Le chômage est deux à trois fois plus élevé dans les départements ultramarins qu’en France métropolitaine. Il touche entre 30 et 45 % des 15-24 ans. De nombreux secteurs peinent pourtant à recruter dans ces territoires : la formation peut contribuer à rapprocher les compétences des besoins locaux. Ces dernières années, l’offre de formation, publique comme privée, s’est d’ailleurs fortement développée dans les Outre-mer, souvent avec le concours des entreprises.
« Rendre à votre île ce que vous avez reçu »
« Vous êtes très importants pour La Réunion. Vous allez pouvoir rendre à votre île ce que vous avez reçu sur les bancs de cette école et au sein des entreprises, en stage. Vous pouvez être fiers du chemin parcouru ». C’est par ces mots que Michel Lapeyre, directeur Afrique–Océan Indien du groupe Bernard Hayot (GBH), a conclu, fin août 2026, la remise des diplômes de l’École de gestion et de commerce (EGC) de La Réunion.
Créée en 1990 à l’initiative de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) locale, cette école consulaire prépare de jeunes Réunionnais aux métiers du commerce et de la gestion, dans le cadre d’un bachelor professionnel reconnu par l’État. Partenaire de l’EGC La Réunion depuis une quinzaine d’années, GBH accueille ses élèves en stage et recrute certains diplômés dans ses filiales.
Chômage structurel, métiers en tension
La vente et le commerce figurent parmi les secteurs qui peinent à recruter dans les cinq départements ultramarins, avec le BTP, le tourisme ou les services à la personne. Le taux de chômage y est pourtant compris entre 13,4 % en Martinique et 24,9 % à Mayotte, contre 7,5 % en France métropolitaine. Chez les 15-24 ans, il varie de 33,6 % à 45 %, contre 19,4 % dans l’Hexagone.
Réduire durablement le chômage suppose d’agir sur l’activité économique, l’attractivité des territoires et la création d’emplois. À court terme, rapprocher les demandeurs d’emploi des postes qui restent vacants constitue une première réponse. La formation peut y contribuer, en particulier dans les secteurs où les entreprises peinent à recruter.
Dans les cinq départements, l’offre de formation s’est étoffée, portée à la fois par les acteurs publics, les organismes consulaires et les établissements privés. À La Réunion, le nombre d’organismes de formation a plus que triplé entre 2019 et 2024, passant de 698 à 2 272. En Guadeloupe, leur nombre est passé de 519 en 2021 à 682 en 2023, soit une hausse de 31 % en deux ans. En Martinique, une centaine de nouveaux organismes sont recensés chaque année. Dans le même temps, les entreprises interviennent de plus en plus directement dans ces parcours de formation.
Les acteurs publics en première ligne
Les centres de formation d’apprentis (CFA) publics et consulaires en constituent un maillon important, avec une offre allant du CAP au bac+5 et des liens étroits avec les entreprises locales. Les universités et établissements publics d’enseignement supérieur renforcent eux aussi leurs cursus professionnalisants, à l’image de l’Université des Antilles.
Dispositif d’État propre aux territoires ultramarins, le Service militaire adapté (SMA) accompagne les jeunes vers l’emploi en combinant encadrement militaire, formation professionnelle et expérience en entreprise.
Les réseaux consulaires et les formations privées
En lien avec les entreprises locales, les centres de formation des Chambres de métiers et de l’artisanat (CMA) ont eux aussi renforcé leurs offres, notamment dans les métiers qui recrutent : alimentation, coiffure et esthétique, bâtiment, mécanique, logistique ou commerce.
Le secteur privé a lui aussi étoffé sa présence dans les cinq départements, avec la création de nouveaux CFA et d’écoles proposant des formations courtes et diplômantes. Ces territoires comptent aussi de nombreux instituts privés spécialisés dans plusieurs secteurs porteurs : commerce et management, numérique, santé, travail social, tourisme, hôtellerie ou métiers maritimes.
GBH développe ses propres écoles professionnelles
Face aux difficultés de recrutement, certaines entreprises forment directement leurs futurs salariés ultramarins, en interne. Elles créent des parcours correspondant précisément à leurs besoins. C’est notamment le cas de CMA CGM dans le secteur maritime et d’Air Austral, à La Réunion, pour l’aéronautique.
En 2024, GBH a créé en Guyane une « École des Métiers » consacrée à l’automobile. Elle prépare en alternance à deux titres professionnels de niveaux 4 et 5 (bac et bac+2) et dispense également des formations courtes aux salariés des filiales du groupe. Fort de cette première expérience, GBH ouvrira, en octobre 2026, une deuxième école en Guadeloupe, qui préparera au titre professionnel de négociateur technico-commercial.



