Le gouvernement français a décidé de reporter à après l’élection présidentielle de 2027 l’application d’une nouvelle taxe européenne sur les carburants, dont l’entrée en vigueur était initialement fixée au 1ᵉʳ janvier 2027, alerte RTL. L’exécutif cherche ainsi à éviter une contestation sociale à quelques mois de la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron.
Cette manœuvre s’appuyait sur des tractations engagées à Bruxelles : une coalition de pays, dont la France, avait obtenu de la Commission européenne un report de cette taxe, en échange d’une baisse plus conséquente de leurs émissions de gaz à effet de serre.
Le 15 septembre 2026, le Parlement européen, réuni à Strasbourg, a voté l’activation d’un mécanisme d’atténuation tarifaire pour préparer l’arrivée du système d’échange de quotas d’émission de deuxième génération, le SEQE 2. Son entrée en vigueur est désormais fixée à 2028, contre 2027 initialement prévu, un délai supplémentaire censé laisser aux États membres et aux ménages le temps d’absorber le choc.
Le distributeur paie, l’automobiliste trinque
La régulation ne constitue pas un prélèvement fiscal direct réclamé au conducteur. Selon le Ministère de la Transition écologique, l’obligation légale s’applique aux metteurs à la consommation, c’est-à-dire les distributeurs d’essence, de gazole, de GPL et d’E85. Ces derniers devront acquérir des quotas d’émission pour chaque tonne de CO2 mise sur le marché, et les compagnies pétrolières répercuteront l’intégralité de ce coût sur les prix affichés en station.
Bruxelles a prévu un garde-fou : si le cours du carbone franchit le seuil indicatif de 45 euros la tonne, des volumes supplémentaires de quotas seront injectés pour modérer la hausse. L’Association des utilisateurs de transport de fret évalue tout de même l’effet à environ 15 centimes par litre de gazole, un montant qui « devrait générer un impact moyen estimé autour de 15 centimes par litre de gazole », selon l’organisation.
Jusqu’à 180 euros de plus par an pour les automobilistes
Le surcoût annoncé se situe entre 10 et 15 centimes par litre. Pour un plein de 50 litres, cela représente une hausse immédiate de 5 à 7,50 euros. Un automobiliste faisant deux pleins par mois devra donc composer avec une dépense additionnelle de 120 à 180 euros par an.
La charge pèsera plus lourdement sur les ménages des zones rurales et périurbaines, privés d’alternatives en transports collectifs et dépendants de leur véhicule thermique. Pour contenir l’envolée des dépenses, les usagers sont invités à adapter leurs habitudes : écoconduite, optimisation des trajets, covoiturage.
Le quinquennat de Macron a été marqué par le mouvement des gilets jaunes en 2018, déclenché justement par une augmentation du prix des carburants. Repousser la mesure après 2027 revient, selon le texte, à offrir « un cadeau empoisonné pour le futur occupant de l’Élysée », qui devra assumer politiquement cette mesure.
Reste que le texte demeure une directive européenne contraignante, que la France ne peut éviter sauf à renégocier l’intégralité du dossier avec ses partenaires.
Sur le plan budgétaire, le Conseil des prélèvements obligatoires, qui évalue les pistes de réforme de la fiscalité française, estime que cette taxe pourrait rapporter 7 milliards d’euros. Une compensation est déjà prévue pour les ménages les plus vulnérables et les petites entreprises, et l’Union européenne mobilisera par ailleurs son Fonds social pour le climat afin de financer aides directes, leasing social ou chèques ciblés.
Sur le fond, l’Agence européenne pour l’environnement défend un dispositif censé instaurer un signal-prix favorisant l’électrification, les transports collectifs et les gains d’efficacité énergétique, alors que le secteur des transports repose encore à 93 % sur les énergies fossiles. L’Union s’est fixé un objectif de baisse de 42 % de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, par rapport à 2005. Malgré les aides annoncées, la mesure fera inévitablement des mécontents.
Selon un conseiller de l’exécutif interrogé par RTL, le gouvernement n’a pour l’heure trouvé aucun outil adéquat pour transposer plus tôt cette mesure dans la loi.




