À partir du 1er septembre 2026, deux décrets publiés au Journal officiel le 31 juillet modifient le calcul des pensions de retraite pour les mères. Désormais, le salaire annuel moyen sera calculé sur 23 ou 24 ans au lieu de 25, et jusqu’à deux trimestres de majoration pour enfants pourront être ajoutés pour les carrières longues. Cependant, ces ajustements ne changent pas le fait que les femmes perçoivent encore des retraites inférieures de 28 % à celles des hommes, d’après la Direction de la recherche et des études statistiques.
Deux changements clés dès septembre 2026
Calcul du SAM : réduction à 23 ou 24 ans
Le salaire annuel moyen (SAM), qui détermine le montant de base de la pension dans le régime général, était jusqu’ici calculé sur les 25 meilleures années. Désormais, les mères d’un enfant verront ce calcul se faire sur 24 ans, et celles de deux enfants ou plus sur 23 ans. L’objectif est d’exclure les années de faible revenu dues aux congés maternité ou interruptions de carrière. Retirer des années défavorables améliore théoriquement la pension, mais cet impact reste limité pour celles ayant connu de longues interruptions. Sandrine Guilherm, experte chez Capiséo, estime qu’un calcul sur 20 ans minimum aurait mieux reflété la réalité des carrières discontinues.
Carrière longue : intégration de trimestres enfants
Le dispositif de départ anticipé pour carrière longue permet de partir avant 62 ans en ayant cotisé tôt. Jusqu’à maintenant, seuls les trimestres cotisés comptaient. Désormais, deux trimestres de majoration de durée d’assurance (MDA) pour enfants peuvent s’ajouter. Pour les mères ayant commencé à travailler jeunes, ces trimestres peuvent rendre possible le départ anticipé. Environ 13 000 femmes nées en 1970 pourraient en bénéficier, soit 3 % de leur génération. Cependant, dans le secteur public, seul un des deux trimestres de bonification par enfant (pour les naissances après le 1er janvier 2004) sera pris en compte, contre huit trimestres de MDA dans le privé. Marina Joly, référente législation à la Carsat Languedoc-Roussillon, admet que l’impact global est difficile à évaluer.
Limites des mesures pour les carrières discontinues
Les limites des 23 meilleures années
Réduire le nombre d’années de référence ne résout pas le problème des carrières féminines marquées par des interruptions et des revenus inférieurs. Une étude des Associations Familiales Catholiques indique qu’environ 20 % des mères doivent travailler jusqu’à 67 ans pour éviter une décote. Même en sélectionnant 23 années, le SAM inclut des périodes de salaires réduits par le temps partiel ou des emplois précaires. Le ministère du Travail et des Solidarités reconnaît que les mères perçoivent souvent des pensions inférieures à celles des hommes en raison de carrières interrompues, du temps partiel et des écarts de rémunération.
Impact du temps partiel et des congés parentaux
Un tiers des trimestres de majoration pour enfants ne sont pas utilisés, car les femmes ont déjà suffisamment cotisé pour le taux plein. Les mères qui maintiennent une carrière continue n’ont pas besoin de ces trimestres, alors que celles qui ont interrompu leur parcours professionnel restent pénalisées. Le temps partiel, souvent subi, réduit les cotisations et donc la pension finale. Les congés parentaux génèrent des trimestres d’Assurance vieillesse du parent au foyer (AVPF), mais seulement 2 000 femmes par an bénéficient de leur prise en compte partielle dans la carrière longue.
Un plafonnement problématique à 2 enfants
Familles nombreuses et absence de progression
La réforme distingue entre mères d’un enfant et celles de deux enfants ou plus, mais pas au-delà. Une mère de trois enfants ou plus bénéficiera du même calcul que celle de deux enfants. Les interruptions de carrière s’allongent avec le nombre d’enfants. Les Associations Familiales Catholiques appellent le gouvernement à investir dans les droits familiaux pour redonner confiance aux familles. La baisse de la fécondité en France menace l’équilibre du système de retraite par répartition. Limiter les avantages à deux enfants envoie un signal contradictoire aux familles nombreuses, essentielles à la pérennité du système.
Les véritables bénéficiaires : un bilan chiffré
Selon Groupama, plus d’une femme sur deux pourrait voir sa pension améliorée par la réduction du nombre d’années de calcul. Mais ce chiffre cache des disparités. Les 13 000 bénéficiaires potentielles de la carrière longue sont peu nombreuses. Les 2 000 femmes concernées par l’AVPF le sont aussi. Le coût de ces mesures pour la Sécurité sociale n’est pas communiqué, mais les associations familiales craignent que la modicité des ajustements reflète une volonté d’économie budgétaire plutôt qu’une vraie ambition de réduction des inégalités. Le gouvernement a confié au Conseil d’Orientation des Retraites (COR) la mission de « moderniser » les droits familiaux, sans calendrier. En attendant, l’écart de 28 % entre retraites féminines et masculines persiste, alimenté par des mécanismes structurels que la réforme 2026 touche à peine. Les changements annoncés restent des ajustements techniques, loin d’une refonte en profondeur des droits familiaux à la retraite.





