses progressent plus vite que les ressources. Lors du lancement des Assises, en janvier 2026, le ministère de l’Enseignement supérieur avait demandé que le rapport final présente des scénarios en évaluant leurs conséquences « financières, réglementaires et organisationnelles », dans le respect de la trajectoire de redressement des finances publiques. 

Le document estime que le modèle actuel ne pourra plus être soutenu à l’horizon 2030 sans ressources nouvelles. Le débat ne porte donc plus seulement sur la gestion ponctuelle des déficits, mais sur la répartition durable du coût de l’enseignement supérieur entre l’État, les établissements, les entreprises et les étudiants.

Des recettes nouvelles pour des établissements sous pression

Les promoteurs de la hausse soulignent la faiblesse des droits d’inscription dans le financement de l’université. Un précédent rapport paru en janvier 2025, conjoint de l’Inspection générale des finances et de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche évaluait leur produit à 500 millions d’euros en 2023, soit seulement 2,7% des recettes des établissements publics d’enseignement supérieur. 

Ce rapport relevait que les frais acquittés en licence et en master ne représentaient que 1,9% du coût estimé des formations dispensées. Il présentait alors la hausse des droits comme « le principal levier directement mobilisable, en ayant un effet significatif sur le modèle économique des établissements ».

Les inspections estimaient également que les ressources propres des établissements atteignaient 4,4 milliards d’euros en 2023, soit 24% de leurs recettes. L’essentiel du financement demeure donc assuré par les subventions publiques, en particulier la subvention pour charges de service public versée par l’État.

La situation est rendue plus délicate par l’augmentation des effectifs, la hausse des dépenses d’énergie, l’entretien d’un patrimoine immobilier vieillissant et le renchérissement de la masse salariale. Entre 2015 et 2024, le nombre d’étudiants dans l’enseignement supérieur est passé de 2,58 millions à 2,97 millions, soit une progression de 15%, selon les travaux de la commission des finances du Sénat. Sur la même période, la capacité d’autofinancement des établissements aurait reculé de 25%, tandis que leurs dettes financières atteignaient 866 millions d’euros. 

Des exonérations pour limiter l’impact de la hausse des frais

La réforme envisagée ne reposerait pas uniquement sur une augmentation uniforme. Le rapport préconise de préserver les exonérations dont bénéficient les étudiants boursiers et d’adapter les aides afin d’éviter que le relèvement des frais ne réduise l’accès aux études supérieures.

L’enjeu est juridique autant que social. Depuis une décision du Conseil constitutionnel du 11 octobre 2019, l’exigence constitutionnelle de gratuité s’applique à l’enseignement supérieur public, mais elle n’interdit pas la perception de droits d’inscription lorsqu’ils demeurent modiques et que l’égal accès aux formations reste garanti. Le Conseil d’État apprécie notamment ce caractère modique en fonction du coût de la formation et des mécanismes d’aide ou d’exonération proposés aux étudiants.

Le rapport IGF-IGÉSR recommandait déjà d’accompagner toute augmentation par une réforme des bourses et par l’extension des prêts étudiants garantis par l’État. Il prévenait toutefois qu’une partie des jeunes pouvait être dissuadée de poursuivre ses études par crainte de l’endettement. Les auteurs rappelaient que « les étudiants concernés ont une aversion au risque qui pourrait les dissuader […] de poursuivre des études supérieures ».

Les établissements pourraient également être confrontés à une multiplication des demandes d’exonération. Le supplément de recettes réellement perçu dépendrait alors du nombre de boursiers, du barème retenu et de la compensation versée par l’État.

La crainte d’une aggravation de la précarité étudiante

Pour les organisations étudiantes, le montant des frais ne peut être isolé du coût global des études. Le logement, l’alimentation, les transports et l’énergie représentent déjà l’essentiel du budget mensuel des jeunes. La hausse envisagée interviendrait alors que de nombreux étudiants travaillent pendant l’année universitaire pour financer leurs dépenses courantes.

D’après l’enquête 2023 de l’Observatoire national de la vie étudiante, 20% des étudiants déclaraient avoir rencontré des difficultés financières les empêchant de satisfaire des besoins essentiels. Quelque 26% faisaient état de fins de mois difficiles ou très difficiles et 28% indiquaient avoir besoin d’une aide alimentaire. 

Une augmentation des frais pourrait également toucher les familles situées juste au-dessus des plafonds ouvrant droit aux bourses. Ces ménages, non exonérés mais disposant de revenus limités, supporteraient directement la hausse. Pour deux enfants inscrits simultanément en master, le coût annuel pourrait ainsi atteindre 2.600 euros, avant la CVEC, le logement et les dépenses de vie courante.

Le rapport remet en tout cas au premier plan une question restée politiquement sensible pendant des décennies : le prix payé par l’étudiant doit-il augmenter pour améliorer la qualité de l’université, ou son financement doit-il continuer à relever principalement de la solidarité nationale ?

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