Le dernier rapport « Forest 500 » de l’ONG Global Canopy révèle l’ampleur des financements accordés à des entreprises impliquées dans la déforestation. Au-delà de l’impact écologique, ce sont désormais les banques et investisseurs eux-mêmes qui s’exposent à des risques systémiques croissants, allant de la perte de valeur d’actifs à l’instabilité macroéconomique.
La finance mondiale face à un risque réputationnel chiffré en milliards
Le 14 août 2025, l’ONG Global Canopy a publié son rapport annuel « Forest 500 », référence en matière d’évaluation des politiques environnementales des grands acteurs financiers. Ses conclusions sont sans appel : la déforestation reste alimentée par des flux massifs de capitaux. Pour les professionnels de la finance, le constat ne se limite plus à une question éthique ; il souligne un risque opérationnel, réglementaire et réputationnel d’une intensité croissante.
Selon ce rapport, 150 institutions financières ont dirigé 8,9 trillions de dollars vers l’économie de la déforestation en 2024. Ces montants colossaux dépassent le PIB annuel du Japon et montrent à quel point l’écosystème bancaire reste exposé aux industries fortement consommatrices de forêts. La dépendance à ces actifs crée un paradoxe : les portefeuilles s’alourdissent d’actifs vulnérables à des régulations environnementales de plus en plus strictes.
La concentration des flux accentue la responsabilité d’un petit nombre d’acteurs. Vanguard, BlackRock et JPMorgan Chase ont à eux seuls financé plus de 1,6 trillion de dollars d’entreprises identifiées comme à risque. Ce positionnement, loin d’être neutre, pourrait générer des coûts réputationnels majeurs à mesure que les ONG, les régulateurs et les actionnaires activistes ciblent les gestionnaires d’actifs les plus exposés.
Des banques insuffisamment préparées aux exigences ESG
Le rapport indique que 60% des institutions financières n’ont toujours aucune politique dédiée à la déforestation. Dans un contexte où l’intégration des critères ESG devient un impératif réglementaire, cette absence de stratégie peut se traduire par une sous-notation extra-financière, et donc par un coût accru du capital sur les marchés. Pour les banques de premier plan, cette inaction expose également à un risque de non-conformité dans les juridictions qui légifèrent sur la traçabilité des chaînes d’approvisionnement.
Parmi les 60 institutions ayant défini une politique, seules 27 assurent un suivi opérationnel, 32 engagent leurs clients non conformes et 17 recourent à une menace explicite de désinvestissement. Cette faiblesse dans les mécanismes de contrôle interroge la crédibilité des engagements climatiques, au moment où la Commission européenne ou la SEC renforcent les obligations de reporting extra-financier.
La déforestation, un facteur de risque macroéconomique et financier
L’étude rappelle que la déforestation représente 11% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Cette donnée ne relève pas seulement d’une urgence environnementale ; elle signale aussi un facteur de risque systémique. La multiplication des catastrophes climatiques, l’érosion de la biodiversité et la déstabilisation des chaînes de valeur agricoles menacent directement la solvabilité des entreprises financées.
Pour les investisseurs institutionnels, le signal est clair : la non-prise en compte de ce risque fragilise le rendement à long terme des portefeuilles. Le Forum économique mondial place la perte de nature parmi les quatre principaux risques globaux de la décennie, et la Bank of England a déjà averti que le climat menace la stabilité du système financier britannique. Autrement dit, ignorer la déforestation revient à accumuler dans les bilans bancaires des risques comparables à ceux des subprimes, mais à horizon climatique.

