L’usage intensif des réseaux sociaux chez les adolescents peut affecter leur santé mentale et favoriser des comportements à risque. Dans un avis scientifique, l’Anses appelle à mieux encadrer ces pratiques numériques.
Réseaux sociaux, santé mentale, addictions : l’Anses alerte
Les réseaux sociaux occupent désormais une place centrale dans la vie quotidienne des adolescents. Espaces de socialisation, de divertissement et d’expression, ils constituent aussi des environnements numériques complexes, dont les effets sur la santé commencent à être mieux documentés. Dans un avis scientifique fondé sur une expertise collective, l’Anses met en garde contre les conséquences potentielles de ces usages sur la santé globale des jeunes, en particulier à une période clé de leur développement.
L’agence souligne que l’adolescence correspond à une phase de construction identitaire marquée par une forte sensibilité au regard des autres. L’exposition prolongée aux réseaux sociaux, souvent plusieurs heures par jour, intervient dans ce contexte de vulnérabilité et peut amplifier certaines fragilités psychologiques.
Des effets multiples sur la santé mentale des adolescents
L’un des principaux constats de l’Anses concerne l’impact des réseaux sociaux sur la santé mentale. « Les données disponibles suggèrent des associations entre usage intensif des réseaux sociaux et symptômes anxieux, dépressifs ou troubles du sommeil chez les adolescents », indique l’agence dans son avis.
La comparaison sociale permanente, l’exposition à des contenus idéalisés ou normatifs, ainsi que la recherche de validation par les « likes » et les commentaires sont identifiées comme des mécanismes susceptibles d’altérer l’estime de soi. À cela s’ajoute l’usage nocturne des écrans, qui perturbe les rythmes biologiques et réduit la qualité du sommeil, un facteur essentiel de l’équilibre psychique à cet âge.
Ces effets ne sont pas uniformes et dépendent de nombreux facteurs, notamment du temps passé en ligne, du type de contenus consultés et du contexte familial. L’Anses insiste néanmoins sur la nécessité de considérer ces signaux comme des indicateurs de risque sanitaire.
Cyberviolence et contenus à risque : une exposition accrue
Au-delà de la santé mentale, l’expertise met en lumière le rôle des réseaux sociaux dans l’exposition des adolescents à la cyberviolence. « Les violences numériques, telles que le cyberharcèlement, peuvent avoir des conséquences graves sur le bien-être et la santé psychique des jeunes », souligne l’Anses.
Insultes répétées, humiliations publiques ou diffusion de contenus dégradants sont facilitées par la viralité propre aux plateformes. Contrairement aux violences physiques, ces atteintes ne s’arrêtent pas aux portes de l’établissement scolaire et peuvent se prolonger en continu, accentuant leur impact.
L’agence alerte également sur l’accès facilité à des contenus inadaptés, notamment ceux faisant la promotion de comportements à risque. « Les réseaux sociaux peuvent constituer des vecteurs d’exposition à des usages de substances psychoactives ou à des pratiques dangereuses », rapporte l’Anses, soulignant un risque particulier pour les adolescents en situation de fragilité.
Le rôle des plateformes et la question de la régulation
L’avis de l’Anses interroge directement la conception même des réseaux sociaux. Les mécanismes algorithmiques, conçus pour maximiser le temps passé en ligne et l’engagement, peuvent favoriser la diffusion de contenus émotionnellement chargés ou polarisants, parfois au détriment de la santé des utilisateurs les plus jeunes.
Face à ce constat, l’agence formule plusieurs recommandations. Elle appelle notamment à « adapter les plateformes afin de limiter l’exposition des adolescents à des contenus potentiellement nocifs », mais aussi à renforcer les dispositifs de vérification de l’âge et la modération des contenus.
L’Anses insiste également sur le rôle de la prévention. « Le développement de compétences psychosociales et de l’esprit critique chez les adolescents est un levier essentiel pour réduire les effets négatifs des usages numériques », peut-on lire dans l’avis.
Parents, écoles et pouvoirs publics en première ligne
Si les plateformes sont mises face à leurs responsabilités, l’Anses rappelle que la protection des adolescents repose aussi sur un cadre collectif. L’accompagnement parental, l’éducation au numérique à l’école et les politiques publiques de prévention sont présentés comme des éléments complémentaires indispensables.
Dans un contexte où les réseaux sociaux sont devenus omniprésents, l’enjeu n’est pas de les bannir, mais d’en encadrer les usages. L’alerte lancée par l’Anses invite ainsi à dépasser le débat technologique pour considérer les réseaux sociaux comme un véritable déterminant de santé publique chez les jeunes.


