Chien ou chat malade : l’Italie ouvre la voie aux congés payés

En Italie, le débat sur les congés payés pour animal malade a franchi un cap. Un précédent et une proposition de loi ont donné une base concrète à cette question.

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L’Italie ouvre le débat sur les congés pour animal malade. | journaldeleconomie.fr

L’Italie ne reconnaît pas encore un droit généralisé à des congés rémunérés pour tous les propriétaires d’animaux malades, mais elle a bel et bien ouvert une piste concrète. Entre un cas devenu emblématique à Rome et une proposition de loi déposée au Parlement, le pays teste une idée qui pourrait, à terme, peser dans le débat européen sur le travail et la vie quotidienne.  

Congés pour animal malade : un précédent a ouvert la voie en Italie

Le dossier italien part d’un cas précis. En 2017, une salariée de l’université La Sapienza, à Rome, a obtenu deux jours d’absence rémunérée pour accompagner son chien devant subir une opération. L’agence ANSA précisait qu’elle avait réussi à faire reconnaître la situation comme un « grave motivo personale », autrement dit un motif personnel grave.  

Ce précédent a compté parce qu’il a donné une base concrète à une demande de congés rémunérés jusque-là peu visible. L’absence n’a pas été présentée comme une simple convenance personnelle, mais comme une situation suffisamment sérieuse pour justifier un congé rémunéré, sur certificat vétérinaire. La LAV, organisation italienne de défense des animaux, y voyait alors « un altro significativo passo in avanti », soit une nouvelle avancée significative.  

Depuis, cette affaire sert de point d’appui au débat italien. Elle montre qu’en pratique, la maladie d’un animal de compagnie peut déjà, dans certains cas, produire des effets sur la relation de travail.  

Ce que prévoit réellement la proposition de loi italienne

Le second élément est législatif. Le 12 juin 2025, une proposition de loi a été déposée à la Chambre des députés pour créer un « permesso retribuito per i casi di malattia o morte dell’animale di affezione », c’est-à-dire un congé rémunéré en cas de maladie ou de décès de l’animal de compagnie.  

Le texte détaille le dispositif envisagé. Il prévoit jusqu’à six heures de congé rémunéré par an en cas de maladie de l’animal, et deux jours ouvrables par an en cas de décès. Il impose aussi plusieurs conditions : l’animal doit être identifié, enregistré, et l’absence doit être justifiée par un certificat vétérinaire remis à l’employeur.  

La nuance est essentielle : ce mécanisme n’est pas encore devenu une règle générale applicable à tous les salariés italiens. Le suivi parlementaire du Sénat indique qu’au 16 mars 2026, le texte avait été assigné le 14 octobre 2025 mais que l’examen n’avait pas encore commencé.  

Autrement dit, l’Italie n’a pas encore transformé cette idée en droit national pleinement en vigueur. En revanche, le sujet a franchi le cap décisif de l’initiative parlementaire officielle.  

Un sujet qui touche directement la vie des salariés

L’intérêt du débat italien tient à sa dimension très concrète. Une opération vétérinaire, une hospitalisation ou des soins post-opératoires peuvent obliger un salarié à réorganiser en urgence sa semaine de travail. C’est précisément ce type de situation que la proposition de loi cherche à encadrer, en évitant que tout repose sur les congés ordinaires ou sur la seule souplesse de l’employeur.  

L’exposé des motifs du texte insiste d’ailleurs sur la place prise par les animaux de compagnie dans les foyers italiens et sur les conséquences très pratiques que peuvent avoir leur maladie ou leur décès. Le texte relève aussi que certaines entreprises ont déjà commencé à traiter le sujet dans leur organisation interne.  

Ce n’est donc pas un débat anecdotique. Il touche à une question de plus en plus fréquente : comment le droit du travail prend-il en compte des contraintes privées qui, sans relever de la famille au sens classique, pèsent pourtant concrètement sur le quotidien des salariés ? Cette interrogation est au cœur du cas italien.  

En France, aucun congé légal comparable n’existe

Le contraste avec la France est net. Le Code du travail prévoit des congés pour événements familiaux, notamment pour le mariage, la naissance, l’adoption, le décès de certains proches ou l’annonce d’un handicap, d’une pathologie chronique nécessitant un apprentissage thérapeutique ou d’un cancer chez un enfant. L’animal de compagnie n’apparaît dans aucun de ces cas.  

Le texte précise aussi que ces absences n’entraînent pas de réduction de la rémunération lorsqu’elles entrent dans ce cadre légal. Mais ce régime reste centré sur les événements familiaux humains. En l’état actuel du droit français, un salarié qui doit faire face à la maladie de son chien ou de son chat doit donc utiliser des congés payés, des RTT ou obtenir un accord particulier de son employeur.  

C’est ce qui rend l’exemple italien intéressant pour un lectorat français. Il ne montre pas l’existence d’un nouveau droit déjà stabilisé en Europe. Il révèle plutôt qu’un pays voisin a commencé à traiter juridiquement une question que la France, pour l’instant, laisse entièrement en dehors du champ des congés spécifiques.  

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