Des archéologues ont mis au jour une armoire contenant des objets du quotidien dans une maison de Pompéi désignée IX 11, 7. Son contenu, retrouvé presque intact, a appartenu à une habitante figée par l’éruption du Vésuve en 79 après Jésus-Christ, raconte Euronews.
Une maison en travaux au moment de l’éruption
La demeure se trouve dans la zone centrale de l’ancienne cité, face à l’une de ses principales artères. Elle est peut-être celle d’un certain Cornelius Maximus, une attribution formulée avec prudence, sur la base d’inscriptions disparues.
Sa façade avait déjà été dégagée en 1912. Il aura fallu attendre les fouilles actuelles, menées dans le cadre du vaste projet de restauration et d’accessibilité de l’insula voisine des Chastes Amants, pour qu’une partie des pièces situées à l’arrière soit enfin étudiée.
La pièce où se trouvait l’armoire est ornée de peintures murales raffinées de IVe style, attribuées à l’atelier de la Via di Castricio, signe d’un certain niveau de vie. Au moment de l’éruption, des travaux étaient en cours dans la maison, ce qui a dû peser sur le quotidien de ses occupants.
Pour Gabriel Zuchtriegel, directeur du Parc archéologique de Pompéi, l’intérêt de la trouvaille ne tient pas à sa valeur artistique. Il a expliqué que Pompéi n’est pas seulement un lieu de grandes œuvres d’art, mais aussi un endroit où les objets les plus courants restituent la dimension humaine du passé. Il reconnaît toutefois ne pas pouvoir reconstituer avec certitude l’identité des habitants de la maison.
Fards, parfums et vaisselle du quotidien
L’armoire renfermait des ustensiles de maquillage, une pince à épiler et un pilon, ainsi qu’un balsamaire en verre et un brûle-parfum destiné à embaumer la maison. S’y ajoutaient une lampe en bronze et des vases et casseroles en bronze, en verre et en céramique, dont un gobelet raffiné orné d’écailles de pomme de pin, peut-être chargé de valeur affective.
Des poids en plomb, vraisemblablement liés à une activité de commerce, étaient rangés dans une petite cassette en bois dont il ne subsiste que de faibles traces.
Dans un sachet en tissu glissé parmi ces objets, les archéologues ont retrouvé un collier composé d’au moins 24 petits objets miniatures en faïence, en os, en pâte de verre et en cristal de roche, tous percés pour être suspendus. Les breloques figurent des divinités, dont Bes et Mercure ont pu être identifiés, ainsi que des pieds, des mains, des pommes de pin et des grappes.
Certains y avaient d’abord vu un objet lié aux sorts et aux philtres magiques. Il s’agit en réalité de crepundia, littéralement des sonnailles : des colliers d’amulettes offerts aux enfants romains pour les protéger et pour que l’on puisse les entendre lorsqu’ils bougeaient. Des adultes les conservaient parfois, souvent dans de petites boîtes ou, comme ici, dans des sachets en tissu rangés dans des armoires, probablement en souvenir de leur enfance.
Le monde romain connaissait une forte mobilité géographique, des esclaves jusqu’aux riches commerçants, si bien que beaucoup vivaient loin de leurs parents et des lieux où ils avaient grandi. La propriétaire de l’armoire gardait peut-être là, dans ce sachet, le dernier lien avec un ailleurs.
L’armoire abritait aussi un trésor de 38 pièces, toutes en bronze, déposées dans une cistella, un petit contenant tressé en matériau végétal dont les archéologues ont analysé les restes pendant la fouille. Leur présence suggère que la ou les propriétaires n’ont pas eu le temps de récupérer leurs objets de valeur, qu’elle soit économique ou affective.
Deux hypothèses circulent. Si les occupants se trouvaient en ville au moment de la catastrophe, ils ont pu tenter de fuir : certains sont parvenus à s’échapper mais ne sont jamais revenus chercher leurs biens, contrairement à d’autres cas documentés par des fouilles récentes.
Autre piste : ils feraient partie de ceux que l’historien Tacite décrit comme morts sans héritier, dont les biens auraient dû servir à refonder Pompéi, une refondation qui n’a jamais eu lieu. Le Parc archéologique reconnaît que ces questions restent sans réponse : l’armoire raconte une vie, pas la fin de celle qui la possédait.
Par ailleurs, au moins deux squelettes de souris ont été découverts dans une amphore posée sur une mezzanine de la maison, vraisemblablement des Apodemus sylvaticus, une espèce qui vit normalement dans les jardins avant d’envahir les greniers à la recherche de nourriture.
Pour Gabriel Zuchtriegel, la valeur de l’ensemble réside dans la possibilité de lire ces traces ensemble : habitudes personnelles, travail, souvenirs. « Ces fragments nous rapprochent de leur quotidien », a-t-il résumé.




