Le non a recueilli 52,8 % des suffrages lors du référendum organisé samedi 29 août 2026 en Islande sur une éventuelle réouverture des négociations d’adhésion à l’Union européenne, confirme Ouest France. Le « oui » s’est arrêté à 47,2 %.
Une nuit entière de dépouillement
Sur l’île, qui compte 395 000 habitants, le scrutin a tenu les esprits en haleine. Les résultats définitifs n’ont été publiés que le dimanche 30 août par la chaîne publique RUV, une fois tous les bulletins dépouillés. Les électeurs étaient appelés aux urnes, et le dernier sondage Maskina, paru la veille du vote, donnait encore le oui en tête à 50,4 %, dans la marge d’erreur.
Les jeunes se montraient majoritairement réticents avant le scrutin : 60 % d’entre eux jugeaient, selon RUV, que leur île, richement dotée, n’avait pas besoin de l’UE. Les agriculteurs, et surtout les pêcheurs, ont eux aussi rejeté majoritairement le projet. Le secteur de la pêche assure 40 % des exportations du pays, dont les acteurs redoutaient l’imposition de quotas par Bruxelles.
Un camouflet pour Kristrun Frostadottir
Le résultat est un revers pour la Première ministre sociale-démocrate Kristrun Frostadottir, pro-européenne, arrivée au pouvoir fin 2024. Elle avait porté la campagne du oui comme un fardeau, qualifiant le dossier de serpent de mer potentiellement venimeux.
La coalition gouvernementale est divisée sur le sujet. Le Parti de la Réforme, libéral et europhile, avait exigé la tenue de ce scrutin comme condition de son soutien au gouvernement. Le Parti du Peuple, centre-gauche et anti-système, a lui désavoué la Première ministre en militant, aux côtés de l’opposition de droite, contre la reprise du dialogue avec Bruxelles.
Avant le vote, Frostadottir avait tenu à relativiser les conséquences d’une défaite. « Tout ira bien aussi si le non l’emporte », avait-elle assuré. Elle avait aussi promis qu’en cas de rejet, elle ne relancerait pas l’idée d’adhésion jusqu’à la fin de son mandat, en 2028.
Le gouvernement a indiqué qu’il saisirait le Parlement de la question d’un retrait formel de la candidature islandaise à l’UE. L’île reste toutefois associée au bloc européen via son appartenance à l’Espace économique européen et à l’espace Schengen, des liens qui devraient rester inchangés.
Une candidature ouverte en 2009, gelée en 2015
En 2009, au lendemain de la crise financière mondiale qui avait plongé l’île dans la faillite, l’Islande avait engagé des discussions d’adhésion avec Bruxelles. Onze des trente-cinq chapitres de négociation avaient alors été clôturés en un temps record, avant que les tractations ne soient interrompues en 2015 par l’arrivée au pouvoir à Reykjavik d’un gouvernement eurosceptique.
Pour l’Union européenne, ce nouveau rejet est un coup dur. Le vote survient dix ans pile après le Brexit et fonctionne comme un test d’attractivité pour un bloc qui n’a plus accueilli de pays riche et contributeur net à son budget depuis 1995.
L’Islande y était vue comme un candidat idéal pour devenir le 28e État membre, à la différence de l’Ukraine, de la Moldavie et des six pays des Balkans, le Monténégro en tête, qui sont les autres candidats actuels. Le salaire mensuel moyen y avoisine 6 200 € bruts, contre 3 400 € dans l’UE, et l’île, six fois plus petite que la France, affiche stabilité politique et respect de l’État de droit.
Une adhésion islandaise aurait aussi offert à l’UE une base arrière stratégique dans l’Arctique, région disputée par les États-Unis, la Chine et la Russie, et aurait pu relancer le débat sur l’adhésion en Norvège, autre pays riche resté rétif à l’UE. Bruxelles avait d’ailleurs promis une intégration accélérée, en moins de deux ans.
Bruxelles accusée d’ingérence
Devant le Parlement, en juin, Frostadottir avait averti qu’elle ne tolérerait aucune ingérence étrangère, d’où qu’elle vienne. Cette mise en garde a été transmise à huis clos aux responsables européens, selon l’agence Euractiv. Six personnalités européennes de premier plan s’étaient pourtant rendues en Islande depuis janvier, parmi lesquelles la présidente du groupe libéral au Parlement européen Valérie Hayer et le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, qui avait assuré que l’île n’avait « rien à perdre » à soutenir une reprise des négociations.
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, en visite au Groenland voisin, doit faire escale à Reykjavik le 6 septembre, une étape qui s’annonce délicate après ce résultat.
La pêche, ligne rouge des négociations
90 % des entreprises du secteur de la pêche se disaient opposées à une adhésion à l’UE. Reykjavik disait vouloir garder la maîtrise de ce pilier économique et marqueur de l’identité nationale.
La commissaire européenne à l’Élargissement Marta Kos avait tenté de désamorcer les craintes : « Les spécificités propres à l’Islande en matière de pêche et d’agriculture sont bien connues. Elles devront être examinées avec attention », avait-elle affirmé, se disant « convaincue qu’avec les États membres de l’UE, nous trouverions des solutions créatives ».
En cas de victoire du oui, un accord éventuel entre l’Islande et l’UE aurait de toute façon dû être soumis à un second référendum.
À la soirée électorale du camp du non, baptisé Afram Island, la consultante de 24 ans Lovisa Olafsdottir avait anticipé le résultat dans un entretien à l’AFP, estimant que, depuis une semaine, la dynamique était du côté du non. Du côté du oui, Freyr Rognvaldsson, chargé de relations publiques de 48 ans, gardait espoir malgré le suspense, jugeant que le scrutin serait bien sûr très serré et le suspense insoutenable, mais qu’ils espéraient bien l’emporter.





