Grève du 5 novembre : pourquoi l’enseignement privé bascule

Le 5 novembre 2026, une grève intersyndicale d’ampleur inédite mobilise cinq grandes centrales (CFDT, CGT, FO, Unsa, FSU) et, pour la première fois, tous les syndicats de l’enseignement privé sous contrat. Plus de 2 millions d’élèves sont concernés. Les revendications portent sur les salaires (écart de 1,1 point avec le Smic) et le financement des services publics.

Publié le
Lecture : 3 min
greve-du-5-novembre-pourquoi-lenseignement-prive-bascule
Grève du 5 novembre : pourquoi l’enseignement privé bascule © journaldeleconomie.fr

Alors que le pays traverse un automne social tendu depuis fin septembre, cinq grandes organisations syndicales appellent à une journée d’action inédite par son ampleur.

Qui sont les acteurs ? L’intersyndicale expliquée

CFDT, CGT, FO, Unsa, FSU : les cinq grandes organisations syndicales

L’intersyndicale réunit les cinq principales centrales françaises : la CFDT, la CGT, Force Ouvrière (FO), l’Unsa et la FSU. Ensemble, elles représentent plusieurs millions de salariés du secteur public et privé. Cette alliance, rare dans sa configuration complète, traduit l’ampleur des préoccupations économiques et sociales. Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, confirme : « Le rendez-vous de mobilisation, c’est le 5 novembre ». Sophie Binet, à la tête de la CGT, estime que « l’heure est venue de franchir un nouveau cap dans la mobilisation, la grève doit prendre le relais ». L’insatisfaction vis-à-vis des services publics atteint des sommets, avec 61% des Français mécontents selon des enquêtes récentes.

L’adhésion de l’enseignement privé : pourquoi c’est une première

Le basculement historique réside dans l’adhésion unanime de tous les syndicats de l’enseignement privé sous contrat. Jamais auparavant les quatre organisations (Fep-CFDT, SNEPL-CFTC, SNPEFP-CGT, SYNEP CFE-CGC) n’avaient appelé ensemble à une grève. L’enseignement privé sous contrat scolarise 17% des élèves français, soit plus de 2 millions d’enfants. L’impact potentiel sur les familles, les entreprises et l’organisation du travail s’annonce considérable. Les enseignants du privé, traditionnellement moins mobilisés que leurs homologues du public, franchissent un cap. Leur colère porte sur l’écart croissant entre leurs rémunérations et l’évolution du coût de la vie.

Quelles sont les revendications concrètes ?

Les salaires : l’écart de 1,1 point entre propositions et demandes

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les syndicats employeurs du privé proposent une revalorisation de 1,3%, soit environ 2 euros brut par mois pour les enseignants. Dans le même temps, le Smic a augmenté de 2,41%. L’écart atteint 1,1 point de pourcentage, creusant mécaniquement le pouvoir d’achat des salariés concernés. Cette proposition jugée insuffisante explique la mobilisation sans précédent. Les revendications portent également sur l’augmentation du point d’indice des fonctionnaires, gelé malgré l’inflation persistante. Les syndicats réclament une hausse générale des salaires, des pensions de retraite et du Smic. Leur communiqué commun martèle : « La colère est immense. La situation du pays est fragile. Il faut sans attendre répondre aux urgences sociales et environnementales ».

Services publics et emploi : des enjeux économiques structurels

Au-delà des salaires, la mobilisation vise le financement des services publics. Le projet de budget 2027 prévoit des mesures d’économies dans l’éducation, la santé et les transports. Les syndicats dénoncent la dégradation des conditions de travail et la réduction des moyens alloués aux missions essentielles. Ils proposent une réforme fiscale incluant la taxation des patrimoines, des héritages et des dividendes pour financer les augmentations demandées. L’enjeu dépasse la simple question salariale : il interroge le modèle économique français et la place des services publics dans la croissance. L’impact sur les transports, notamment à la SNCF, risque de perturber l’activité économique pendant plusieurs jours.

Pourquoi cette grève maintenant ? Le contexte économique et social

L’automne social 2026 : trois semaines de mobilisation

La grève du 5 novembre s’inscrit dans une séquence sociale explosive. Le 29 septembre, une première journée de grève a touché la fonction publique. Les 17 et 24 octobre, deux journées de manifestations massives ont mobilisé Gilets jaunes et lycéens. Plus de 600 actions ont été déclarées pour le 24 octobre sur la plateforme collaborative dédiée (455 manifestations, 85 occupations de ronds-points, 32 rassemblements en gare). Le 31 octobre, l’acte III des Gilets jaunes est prévu. L’enchaînement rapide de ces mobilisations traduit une tension sociale inédite depuis plusieurs années. Les organisations syndicales capitalisent sur cette dynamique pour amplifier la pression sur le gouvernement.

L’impact sur 2,2 millions d’élèves et l’économie française

Avec l’enseignement privé sous contrat mobilisé, 2,2 millions d’élèves pourraient se retrouver sans cours le 5 novembre. S’ajoutent les perturbations dans les transports (les quatre principaux syndicats de la SNCF appellent à la grève), la santé et d’autres secteurs publics. Le coût économique d’une journée de grève généralisée se chiffre en centaines de millions d’euros : pertes de productivité, désorganisation logistique, impact sur la consommation. Les entreprises anticipent déjà les difficultés d’acheminement et d’absentéisme. Jean-Luc Mélenchon, candidat Insoumis à la présidentielle 2027, évoque même une « grève générale à partir du 5 novembre », laissant planer le doute sur une possible extension du mouvement. La question centrale reste : le gouvernement cèdera-t-il sur les salaires et les services publics, ou maintiendra-t-il son cap budgétaire malgré la mobilisation ?

La grève du 5 novembre marque un tournant. L’alliance de cinq centrales syndicales et l’adhésion historique de l’enseignement privé sous contrat (17% des élèves) signalent une contestation qui dépasse les clivages traditionnels. Les revendications (1,1 point d’écart salarial, financement des services publics) traduisent des tensions économiques structurelles. L’automne social 2026 s’annonce comme l’un des plus intenses de la décennie, avec des conséquences durables sur le dialogue social et la politique économique française.

Laisser un commentaire

Share to...