Confrontées à une inflation énergétique importée par un baril de Brent s’installant au-dessus des 100 dollars, la Réserve fédérale (Fed), la BCE et la Banque d’Angleterre ont été sommées de réagir dans un contexte « volcanique ». Pourtant, selon Nicolas Bickel, Group Head of Investment chez Edmond de Rothschild, ils ne pourront le faire de manière « précipitée ou excessive », en raison de la fragilité d’un endettement global record dont la soutenabilité dépend étroitement du maintien de taux supportables à long terme.
Dans ce scénario de « passivité forcée », les autorités monétaires semblent condamnées à l’attentisme pour ne pas briser une croissance déjà anémique. Comme le précise Nicolas Bickel, les banques centrales privilégient désormais « l’évolution de l’inflation sous-jacente, qui exclut les prix de l’énergie », ce qui leur facilite la tâche à l’heure où le prix de ces derniers explose. Il souligne que « la fragilité du marché de l’emploi, l’absence d’excès structurel de la demande de pétrole, le léger ralentissement de la croissance et le niveau élevé d’endettement » sont autant de facteurs qui interdisent tout durcissement monétaire brutal. Les investisseurs ont intégré que le cycle d’assouplissement pourrait ne pas reprendre avant l’été 2027, le regain d’incertitude pétrolière gelant toute détente.
Le prix de l’incertitude.
Cette paralysie monétaire laisse les marchés actions sans filet de sécurité. Darius Bakhtari, analyste chez Edmond de Rothschild, rappelle que les indices ne craignent pas tant le conflit que l’incertitude totale. Fin mars, Wall Street a basculé en zone de correction, le Nasdaq reculant de 13 % par rapport à ses sommets de janvier. Cette défiance marque une rupture, Donald Trump semblant perdre la confiance des investisseurs en raison de son comportement erratique. Les analystes du Financial Times ont même conceptualisé ses pratiques dans le sigle « TACO » (Trump Always Chickens Out) : semer la panique par des menaces extrêmes avant de faire volte-face. Pour l’ancien dirigeant de J.P. Morgan, Ramon de Oliveira, le marché s’inquiète désormais d’un risque sévère de stagflation où les obligations ne jouent plus leur rôle d’amortisseur. Pour Bakhtari, le salut des investisseurs passera par une approche sélective vers des secteurs défensifs (consommation de base, santé, télécommunications…) le signal d’un rebond durable restant dépendant d’une issue diplomatique.
L’or reste-t-il une valeur refuge ?
Face au chaos des indices, la question de l’or redevient centrale pour l’épargnant. L’adage veut que le métal jaune soit l’ultime refuge quand le canon tonne, mais son parcours récent interroge. Après avoir frôlé les 5 600 dollars fin janvier, la dynamique haussière s’est brutalement enrayée dès le déclenchement des hostilités. Le 23 mars, l’once a même plongé sous les 4 150 dollars et depuis le début de la guerre en Iran, son cours s’est effondré de 13 %. Cette déconnexion apparente peut s’expliquer par un « effet de ciseau » technique : d’une part, l’envolée du dollar a renchéri le coût de l’or pour les acheteurs étrangers ; d’autre part, la chute boursière a forcé les grands fonds à vendre une partie de leur or afin de dégager de la liquidité dans l’objectif de couvrir des positions déficitaires sur le marché actions.
Pourtant, cette purge ne remet pas en cause les fondamentaux. Pour Guilhem Savry, responsable de l’analyse stratégique chez Edmond de Rothschild, « l’or conserve tout son attrait comme moteur de diversification au sein des portefeuilles, face à la persistance des risques géopolitiques ». Selon l’expert, la valeur réelle de l’actif réside dans sa capacité à se décorréler des marchés en crise une fois la panique vendeuse passée.

