À Vergèze, près de quatre millions de bouteilles Perrier restent immobilisées après une série d’analyses défavorables.
Une accumulation d’anomalies qui place Perrier sous surveillance
Depuis plusieurs semaines, l’usine Perrier de Vergèze traverse une séquence inédite. Les deux derniers forages encore exploités ont été arrêtés successivement après des analyses non conformes. Selon la cellule investigation de France Info, l’un de ces puits serait resté à l’arrêt près d’une semaine. L’entreprise, de son côté, admet avoir « détecté une anomalie dans l’une de ses analyses » et affirme que « l’eau minérale naturelle Source Perrier peut être bue en toute sécurité ». Pourtant, l’environnement réglementaire s’est tendu depuis le retrait, au printemps, de microfiltres de très petite taille, dont l’usage avait été considéré comme non conforme par la préfecture. À partir de ce moment, les signalements d’écarts bactériologiques se sont multipliés. Selon France Info, vingt-sept épisodes ont été transmis aux autorités sanitaires depuis cette décision, certains ayant conduit à la destruction de lots, d’autres à l’immobilisation immédiate de palettes entières.
Les types de bactéries détectées diffèrent selon les cas. Des pseudomonas aeruginosa avaient déjà été repérés début septembre, ce qui avait entraîné la destruction du lot concerné. Plus récemment, des coliformes ont été identifiés, ce qu’évoque également La Gazette de Nîmes. Le 20 novembre, de nouveaux pseudomonas ont été retrouvés, d’abord dans des bouteilles, puis quelques jours plus tard dans l’eau brute d’un forage. France Info précise que cette chronologie « suggère » une possible origine liée au puits, un point que les autorités examinent encore. Les investigations se poursuivent, plusieurs épisodes faisant toujours l’objet d’analyses complémentaires. Les autorités ne rapportent toutefois pas de risque direct pour les bouteilles déjà commercialisées, les lots non conformes étant systématiquement bloqués ou détruits.
Un statut « eau minérale » fragilisé par les doutes réglementaires
La situation actuelle interroge d’abord sur la conformité réglementaire de l’exploitation. Le statut d’« eau minérale naturelle » impose une eau protégée, stable et exempte de traitements non autorisés. Or, selon France Info, les forages fonctionnent désormais avec des microfiltres de 0,45 micron, alors que la préfecture n’a pas encore validé ce procédé. Rien ne permet d’en tirer une conclusion sanitaire, mais ce point crée une zone d’incertitude réglementaire qui pèse directement sur la marque. Le préfet du Gard doit d’ailleurs statuer d’ici la fin de l’année sur la poursuite de l’exploitation sous ce label. Selon France Info, l’Agence régionale de santé (ARS) d’Occitanie devrait rendre un avis « favorable sous réserves », un compromis qui reflète la volonté de maintenir l’activité tout en encadrant davantage les pratiques de l’exploitant.
Parallèlement, l’enchaînement des anomalies brouille la compréhension du consommateur. Sud Ouest parle d’une « nouvelle alerte sanitaire » à propos des derniers résultats, tandis que La Gazette de Nîmes insiste sur les volumes exceptionnellement importants de bouteilles immobilisées. La perspective d’un maintien sous réserve du statut « eau minérale » ajoute une couche de complexité : l’eau peut continuer à être commercialisée comme minérale, mais dans un cadre réglementaire renforcé et sous contrôle constant des autorités. Cette prudence institutionnelle traduit un enjeu majeur : maintenir la confiance dans un produit dont la réputation repose justement sur l’idée de pureté originelle.
Ce que cela change concrètement pour les consommateurs
Pour l’acheteur, l’impact direct reste limité : aucun rappel massif n’a été déclenché et les lots non conformes n’ont pas quitté les entrepôts. Le cœur du sujet se situe ailleurs : dans la transparence, la stabilité de la ressource et les implications futures du dossier. Le recours à des filtres non validés au titre du statut « eau minérale » pourrait conduire à un renforcement du contrôle ou à une adaptation des procédés. De telles évolutions peuvent affecter, à moyen terme, la manière dont la marque se positionne sur le marché, tant en termes d’image que de tarifs. Avec près de quatre millions de bouteilles actuellement bloquées, certains circuits de distribution pourraient, selon les acteurs locaux, connaître des tensions d’approvisionnement ponctuelles. Rien qui bouleverse massivement l’offre aujourd’hui, mais suffisamment pour entraîner des interrogations du côté des distributeurs.
À plus long terme, l’équation est économique autant que sanitaire. Les industriels de l’eau embouteillée misent sur la stabilité de leur ressource ; lorsque cette stabilité est questionnée, c’est la valeur même du produit qui est en jeu. Si l’exploitation devait être conditionnée par des exigences supplémentaires ou par un contrôle renforcé, les choix de production pourraient évoluer et les consommateurs en ressentiraient les effets, que ce soit dans la présentation du produit, dans la segmentation des gammes ou dans le positionnement prix. Dans un secteur où la confiance est centrale, l’affaire des forages de Vergèze risque de peser durablement sur la perception du public, même si les autorités estiment que les bouteilles disponibles en magasin ne présentent pas de danger avéré.


