Les discriminations dans l’emploi progressent depuis une décennie, selon le Défenseur des droits. Embauche, carrière, conditions de travail : les situations injustes se multiplient, tandis que la majorité des victimes renoncent à toute démarche. Un constat qui interroge l’effectivité des droits sur le marché du travail.
Emploi : le constat alarmant du Défenseur des droits sur les discriminations
Les discriminations liées à l’emploi ne reculent pas. Elles progressent, s’installent et concernent désormais une part significative de la population active. C’est le principal enseignement du baromètre publié par le Défenseur des droits, qui dresse un état des lieux préoccupant de la situation en France sur la dernière décennie. Loin d’être marginales, ces pratiques touchent aussi bien l’accès à l’emploi que le déroulement des carrières professionnelles.
Selon l’institution, l’emploi reste le domaine où les discriminations sont les plus fortement perçues et déclarées. Cette réalité traverse l’ensemble du marché du travail et concerne salariés comme demandeurs d’emploi, quel que soit leur statut ou leur secteur d’activité.
Une perception quasi unanime des discriminations dans l’emploi
Le premier signal fort du baromètre réside dans le niveau de perception. « Plus de 9 actifs sur 10 estiment qu’il existe des discriminations dans l’emploi », rapporte le Défenseur des droits. Cette quasi-unanimité témoigne d’un climat de défiance durable vis-à-vis de l’égalité de traitement dans le monde professionnel.
Cette perception s’appuie sur des expériences concrètes. De nombreux répondants déclarent avoir été confrontés à des situations de mise à l’écart, de refus inexpliqués ou de différences de traitement au cours de leur vie professionnelle. L’emploi apparaît ainsi comme un espace où les principes d’égalité peinent encore à s’imposer pleinement.
L’embauche, moment clé des discriminations
Parmi les étapes les plus sensibles, l’embauche occupe une place centrale. Les personnes interrogées évoquent des obstacles rencontrés dès la recherche d’emploi, souvent liés à des critères sans rapport avec leurs compétences.
L’âge figure parmi les premiers motifs cités, notamment pour les seniors confrontés à des refus répétés. Le sexe, l’origine réelle ou supposée, la couleur de peau, la religion, l’orientation sexuelle ou encore le handicap sont également mentionnés comme facteurs de discrimination. « Les discriminations liées à l’âge, au sexe, à l’origine, à l’orientation sexuelle, au handicap et à la religion sont en hausse », souligne le Défenseur des droits.
Ces situations sont d’autant plus difficiles à contester qu’elles se produisent souvent de manière implicite, sans justification formelle. Les candidats peinent alors à identifier précisément les raisons de leur exclusion.
Des discriminations largement vécues, rarement dénoncées
Le baromètre révèle un autre paradoxe majeur : l’écart entre l’ampleur des discriminations et le faible niveau de recours. « 35% des personnes déclarent avoir subi un traitement discriminatoire au travail ou dans la recherche d’emploi au cours des cinq dernières années », indique le Défenseur des droits.
Pourtant, peu de victimes engagent des démarches. « Seules 12% des personnes discriminées dans leur carrière professionnelle et 4% dans la recherche d’emploi ont entrepris des démarches », précise l’institution. Ce non-recours massif s’explique par plusieurs facteurs : méconnaissance des droits, crainte de représailles, découragement face à la complexité des procédures ou sentiment d’inefficacité des recours existants.
Ce silence contribue à invisibiliser les pratiques discriminatoires et à limiter leur sanction effective.
Un enjeu de droits encore fragile
Face à ces constats, le Défenseur des droits insiste sur la nécessité de renforcer les dispositifs de prévention et d’accompagnement. L’institution appelle à une meilleure structuration des politiques de lutte contre les discriminations, en particulier dans les entreprises et les administrations.
La formation des acteurs du recrutement, la clarification des procédures et l’information des salariés et des demandeurs d’emploi figurent parmi les leviers identifiés. L’objectif est double : réduire les pratiques discriminatoires en amont et encourager les victimes à faire valoir leurs droits.


