Retraite complémentaire : le gel des pensions de 2025 attaqué en justice par les syndicats

En automne 2025, l’Agirc-Arrco a gelé la valeur du point de retraite complémentaire, pénalisant 14 millions de Français. Ce blocage inédit résulte d’un désaccord entre patronat (0,2 %) et syndicats (1 %) sur la revalorisation. La CGT et la CFE-CGC saisissent désormais la justice, estimant que le gel viole l’accord de 2023.

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Retraite complémentaire : le gel des pensions de 2025 attaqué en justice par les syndicats © journaldeleconomie.fr

En automne 2025, un événement rare a frappé 14 millions de retraités français : leurs pensions complémentaires n’ont pas bougé d’un euro. Pas de revalorisation, malgré l’inflation. Pour la première fois depuis des années, l’Agirc-Arrco a gelé la valeur de son point, le curseur qui détermine le montant des pensions versées chaque mois. Comment un tel blocage a-t-il pu se produire ? Tout part d’un désaccord au sommet entre patronat et syndicats, dans un régime pourtant assis sur 90 milliards d’euros de réserves.

Qu’est-ce que l’Agirc-Arrco et pourquoi c’est important pour vous ?

14 millions de retraités concernés : qui sont-ils ?

L’Agirc-Arrco gère les retraites complémentaires de tous les salariés du secteur privé en France. Concrètement, si vous avez travaillé dans une entreprise privée, vous cotisez (ou avez cotisé) à ce régime. En 2025, il verse 100,9 milliards d’euros de pensions à 14 millions de retraités. Mais 28 millions d’actifs continuent d’accumuler des points pour leurs futures pensions. Quand la valeur du point stagne, tout le monde perd : les retraités actuels voient leur pouvoir d’achat rogné par l’inflation, et les actifs accumulent des droits qui vaudront moins demain.

Comment fonctionne une retraite complémentaire ?

Le mécanisme repose sur un système de points. Chaque mois, une partie de votre salaire finance l’Agirc-Arrco. En échange, vous gagnez des points. À la retraite, vos points sont multipliés par la valeur du point pour calculer votre pension mensuelle. Si cette valeur grimpe, votre pension augmente. Si elle stagne, votre pension reste figée, même si les prix flambent. Depuis des années, la valeur du point suivait grosso modo l’inflation. Jusqu’à l’automne 2025.

L’accord de 2023 : les règles du jeu expliquées

Qu’a prévu l’accord national interprofessionnel pour la revalorisation ?

En 2023, patronat et syndicats ont signé un accord national interprofessionnel (ANI) censé sécuriser le pilotage du régime jusqu’en 2027. Le texte fixe une règle claire : la valeur du point doit suivre l’inflation, avec une marge de manœuvre de 0,4 point maximum en moins si la santé financière l’exige. Autrement dit, si l’inflation atteint 1 %, la revalorisation peut descendre à 0,6 % minimum, mais pas en dessous. L’ANI précise aussi que « la volonté des signataires de préserver le pouvoir d’achat des retraites complémentaires pendant la période quadriennale est rendue possible par le niveau des réserves », selon le communiqué de la CGT et de la CFE-CGC. Bref, les réserves devaient servir de coussin pour protéger les pensions.

Les réserves de 90 milliards d’euros : à quoi ça sert ?

L’Agirc-Arrco dispose d’un trésor de guerre : 90 milliards d’euros de réserves en 2025. Cela représente environ onze mois de prestations. Les syndicats CGT et CFE-CGC ont calculé qu’en appliquant la revalorisation de 1 % qu’ils réclamaient, le régime atteindrait encore 13 mois de réserves en 2037. Largement au-dessus du seuil de sécurité. Pour eux, aucune raison financière ne justifiait de rogner sur les pensions. Mais le patronat voyait les choses autrement.

Automne 2025 : comment le gel a été décidé

Patronat 0,2 %, syndicats 1 % : pourquoi cet écart ?

À l’automne 2025, le conseil d’administration de l’Agirc-Arrco s’est réuni pour fixer la revalorisation 2026. L’inflation tournait autour de 1 %. Les syndicats (CGT, CFE-CGC, FO, CFDT) ont tous demandé 1 % de hausse, conformément à l’ANI. Face à eux, les organisations patronales (Medef en tête) ont proposé 0,2 %. Un écart de un à cinq. Le Medef invoquait la prudence financière à long terme. Les syndicats dénonçaient une violation de l’accord de 2023. Aucun camp n’a cédé. Résultat : pas de décision prise.

Pas d’accord = gel automatique : la règle du jeu

Dans le fonctionnement paritaire de l’Agirc-Arrco, l’absence de consensus bloque tout. Si patronat et syndicats ne s’entendent pas, la valeur du point reste inchangée. C’est exactement ce qui s’est passé. Le gel n’était pas une décision active, mais le résultat mécanique d’un désaccord. Pour Denis Gravouil, négociateur CGT, la situation est inacceptable : « On assigne le patronat devant le tribunal judiciaire pour non-respect de l’accord de l’Agirc-Arrco de 2023, qui précise que le conseil d’administration n’est pas une instance de négociation mais une instance où on doit appliquer les accords », a-t-il déclaré. Autrement dit, pour les syndicats contestataires, le CA devait appliquer l’ANI, pas renégocier les règles.

Et maintenant ? La justice saisie

Pourquoi la CGT et CFE-CGC vont au tribunal

Le 16 juillet 2026, lors d’une réunion du groupe de travail paritaire, la CGT et la CFE-CGC ont annoncé leur intention de porter l’affaire devant le tribunal judiciaire. Après quatre refus successifs du patronat d’évoluer, les deux syndicats estiment que le recours en justice est la seule issue. Leur argument : l’ANI de 2023 impose une revalorisation à l’inflation, avec une marge de manœuvre limitée. Le gel total viole cet engagement contractuel. Le Medef, de son côté, conteste cette lecture juridique. Pour lui, le gel respecte les règles du régime, puisque aucune décision n’a été prise faute d’accord. La bataille promet d’être technique et longue.

FO et la CFDT ont refusé de suivre la CGT et la CFE-CGC dans cette démarche judiciaire. Elles privilégient la négociation. Un point d’étape sur les réserves et la trajectoire financière est prévu le 23 septembre 2026, avant la reprise des négociations annuelles en octobre. L’unité syndicale, déjà fragile, se fissure davantage. Pendant ce temps, les 14 millions de retraités attendent de savoir si leurs pensions retrouveront un jour leur pouvoir d’achat.

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