Une entreprise hautement stratégique
La Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) occupe une place prépondérante sur le marché mondial des semi-conducteurs. Fondée en 1987 à Hsinchu, Taiwan, TSMC est rapidement devenue le plus grand fabricant indépendant de semi-conducteurs au monde. Sa réputation repose sur son expertise technologique de pointe et sa capacité à produire des puces électroniques de haute qualité pour une vaste gamme d’applications.En tant que leader du marché, TSMC détient une part significative de la production mondiale de semi-conducteurs. Ses installations de fabrication ultramodernes et ses processus de fabrication avancés lui permettent de répondre aux demandes croissantes de l’industrie de la technologie. De nombreuses entreprises de renom, dont Apple, Qualcomm, AMD et NVIDIA, font appel à TSMC pour fabriquer leurs puces électroniques, ce qui témoigne de la confiance accordée à l’entreprise pour fournir des produits de haute qualité et répondre aux exigences de performance les plus élevées.Sur le plan géopolitique, TSMC joue un rôle crucial dans l’économie mondiale et les relations internationales. En tant qu’entreprise basée à Taiwan, TSMC est au cœur des tensions géopolitiques entre la Chine continentale et Taiwan, ainsi qu’entre les États-Unis et la Chine. La position de TSMC en tant que principal fournisseur de semi-conducteurs a fait de l’entreprise un enjeu majeur dans les relations commerciales et stratégiques entre ces différentes puissances.
De fleuron à cible
Dans ce contexte, TSMC fait figure de cible de prédilection pour des opérations d’intelligence économique, d’origine privée mais aussi gouvernementale. Dès 2003, le groupe Taiwanais accuse SMIC, un concurrent chinois, d’avoir démarché d’anciens ingénieurs pour obtenir des brevets et des méthodes de fabrications de puces, et d’avoir entretenu des contacts avec des salariés toujours en poste chez TSMC. Des affaires similaires ont accompagnée le développement de l’entreprise tout au long des années 2010, notamment en 2017 et 2018, lorsque d’un certain « Chou », ancien directeur manager des technologies, avait été accusé d’avoir copié des plans et des procédés de fabrications des gravures de 16nm et 10nm, techniques dont TSMC possédait alors le monopole, au profit du groupe chinois Shanghai Huali Microelectronics (HLMC).
La protection contre l’intrusion humaine et informatique
TSMC s’est par conséquent doté d’impressionnants systèmes de surveillance de ses employés et ex-employés. Elle a également amélioré ses procédures de sécurité informatique, à travers le plan « Specification for Cybersecurity of Fab Equipment » (SEMI E187) pour améliorer la cybersécurité de la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs et pour permettre la création d’un écosystème informatique commun à TSMC et à ses fournisseurs. En 2023, cette norme a été officiellement incluse dans les exigences du contrat d’approvisionnement de TSMC afin de renforcer la sécurité des opérations des usines de semi-conducteurs, et un mécanisme de vérification a été mis en place pour assurer la conformité aux normes dans quatre domaines – système d’exploitation informatique, sécurité du réseau, protection des dispositifs d’extrémité, surveillance de la sécurité et audit de la sécurité de l’information, avant l’introduction de nouveaux équipements. TSMC également collaboré avec l’administration des industries numériques du ministère taïwanais des affaires numériques pour aider les fabricants d’équipements de semi-conducteurs à adopter des listes de contrôle informatiques.
Un partenariat législatif étroit avec l’Etat
La collaboration avec l’Etat Taiwanais est en effet omniprésente dans la stratégie de défense de TSMC contre les incursions humaines ou informatiques. Outre le développement commun d’outils techniques, l’appareil législatif est aussi mobilisé pour défendre le champion insulaire : en 2022, le parlement taïwanais votait le National Security Act, criminalisant l’espionnage industriel et prévoyant des peines sévères à l’encontre de tout transfert de technologie. Les autorités politiques de l’île ont en effet conscience de l’importance du groupe pour la sauvegarde de l’indépendance de Taiwan face à la Chine.
Si TSMC a de longue date pris conscience des risques d’intelligence économique et industrielle venue de Chine, d’autres enjeux risquent également de se matérialiser à moyen-terme. L’ambitieuse politique d’investissement du géant taiwanais aux États-Unis, au Japon et en Allemagne, entreprise à la fois dans un but de diversification de la localisation de la production – celle-ci ayant connu une crise entre 2020 et 2022 – que dans un objectif de renforcement des liens diplomatiques entre Taiwan et les capitales occidentales, risque de mettre les procédés de TSMC sous les yeux de ses autres concurrents, et notamment l’américain Intel, eux-aussi intéressés par le savoir-faire du groupe. Si TSMC a annoncé conserver à Taiwan l’intégralité de la production des puces de 4nm (les plus avancées), ce risque industriel n’est toutefois pas à sous-estimer, aussi cordiales que soient les relations entretenues entre Taipei et Washington.
Bibliographie :
Le divorce entre Huawei et TSMC est consommé, Les Echos, 19 juillet 2020
Taiwan, with eye on China, to boost protection for its semiconductor secrets, Reuters, 17 février 2022
Taiwan to safeguard chipmakers from China espionage, Asiatimes, 13 Avril 2022
TSMC accuse SMIC d’espionnage industriel et entame une poursuite, EE Times, 23 décembre 2003
Taïwan étoffe son arsenal législatif contre le vol de secrets industriels, L’Usine digitale, 23 mai 2022

