Est-ce que les Américains sont devenus nos ennemis ? La fin brutale du pacte occidental 

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Depuis 1945, l’Europe et les États-Unis étaient liés par un pacte non écrit mais fondamental : l’Amérique exerçait sa puissance au nom d’un bloc, “l’Occident”, et non contre lui. Ce pacte est en train de se rompre. Les déclarations américaines sur le Groenland ne sont pas un simple excès verbal : elles révèlent un basculement stratégique majeur. Pour la première fois, Washington parle à l’Europe comme à un territoire disponible. La question n’est plus diplomatique. Elle devient existentielle.

Quand un allié commence à parler comme un prédateur
Dans toute alliance, il existe une règle absolue : on ne menace jamais l’intégrité territoriale de son allié. Jamais. Même pas rhétoriquement. C’est la ligne rouge ultime, celle qui sépare l’alliance du rapport de force. Lorsque des responsables américains évoquent l’idée que le Groenland pourrait être “pris” par les États-Unis, même sans scénario militaire explicite, ils franchissent cette frontière symbolique. Ils disent à l’Europe : “Ce qui est à vous peut devenir à nous si nous le décidons.” Ce n’est pas une boutade. C’est un changement de langage stratégique. On ne parle plus comme un partenaire, mais comme un empire qui identifie une faiblesse et envisage de l’exploiter. Certes depuis Trump est revenu sur ses propos mais ils ont été tenus. Le Groenland est un territoire danois, donc européen. En le traitant comme une variable d’ajustement de la puissance américaine, Washington ne parle pas à Copenhague : il parle à l’ensemble du continent. Il envoie un message simple : l’alliance n’est plus un principe, c’est un contrat révocable. Et un contrat où le plus fort peut décider unilatéralement de changer les règles.

La fin de l’Occident comme bloc géopolitique
Pendant toute la guerre froide, et même après, les États-Unis ont structuré leur hégémonie autour d’un récit : l’Occident. Ce récit donnait un sens à leur domination. Ils n’étaient pas seulement puissants, ils étaient les protecteurs d’un espace civilisationnel commun. Ce cadre justifiait l’OTAN, la solidarité stratégique, la retenue entre alliés. Ce cadre est en train de disparaître. Le courant politique aujourd’hui dominant à Washington, dont Trump est l’expression la plus brutale, ne raisonne plus en termes de bloc, mais en termes de transactions de puissance. Les alliés ne sont plus des partenaires, mais des acteurs qui doivent “payer” ou être marginalisés. Dans cette vision, un allié faible n’est pas protégé : il est exploité. C’est ce basculement qui est fondamental. Quand un pays cesse de vous considérer comme faisant partie de son camp et commence à vous regarder comme une zone d’opportunité, la nature de la relation change radicalement. On peut encore commercer, négocier, coopérer ponctuellement. Mais l’alliance est morte.

Les Américains sont-ils déjà des ennemis ?
Un ennemi est celui qui vous désigne comme un obstacle ou une proie. Les États-Unis n’en sont pas encore là. Mais ils ne se comportent plus comme des alliés. Ils se comportent comme des puissants qui testent la résistance d’un faible. C’est exactement ainsi que fonctionnent les rapports prédateurs : on avance une revendication absurde, on observe la réaction, puis on ajuste. L’Europe, dans cette séquence, apparaît comme une entité psychologiquement soumise. Elle n’oppose ni menace, ni coût, ni stratégie. Elle accepte même que l’idée de son démembrement soit évoquée publiquement. À partir de ce moment-là, elle devient objectivement vulnérable.

Les États-Unis ne sont peut-être pas encore des ennemis. Mais ils ne sont plus des alliés. Et dans un monde de puissances, la zone grise entre les deux est toujours celle où les catastrophes commencent. Est-ce les errements d’un Président américain qui commence à vieillir ou d’un Président qui croit que les relations internationales sont similaires aux relations dans l’immobilier dans le New York des années 70-80 ?  Il n’empêche qu’il représente les USA. Mais c’est peut-être également la fin de l’hégémonie culturelle des Etats Unis qui abandonnent le soft power pour le hard power. Si c’était le cas le grand frère américain risquerait de le payer très cher sur le long terme en se coupant de ses alliés de toujours.

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