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Taxe de 1 000 € annuels par salarié étranger : la proposition choc de Marine Le Pen

1 000 euros par salarié étranger : la mesure phare du RN séduit sa base mais inquiète économistes et patrons. Entre recette miracle et pénurie de main-d’œuvre, le pari est-il vraiment gagnant ?

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Taxe de 1 000 € annuels par salarié étranger : la proposition choc de Marine Le Pen
Taxe de 1 000 € annuels par salarié étranger : la proposition choc de Marine Le Pen © journaldeleconomie.fr

Marine Le Pen a présenté le contre-budget du Rassemblement national lors d’une conférence de presse le mardi 6 octobre 2026. Parmi les mesures mises en avant, une taxe annuelle de 1 000 euros à la charge des employeurs pour chaque salarié extracommunautaire embauché.

Sont exemptés les ressortissants des 27 pays de l’Union européenne, ainsi que ceux de la Suisse, du Liechtenstein, de la Norvège et de l’Islande. Les employeurs particuliers échappent eux aussi au dispositif. Officiellement présentée comme une recette pour l’État, la mesure vise selon Marine Le Pen à donner la priorité d’emploi aux Français, tout en laissant la porte ouverte au recrutement étranger en l’absence de candidats nationaux.

Une recette incertaine, une taxe déjà existante

Le Code du travail prévoit déjà un dispositif comparable : pour tout contrat de plus d’un an, l’employeur verse à l’Office français de l’immigration et de l’intégration une taxe équivalente à 55 % du salaire brut, mais payée une seule fois. La proposition du RN s’y ajouterait, avec un montant fixe de 1 000 euros prélevé chaque année.

Jean-Philippe Tanguy, référent économie du RN, a déposé un amendement le jeudi 8 octobre 2026 dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027, évaluant à 1,3 million le nombre de salariés extracommunautaires en France. Appliquée à l’ensemble de ces travailleurs, la taxe rapporterait 1,3 milliard d’euros par an.

Ce calcul suppose toutefois que leur nombre reste inchangé après l’instauration de la mesure, alors qu’en renchérissant leur embauche, elle pourrait inciter les employeurs à y renoncer. Le paradoxe n’échappe pas aux observateurs : le RN dénonce par ailleurs régulièrement le coût du travail, jugé trop élevé et responsable d’une perte de compétitivité pour la France.

Sur le terrain, la mesure a provoqué des réactions vives. Jean-Guilhem Darré, délégué général du syndicat des indépendants et des TPE, la juge « n’a aucun sens ». Il rappelle que le recours à des personnes extra-européennes s’explique par le manque d’alternatives dans des secteurs en tension comme l’agriculture, le bâtiment, la restauration, le nettoyage ou les services à la personne.

Selon lui, la taxe ne fera pas apparaître par magie des cuisiniers ou des maçons français : elle ne ferait qu’augmenter le coût du travail pour des entreprises qui n’en ont pas besoin.

Christine Erhel, professeure au Conservatoire national des arts et métiers et directrice du Centre d’études de l’emploi et du travail, pointe un risque économique plus large. Sur Public Sénat, elle a expliqué : « Indépendamment de son aspect discriminatoire, si on raisonne uniquement dans une logique économique, cette mesure poserait plein de problèmes. La population étrangère en France travaille dans de nombreux métiers essentiels, comme l’aide à domicile mais aussi, à l’autre extrémité du niveau de qualification, chez les médecins. »

Elle rappelle qu’un choc démographique dans les dix prochaines années va réduire la population active, renforçant le besoin de main-d’œuvre étrangère.

Gilles Ivaldi, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po et spécialiste de l’extrême droite, replace la mesure dans la politique de préférence nationale défendue par le RN, selon laquelle les problèmes socio-économiques du pays ne peuvent se régler que par une politique volontariste sur l’immigration. Il y voit aussi une tension entre deux objectifs du contre-budget : garder un social-populisme tourné vers la base électorale, tout en cherchant à convaincre les entreprises.

L’idée n’est pas neuve. Apparue une première fois en 1993, elle avait disparu des programmes du parti avant de revenir à partir de 2017 ; elle a été conceptualisée par Jean-Marie Le Pen, puis reprise par Marine Le Pen. Pour Gilles Ivaldi, Marine Le Pen adopte depuis son entrée en campagne des positions très radicales pour consolider sa base avant le premier tour, une logique qui vaut également pour un autre projet défendu pendant la présidentielle de 2022 : l’expulsion des étrangers extracommunautaires au chômage depuis plus d’un an.

Le chercheur estime que ces deux mesures sont discriminatoires, contraires aux droits fondamentaux des personnes, et risquent d’être jugées anticonstitutionnelles, ce qui expliquerait selon lui la volonté de Marine Le Pen d’imposer un référendum sur l’immigration et la préférence nationale.

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