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Covid, entreprise et santé mentale





Le 14 Novembre 2020, par Philippe Cahen

La création de cellules psychologiques concerne les suites d’attentats, de catastrophes naturelles ou d’accidents. Rarement les entreprises. Avec la Covid-19, les entreprises sont concernées, non pas nécessairement par des cellules psychologiques - quoique, mais par une attention particulière au malaise de certains salariés.


Image Pixabay
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Confinement, saison 1

Le confinement saison 1, a débuté le 17 mars, dans un contexte où les visites de médecins n’étaient plus possibles. Il a provoqué un surcroît d’achats de 20 à 40 % selon les classes thérapeutiques (source Assurance maladie), achats essentiellement d’anticipation ou de crainte de manque, comparé avec la même période de 2018 et 2019. Pour les troubles mentaux, la hausse a été de 22 % pour les antidépresseurs et les antipsychotiques, et pour l’anecdote de +45,3 % pour la contraception orale.

L’angoisse de l’enfermement a beaucoup frappé, doublée de la crise économique et de l’installation de la crise sociale. La peur de la contamination, la perte d’un proche qui a concerné 6 % des salariés selon l’Ifop, la raréfaction des rencontres sociales ont tétanisé par la soudaineté, l’urgence du confinement. Symbole majeur de la période, la télévision a gagné en audience pendant cette période. BFMTV a gagné 1,2 % de part de marché, devant CNews, 0,6 % et LCI 0,5 %, toutes des chaines d’information. Les chaines généralistes ont toutes perdu des parts d’audience, sauf M6, +0,2 %. Netflix a gagné 15,8 millions d’abonnés (niveau monde) au premier trimestre 2020 contre 9,6 millions l’année précédente, malgré les débuts de Disney+. La surabondance d’informations à la télévision a été caricaturée : « si votre médecin ne répond pas, appelez le plateau de BFMTV ! ». Cette surabondance, cette concurrence, a renforcé le sentiment d’inconfort, d’absence de confiance et d’angoisse de nombreuses personnes. Les discussions « autour de la machine à café » n’étaient plus là pour remettre les informations à leur place.

La période a découragé des fumeurs dans leur démarche d’abandon du tabac : les substituts au tabac étaient début septembre encore en baisse de 17 %. La consommation d’alcool a été en hausse. Par exemple, l’habitude de l’apéritif des repas familiaux des samedis et dimanche s’est étendue à tous les repas pris ensemble.
Ces données spectaculaires concernent une faible partie des salariés. Le temps du confinement, s’il a été un temps de retour sur soi a aussi été l’occasion d’être plus attentif à son hygiène de vie, mais près d’un sur deux (Ifop, en juin et juillet) s’est déclaré fatigué psychiquement et physiquement.

Le post confinement saison 1

Sur une plus longue durée d’observation, le rapport de Epi-pharma publié par l’Assurance Maladie et l’Agence du Médicament sur la dispensation de médicaments remboursés en ville atteste le caractère anxiogène du confinement. Du 16 mars jusqu’au 13 septembre, il s’est écoulé 1,1 million d’anxiolytiques et 480 000 hypnotiques en sus des volumes attendus.

Le post confinement a été finalement une période de relâchement important même si l’entreprise respectait les protocoles et les gestes barrières. Et l’été et sa canicule apportaient un soulagement. La réalité a repris ses droits en partie en septembre, en partie car le thermomètre encourageait à profiter des terrasses qui avaient doublé de taille depuis juin et s’organisaient. Le retour des protocoles sanitaires fut mal compris notamment en soutien des cafés et restaurants et de leurs joyeuses terrasses.

Le ressentiment s’est exprimé sous des formes diverses envers tout ce qui était un frein. Il a été l’exutoire des ruminations cumulées depuis mars. Il s’est exprimé souvent en absence de discernement contre les autorités et contre l’entreprise en général. Les réseaux sociaux ont été un terreau favorable à l’instrumentalisation du ressentiment dans la mesure où l’on recherche des personnes en accord avec soi-même. Le discours victimaire est devenu la règle, amplifié par les médias comme un soutien par les journalistes, ce qui conforte l’enfermement, l’aliénation et finalement la solastalgie - enferment psychologique de certains individus.

Confinement saison 2, entreprise et santé mentale

Confinement saison 2 s’installe sur un état d’esprit contestataire majeur contrarié par la nature même de ce confinement 2 moins lourd que le précédent, mais contraignant d’autant que les fêtes de fin d’année s’annoncent pour le moins compromises … Les conditions d’emploi et les situations personnelles sont les deux inégalités majeures des salariés. Les entreprises sont confrontées à des réponses imprévisibles sur leurs activités, soit en intensification, soit en allègement, et les réponses d’hier ne sont plus adaptées au présent, tout en devant inventer celles de demain qui se mettent en place chez certains.

Dans ce contexte, les psychologues de tous bords ont fort à faire. En entreprise, le DRH se trouve en première ligne à côté du manager. Quand bien même l’entreprise peut ne pas être responsable de troubles psychiques pour le bon équilibre de ses équipes, elle ne peut ignorer les malaises potentiels ou réels de certains. La construction de la charge mentale est tellement forte et dépasse l’entreprise, qu’il ne faut pas vouloir la réparer. Il faut s’appuyer sur la force de résilience de la majorité de l’équipe, la recherche d’une unicité face à l’adversité. Les quatre cinquièmes des salariés y sont prêts, conscients de la mobilisation pour protéger la santé et l’emploi dans l’entreprise. Il est bon dans ce cadre de créer, de dépasser le moment présent et de travailler sur le futur. Puisque le présent est confus, indécis, dans l’entreprise comme chez ses clients, ses fournisseurs et le cadre général, autant l’enjamber et se lancer dans la prospective, sublimer le futur, sortir de la solastalgie qui enferme.

Plusieurs études ont constaté qu’en 2 mois de confinement 1, on a rattrapé 10 ans de retard (télétravail, télémédecine, sites internet). Confinement saison 2 met l’entreprise et ses salariés à l’épreuve. Autant réparer le futur. S’il y a une saison 3, le saut aura dû être fait avec les équipes, il n’y aura pas de « replay ». Autant dire que DRH et manager doivent enjamber le présent et être dans le futur avec les équipes.

Je repars en plongée …

Philippe Cahen
Conférencier prospectiviste
Dernier livre : « Méthode & Pratiques de la prospective par les signaux faibles  », éd. Kawa
 


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