Vous avez téléchargé l’application Fnac, refusé les cookies, et pensé être tranquille ? Erreur. La CNIL vient de révéler le 29 octobre 2026 que Fnac Darty a continué à tracer votre navigation malgré votre refus.
Qu’est-ce qu’un cookie et pourquoi Fnac Darty en a utilisé ?
Un cookie, ou traceur numérique, est un petit fichier déposé sur votre smartphone ou ordinateur lorsque vous naviguez sur une application ou un site web. Son rôle ? Mémoriser vos préférences, vos clics, vos recherches. Certains cookies sont techniques (ils permettent à votre panier d’achat de rester rempli), d’autres sont publicitaires (ils affichent des publicités ciblées selon vos habitudes). La loi française, via l’article 82 de la loi Informatique et Libertés, impose aux entreprises de demander votre accord explicite avant d’installer des traceurs publicitaires ou de personnalisation. Refuser doit signifier : aucun suivi.
À quoi servaient les cookies de Fnac Darty ?
L’application mobile de Fnac utilisait des traceurs pour collecter l’historique de navigation de ses utilisateurs. Objectif affiché : afficher des recommandations de produits personnalisées et entraîner son algorithme de recommandations. Selon la CNIL, ces traceurs permettaient de savoir quels produits vous consultiez, combien de temps vous restiez sur chaque page, quels articles vous ajoutiez à vos favoris. Une mine d’or commerciale, mais soumise à votre autorisation préalable. Or, Fnac Darty a continué à collecter ces données même lorsque les utilisateurs refusaient explicitement le suivi.
Où est le problème ? Le consentement manquant expliqué
Le consentement utilisateur constitue le pilier de la protection des données personnelles en France et en Europe. Lorsque vous ouvrez une application, un bandeau doit vous proposer d’accepter ou de refuser les cookies. Refuser signifie : l’entreprise n’a pas le droit de suivre votre navigation à des fins commerciales. Cette règle protège votre vie privée et vous donne le contrôle sur l’utilisation de vos informations. Sans ce garde-fou, les entreprises pourraient dresser des profils détaillés de vos comportements, préférences, habitudes d’achat, sans limite ni transparence.
La CNIL a constaté que les sociétés du groupe ignoraient purement et simplement le choix exprimé par l’utilisateur. Même après un refus, les traceurs continuaient à fonctionner. « Ces traceurs permettaient de collecter notamment leur historique de navigation afin de leur afficher des recommandations de produits et d’entraîner son algorithme de recommandations », précise l’autorité de protection des données dans son communiqué du 29 octobre 2026. Le groupe a ainsi violé l’article 82 de la loi Informatique et Libertés, qui exige un consentement préalable, libre et éclairé pour tout traceur publicitaire ou de personnalisation.
7 millions d’euros d’amende
La CNIL a prononcé deux amendes distinctes. Fnac Darty Participations et Services, la holding du groupe, écope de 6 millions d’euros. Fnac Direct, la filiale qui exploite directement le site et l’application mobile, reçoit 1 million d’euros supplémentaire. Total : 7 millions d’euros. Pourquoi cette répartition ? La holding porte la responsabilité stratégique des pratiques du groupe, tandis que la filiale opérationnelle a mis en œuvre concrètement le système de traçage litigieux. La CNIL impose également une injonction de mise en conformité dans un délai d’un mois, assortie d’une astreinte de 10 000 euros par jour de retard. Un signal fort envoyé au secteur du e-commerce, après les sanctions records de 325 millions d’euros contre Google et 150 millions contre Shein en 2025.
Cette sanction renforce votre droit à contrôler vos données. Désormais, Fnac Darty doit respecter scrupuleusement votre refus de traçage. Concrètement, si vous refusez les cookies sur l’application, aucune donnée de navigation ne pourra être collectée à des fins commerciales. Vous continuerez à utiliser l’application normalement, mais sans que vos habitudes d’achat alimentent des algorithmes de recommandation ou des campagnes publicitaires ciblées. L’enseigne devra également revoir son interface pour garantir que le refus soit aussi simple que l’acceptation, une exigence légale souvent contournée par des designs trompeurs. Ce type de décision crée une jurisprudence qui protège l’ensemble des consommateurs français face aux pratiques opaques des plateformes numériques.
Fnac Darty, de son côté, conteste la décision. « La Fnac conteste l’analyse juridique sur le fond et se réserve le droit d’exercer les recours à sa disposition pour contester cette décision », a réagi le groupe. L’entreprise invoque « une divergence d’interprétation des modalités d’application de l’article 82 de la loi Informatique et Libertés concernant certaines fonctionnalités de recommandation de produits dans l’application mobile Fnac ». Le groupe estime que ses recommandations de produits relèvent d’une fonctionnalité technique et non d’un traçage publicitaire. Un argument que la CNIL a balayé en rappelant que tout traceur servant à personnaliser du contenu commercial nécessite un consentement explicite.


